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novembre 2014 

 

 

TUNISIE

 

 

L'objectif des échanges commerciaux

 

 

Entre deux élections majeures pour la Tunisie, la Banque centrale de Tunisie vient de publier une analyse des échanges commerciaux au cours des 9 premiers mois 2014. Il s'agit d'une étude approfondie qui permet de comprendre les raisons de la forte dégradation des balances extérieures de ce pays, telle qu'elle est déplorée dans le dernier rapport du FMI qui vient d'être rendu public. Ce point faible de l'économie tunisienne pourrait cependant être l'un des premiers à connaitre une nette amélioration en 2015.

 

La Banque centrale de Tunisie constate une nouvelle détérioration de la balance commerciale en 2014, comparée celle de 2013. Le déficit s'est accru de 20 % en dinars car les exportations ont quasiment stagné tandis que les importations augmentaient de 6 %. Il représente désormais 13 % du PIB et pèse lourdement sur le solde de la balance courante qui a, rappelons-le, dépassé le score négatif des 8 % du PIB en 2013. Autant de raisons de s'inquiéter pour les réserves de change de la Tunisie !

 

Cette hausse du déficit commercial au cours des 9 premiers mois de 2014 est pour l'essentiel imputable à deux types de produits : les produits énergétiques et les produits alimentaires.

 

La balance tunisienne des échanges alimentaires s'est creusée de plus de 60 % durant cette période, en raison surtout d'une mauvaise saison 2013/2014 des huiles d'olive, tandis que les importations de céréales augmentaient, au début 2014, du fait de la mauvaise récolte précédente.

 

Mais la détérioration de la balance énergétique est plus inquiétante encore car elle signale l'aggravation d'une tendance lourde à des déséquilibres croissants. Grâce à la production tunisienne d'hydrocarbures, cette balance a été longtemps proche de l'équilibre. Ce n'est plus le cas. L'énergie représente désormais plus du tiers du déficit commercial global de la Tunisie.

 

La chute de la production interne d'hydrocarbures, qui s'explique en partie par la réduction du nombre des permis d'exploration et d'exploitation, se conjugue avec la hausse de la consommation locale pour conduire à des importations de plus en plus massives de produits énergétiques.

 

A cela s'ajoute une raison plus conjoncturelle : la réduction du volume de gaz transporté par le gazoduc Algérie-Italie, qui transite par le territoire tunisien. De ce fait, les redevances liées aux droits de transit ont baissé de 40% en valeur durant les 8 premiers mois de cette année.

 

La Tunisie pâtit aussi de la mauvaise conjoncture qui règne en Europe. En moyenne, 70 % de ses exportations sont dirigées vers l'UE. Par contre l'EU perd des parts de marché en Tunisie, face au dynamisme des pays d'Asie et surtout de la Chine qui s'affirme comme deuxième fournisseur de la Tunisie, après l'EU.

 

Les inconvénients du régime offshore

 

Le régime "offshore" qui permet aux sociétés financées par des capitaux extérieurs de bénéficier de nombreux avantages commerciaux et fiscaux tunisiens a longtemps favorisés l'implantation d'entreprises exportatrices en Tunisie. Cependant la BCT semble s'interroger de plus en plus sur les limites de ce régime.

 

Il faut dire que celui-ci a pris une telle ampleur qu'il représente désormais 65 % des exportations tunisiennes ; le régime offshore est particulièrement rependu dans les deux secteurs "textile-habillement" et "industries mécaniques et électriques" dont les ventes sont principalement dirigées vers l'Europe.

 

Cependant, les entreprises offshore ne sont pas tenues de rapatrier en Tunisie les recettes de leurs exportations. De ce fit, elles ne font pas entrer beaucoup de devises. A l'inverse, la plupart des importations tunisiennes se font sous le régime général. Elles se traduisent par d'importantes sorties de devises. Ce déséquilibre a eu tendance à s'accentuer avec le temps.

 

On sait que les organisations internationales sont critiques à l'égard du régime de l'offshore tunisien. Elles ont déjà obtenu, des autorités de Tunis une diminution des avantages fiscaux accordés à ce type d'entreprises. Le rapprochement de ces deux régimes est d'ailleurs inscrit dans le programme qui lie actuellement la Tunisie au FMI. A terme, la fusion progressive de l'offshore dans le régime général semble inéluctable.

 

Amélioration à court terme

 

La balance commerciale tunisienne semble, en tout cas, en bonne voie en cette fin 2014. D'une part, la baisse du prix des hydrocarbures vient alléger la facture énergétique. D'autre part, la Tunisie devrait prochainement bénéficier de l'entrée en production des champs pétroliers découverts en 2013. Les IDE dans le secteur de l'énergie sont aussi ceux qui résistent le mieux à la tendance à la baisse des investissements étrangers engendrée par les incertitudes politiques de 2014.

 

Dans le domaine agricole, la bonne campagne céréalière de cette année et la reprise de la production d'huile d'olive vont soulager la balance commerciale des produits alimentaires.

 

Enfin, l'amélioration attendue du climat social, à la fin de la transition politique, dans les délais prévus, devrait permettre un retour à la normale des exportations de phosphate qui ont beaucoup pâti des troubles dans la région de Gafsa. Sans parler du retour, espéré et probable, des touristes européens en Tunisie !