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15 novembre 2012

 

Appréciation des risques

 

Risques éthiques au Congo Kinshasa

 

Parc national des Virunga

Appel à sanctions sur Total et Soco International

 

 

Dans une proposition de résolution soumise à l'examen de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants de Belgique, les députés démocrate-chrétiens Georges Dallemange et Christian Brotcorne demandent au gouvernement belge "d’envisager des sanctions à l’encontre des compagnies pétrolières SOCO et Total si celles-ci ne souscrivent pas aux engagements formulés par l’UNESCO". Ceux-ci concernent la protection du parc national des Virunga, site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, pour lequel selon un expert européen, "le pétrole est la plus grande des menaces… En effet, si des forages ont lieu dans le lac  Édouard et que le moindre accident se produit, la pollution de ce milieu clos, d’accès difficile, sera incontrôlable et affectera au moins 40 000 familles de riverains.  Mais surtout, au départ des Grands Lacs, le bassin du Nil pourrait être contaminé, jusqu’à la Méditerranée" .

 

L’exploration que veulent mener ces deux compagnies, parmi d’autres, constitue une violation flagrante des règles de protection du parc, estiment les deux députés belges qui relèvent que l’État congolais a octroyé des concessions pétrolières qui couvrent 85 %  du parc national des Virunga, à plusieurs compagnies, alors que l’exploitation pétrolière y est incompatible avec le statut de site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et que la Constitution congolaise reconnaît la suprématie des obligations internationales, découlant de la Convention de Paris du 16 novembre 1972 pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. Les élus belges relèvent que l’exploration dans le parc constituerait "une violation de la loi congolaise n° 069/41 et d’une nouvelle loi votée par le parlement congolais en 2011 qui spécifie non seulement que l’exploration et l’exploitation pétrolières sont illégales, mais également que tout contrat passé en ce sens serait nul et non avenu".

 

Autrement dit, on est en plein chaos juridique, du fait, surtout, de la présidence de la République congolaise qui a émis, en juin 2010, des ordonnances confirmant des contrats de partage de production sur les permis incriminés. À noter qu’outre Total et Soco International, Sacoil (Afrique du Sud) et Ophir Energy (Royaume-Uni) figurent sur la liste des sociétés pétrolières auxquelles les concessions ont été octroyées dans le parc et qui ont leur siège social dans des États signataires de la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel.

 

Du coup, les élus appellent le gouvernement belge à "agir promptement et fermement, de concert avec le gouvernement congolais, l’Union européenne et la communauté internationale, afin d’empêcher tout dommage irréparable dans le parc national des Virunga résultant de l’exploration et de l’exploitation pétrolières ou d’autres activités illégales".

 

Ils demandent à la Belgique de plaider auprès de la France et du Royaume-Uni afin qu’ils répondent effectivement à la demande formulée par l’UNESCO de faire tout leur possible pour s’assurer que les compagnies pétrolières et minières établies sur leur territoire n’endommagent pas les biens du patrimoine mondial. Ils prient également le gouvernement belge de veiller à ce que la demande formulée par l’UNESCO aux compagnies Total et SOCO de souscrire aux engagements, déjà acceptés par Shell et ICMM, de ne pas entreprendre des explorations ou exploitations pétrolières ou minières au sein des biens du patrimoine mondial soit mise en œuvre. Le gouvernement de Bruxelles est aussi prié "de plaider pour l’adoption d’une position commune des États membres de l’Union européenne condamnant fermement toute activité illégale menée au sein du parc national des Virunga".

 

Enfin, les deux élus demandent au ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders "d’insister auprès du gouvernement congolais afin que tous les permis d’exploration pétrolière se trouvant à l’intérieur des limites du parc soient annulés, conformément à la demande expresse formulée par l’UNESCO".

 

À noter que le parc national des Virunga est non seulement inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, mais il a été aussi inscrit en 1994 sur la liste du patrimoine mondial en péril, en raison des nombreuses atteintes dont il est victime : braconnage, déforestation, activités de groupes armés, braconnage, etc… Les derniers éléphants du parc pourraient avoir disparu d’ici dix ans, avertissent les deux députés.

 

L’avenir dira ce que deviendra leur résolution. Mais si Total, comme l’ENI qui convoite également un bloc controversé, s’entêtaient à mener des campagnes de prospection dans le parc, il n'y a pas que leur réputation qui en serait atteinte. Ces compagnies, qui disposent de vastes réseaux de distribution d’essence à travers le monde, risquent aussi de se heurter à un vaste front de défenseurs de l’environnement et à des campagnes de boycott. Greenpeace et le World Wildlife Fund (WWWF) suivent en effet cette affaire de près.

François Misser