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janvier 2014 

 

Rubrique Appréciation des risques

 

 

PIRATERIE

 

 Le risque zéro, objectif de l'UE

 

 

L’Union européenne se donne comme objectif de réduire à zéro le nombre des otages des pirates, sans toutefois se donner un délai précis. Tel est le défi lancé par Catherine Ashton, la chef de sa diplomatie, alors que l’UE vient d’assumer, depuis le 1er janvier, la présidence du Groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes (CGPCS), par l'entremise de Maciej Popowski, secrétaire général adjoint du service européen pour l’action extérieure (SEAE). Le Groupe de contact fut créé le 14 janvier 2009, au titre de la résolution 1851 (2008) du Conseil de sécurité des Nations unies, afin de faciliter la coordination des actions de lutte contre la piraterie au large des côtes de la Somalie entre plus de 60 États et organisations.

 

La progression dans le sens de la réduction du risque est spectaculaire. Selon Bruxelles, le nombre d'otages a baissé, passant de plus de 700 en 2011 à environ 50 aujourd'hui.  Pourtant Catherine Ashton affirme que "le nombre d'attaques de pirates a certes baissé de 95 % l'an dernier, mais le combat contre la piraterie n'est pas encore gagné".

 

Pour atteindre ces résultats, l’UE a déployé toute une série de moyen, à commencer par l’Opération Atalanta menée par la Force navale de l’UE (EU NAVFOR), actuellement commandée par le contre-amiral Bob Tarrent de la Royal Navy. Celle-ci consiste en la présence permanente de 4 à 7 navires de combat de surface, un à deux navires auxiliaires et trois à quatre avions de patrouille et de reconnaissance dans un périmètre qui couvre à peu près toute la superficie de l’Union Européenne. Il comprend le Sud de la Mer Rouge, le Golfe d’Aden et l’Ouest de l’Océan Indien, y compris les Seychelles.

 

Depuis son lancement, l’EU NAVFOR se targue d’un succès de 100 % en matière de protection du Programme alimentaire mondial (PAM). La force européenne a également protégé d’autres navires dont ceux qui approvisionnent la Mission Africaine en Somalie (AMISOM). Elle a procédé, à ce jour, à 149 arrestations de pirates qui ont été transférés pour être présenté à la justice ; en 2013, elle a aussi démantelé quatre groupes bien organisés de preneurs d'otages, prévenant ainsi de futures opérations contre des navires marchands ou des vaisseaux vulnérables dans la zone.

 

L’UE a signé des accords de transferts de pirates avec les Seychelles en 2009, avec Maurice en 2011 et en négocie un autre avec la Tanzanie. Les transferts au Kenya se font au cas par cas. Un programme conjoint a été mené avec le Bureau des Nations Unies pour la Drogue et le Crime, afin d’aider le Kenya, les Seychelles et Maurice à faire face aux demandes extraordinaires liées à la poursuite et à la détention de suspects de piraterie. Parallèlement, les États membres de l’UE s’efforcent de coordonner leurs investigations contre les organisateurs d’actions pirates. Le succès le plus retentissant a été l’arrestation du chef pirate "Afweyne" à son arrivée à Bruxelles le 12 octobre 2013

 

Un autre volet de l’action européenne a été l’appui européen aux pays côtiers de la région qui souffrent de l’impact économique de la piraterie qui se traduit, dans les ports de Mombassa et de Dar-es-Salam, par une hausse des coûts de transport et d’assurance. L’objectif est qu’à long terme, les eaux de l’Océan Indien soient sécurisées par les États riverains.

 

L’un des instruments de cette politique est le programme EUCAP NESTOR, menée dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense commune (PESC) lancé en juin 2012. Il vise à renforcer les capacités des gardes côtes de Djibouti, du Kenya, de Tanzanie et des Seychelles et à renforcer l’État de droit dans les régions du Puntland et du Somaliland grâce au développement d’un corps de gardes-côtes dans ces quasi-États somaliens.

 

Le QG de cette mission, placée sous la responsabilité de l’ambassadeur français, Étienne de Poncins, se trouve à Djibouti. Le Yémen reçoit aussi une aide à la formation de ses gardes côtes. Un autre projet est mené par Interpol pour former les polices de la région aux enquêtes criminelles sur les réseaux de pirateries et leurs connexions financières.

 

Dans le cadre du 10ème Fonds européen de développement, un programme de 37 millions d’euros est financé par l’UE dans le cadre du "Plan stratégique d’action régionale d’Afrique Orientale et Australe et de l’Océan Indien", pour renforcer les capacités en matière de sécurité maritime. Un autre programme-pilote, récemment mis en œuvre, met à contribution les technologies par satellites et s’efforce de fournir des informations sur la situation en temps réel du trafic maritime et du risque de piraterie.

 

Des actions en matière de lutte contre la pêche illégale sont aussi menées. Enfin, convaincue que la solution du problème de la piraterie est à terre, l’UE appuie les capacités du gouvernement de Mogadiscio. Plus de € 420 millions ont été engagés, depuis 2007, pour financer la mission de maintien de la paix de l’Union africaine (AMISOM) et la  formation, par des instructeurs européens, de plus de 3 200 soldats somaliens.

 

François Misser