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Juillet 2012 

 

Libre opinion

 

 L'internationalisation, vue par l'UE comme l'un des rares leviers de croissance pour ses PME

 

  

Au plus fort de la crise, les entreprises et plus particulièrement les PME sont à la recherche des leviers de croissance. Il en existe moins que les doigts d'une main ! Depuis la crise de 2008-2009, plusieurs d'entre elles ont compris que l'internationalisation sur les marchés hors Europe était un levier incontournable pour elles, à tel point que le nombre de PME exportatrices a connu une légère augmentation, au demeurant, de courte durée puisque le chiffre a de nouveau baissé en 2011 (117 170  en 2011 contre 117 990 en 2010, soit – 0,7 % selon les Douanes).

 

La différence avec 2008-2009 réside, toutefois, dans le fait que les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et autres pays émergents connaissent une décélération de la croissance. Il faut donc aller chercher cette croissance sur des marchés de plus en plus éloignés et/ou méconnus, culturellement et géographiquement.

 

La Commission européenne vient, à juste titre, de publier un document intitulé "Les sources externes de croissance – Rapport intérimaire sur les relations commerciales et d'investissement de l'UE avec les principaux partenaires économiques" dans lequel elle constate que le commerce est "la seule source fiable de croissance puisque les composantes de la demande interne sont faibles". Ce document, adressé aux chefs d'État lors du Sommet européen des 28 et 29 juin, préconise :

1) d'augmenter le rythme de négociation et de ratification des accords de libre-échange (ALE),

2) de mener une stratégie commerciale active à l'égard des pays émergents,

3) de combattre toutes les formes de protectionnisme.

 

C'est donc à l'aune de ce texte qu'il faut comprendre les avancées de ces derniers jours sur le premier de ces points : signature d'un accord commercial régional avec la Colombie et le Pérou, progrès important des discussions sur le projet d'accord UE-Canada, lancement des négociations avec le Vietnam, relance de la coopération avec les pays du CCG (Conseil de coopération du Golfe) et avancées – plus discrètes – sur le projet d'ALE UE-USE à quelques mois des échéances électorales américaines. En revanche, la Commission européenne semble avoir fait le deuil ou, à tout le moins, avoir reporté, faute de symétrie réelle possible, la finalisation d'un ALE avec l'Inde ou encore le Mercosur et le lancement de discussions avec le Japon.

 

Sur le second point, les services de la Commission veulent mettre l'accent sur le démantèlement des obstacles aux marchés des pays tiers, qu'il s'agisse de barrières commerciales ou non commerciales. C'est sur ce terrain-là que les entreprises sont en droit d'attendre des résultats de la part de la Commission ; à elles de faire davantage remonter les difficultés qu'elles rencontrent pour accéder à ces marchés. À ce sujet, la CCIP et l'ACFCI (Assemblée des Chambres françaises de commerce et d'industrie) viennent de rendre une prise de position commune dans laquelle elles soulignent que "l'internationalisation des PME est un processus complexe et multiforme, qui ne se limite pas à la question de l'accès à l'information" et préconisent de "mieux prendre en compte les besoins effectifs, actuels et futurs, des entreprises, améliorer l'appui dont ces dernières peuvent bénéficier en rationalisant les outils existants et en utilisant pleinement la panoplie des politiques de l'UE en matière d'accès aux marchés" (Voir http://www.etudes.ccip.fr/rapport/322-pme-internationalisation-politique-europeenne).

 

Il semble légitime que les PME sollicitent les dispositifs nationaux en premier, grâce aux outils de mieux en mieux adaptés (diagnostic et pré-diagnostic export, formations interculturelles, etc.) qu'elles mettent en place à la faveur d'une relation de proximité et du travail de coopération dans le cadre de "l'Équipe de l'Export". En revanche, l'UE peut jouer un rôle majeur dans la lisibilité et l'attractivité des programmes communautaires de partenariat extérieur tels qu'Al-Invest ou Med-Invest d'autant plus important ces temps-ci que la crise va encore raréfier les financements et les crédits à l'export : "rééquilibrer ces programmes dans un sens plus favorable aux PME européennes ou encore diminuer la charge administrative induite par la participation à un projet européen", selon la CCIP et l'ACFCI.

 

Sur le troisième et dernier point, la marge de l'UE semble un peu plus étroite à l'heure où les mesures restrictives – protectionnistes ou déloyales – aux échanges sont le fait de plusieurs pays membres du G20 sans compter que la crise financière de l'Europe, en s'étendant aux BRIC, pourrait de nouveau ouvrir la boîte de Pandore des plans de soutien et des mesures commerciales préférentielles (Buy American Act ou Buy Chinese Act) qui avaient été la règle pendant la crise de 2008-09. Il n'est de combat sur ce terrain qu'à l'échelle multilatérale comme l'illustre le récent engagement des pays au Sommet du G20, à Los Cabos, à geler toutes les mesures protectionnistes jusqu'à 2014 et à développer le mécanisme de règlement des différends à l'OMC.

 

L'approche bilatérale peut aussi l'emporter dans certains cas. C'est probablement cette approche qui pourrait l'emporter dans la relation entre la Chine et l'UE alors que la Commission menace de sanctions deux entreprises chinoises des télécommunications (ZTE et Huawei) qui auraient profité de subventions étatiques pour exercer du dumping en Europe notamment. Les autorités chinoises ont mis en garde l'Europe contre de telles sanctions.

 

Alors que les investissements directs étrangers (IDE) entrants en Chine affichent une baisse continue sur six mois consécutifs et où les ventes chinoises doivent "se rapatrier" sur le marché intérieur chinois ou d'autres pays émergents, les pays européens ont peut-être là une marge de négociation, notamment sur la question des marchés publics et des difficultés administratives de leurs entreprises sur le marché chinois (Voir Veille RI, 18 juin 2012, Chine : un examen complaisant de l'OMC). La Chine devrait ainsi publier des directives pour encourager les investissements privés dans davantage d'industries. Elle a, par ailleurs, insisté avec l'Inde lors du Sommet du G20 sur le besoin de garder un système commercial mondial ouvert. C'est aussi tout l'enjeu du projet de directive européenne des Commissaires Barnier et de Gucht sur les marchés publics internationaux.

 

***

 

La nouvelle ministre française du commerce extérieur, Nicole Bricq, parlait le 3 juillet, lors du Salon "Planète PME", de la nécessité d'une approche plus agressive et plus réciproque en matière commerciale. Sur le fond, le discours apparaît, somme toute, assez proche des nouvelles lignes de force de la Commission européenne. Sur la forme, il suffirait peut-être tout simplement de changer "agressive" par "active" et "réciproque" par "symétrique" si l'on veut être entendu...

 

Corinne Vadcar