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novembre 2011 

  

 Libre opinion

  

 Chine - Union européenne

Un partenariat sans confiance ni substance

 

 

 

La revue du Collège de l’Europe vient d'analyser dans un numéro récent, l’état des relations entre l’UE et la Chine. La présidente pour les relations UE-Chine du Collège, Jing Meng, passe en revue toutes les relations bilatérales depuis les années 1970, pour constater qu’aujourd’hui, en raison de l’importance de son excédent commercial, la Chine représente "le défi le plus important" pour la politique commerciale de l’Union.

 

Elle relève l’existence de 60 dialogues entre Bruxelles et Beijing mais affirme que "la confiance mutuelle n’a pas été pour autant renforcée". Elle évoque un partenariat qui manque de substance dans un contexte où l’Europe perd graduellement son avantage comparatif sur la Chine. Exemple : le dialogue sur les droits de l’homme. Vu du côté européen, les progrès sont bien plus lents qu’espérés et le dialogue est "ennuyeux et superficiel" : "Peu d’Européens connaissent la Chine" déplore la chercheuse.

 

De plus (et cela vaut peut-être aussi pour les relations entre l’Europe et d’autres parties du monde), Jing Meng explique que, depuis la naissance de la Communauté européenne, les Européens ont tellement été préoccupés par leur processus d’intégration qu’ils ont eu tendance à regarder vers l’intérieur de leur continent. Elle cite un universitaire américain selon lequel, "en comparaison des Etats-Unis, la profondeur de l’expertise [européenne] sur la Chine demeure très limitée". Tandis que les Chinois aspirent à étudier en Europe, les Européens ne sont pas intéressés à étudier en Chine. D’après la mission de la Chine auprès de l’UE, on trouve 180 000 étudiants chinois en Europe contre 18 000 étudiants européens en Chine.

 

L’UE en fait a beaucoup déçu la Chine qui aspirait déjà, dans les années 1980, sous Deng Xiao Ping, à la construction d’un monde multipolaire. En fait, aujourd’hui, l’Europe est vue surtout, en Chine, comme "un allié des Etats-Unis", et non comme un partenaire à part entière. Les actuelles difficultés de l’UE face à la crise de l’euro et surtout les divergences entre Européens à cet égard risquent de miner la confiance de la Chine en la capacité de l’UE à gérer cette crise. Bien que  l’UE soit le premier partenaire commercial de la Chine, il n’y a pas de commune mesure entre les influences américaine et européenne en Chine. Autre remarque : les divisions intra-européennes affectent les relations de l’UE avec le reste du monde.

 

Les divergences de doctrine diplomatique n’arrangent pas les choses comme l’a montré la crise libyenne, au cours de laquelle la Chine a critiqué "l’interventionnisme" des Occidentaux. La Chine estime pourtant avoir fait preuve de modération : elle n’a pas opposé son droit de veto à la résolution 1973 du Conseil de Sécurité donnant le feu vert à l’intervention de l’OTAN. De manière très pragmatique, elle a même approché le Conseil national de transition avant la chute de Kadhafi, pour ne pas être vue comme ayant été du "mauvais côté" à la fin du conflit.

 

Les "suivisme" de l'Europe

 

Parmi d’autres contributions, celle de Kevin Blachford de l’université de Winchester, relève le suivisme des Européens vis-à-vis de l’embargo sur les armes de 1998, décrété par Washington, en dépit de récentes déclarations de la haute représentante de l’UE pour la politique extérieure, Catherine Ashton, en faveur d’une levée de cet embargo.

 

La question est de savoir combien de temps l’UE va pouvoir maintenir cette position alors qu’elle a besoin du concours chinois pour faire face au défi de la dette souveraine de ses propres États. Il rappelle qu’en 2005, une levée de l'embargo était sur le point d'être décidée avec le soutien la France et l’Allemagne. Mais l’UE s’était encore inclinée devant le refus américain. L’affaire est importante pour une question de statut, mais aussi parce que la Chine a besoin de renouveler ses équipements dont le niveau de technologie remonte à l’ère soviétique.

 

Une telle levée serait d’ailleurs bénéfique pour les équipementiers européens, à condition que l’UE se dépêche car, tôt ou tard, au rythme où vont les choses, la Chine mettra au point elle-même la technologie. Seul obstacle et de taille aux ambitions européennes : les Etats-Unis qui pourraient par ailleurs saisir eux-mêmes l’opportunité. « To be or not to be » tel est le problème fondamental des Européens dans ce billard à trois bandes..

 

Pour le moment, ce sont les États-Unis qui sont parvenus à imposer aux Européens leur conduite vis-à-vis de la Chine. Les négociations entre l'UE et Pékin pour une participation de la Chine au sauvetage de la zone euro sont dans une impasse, après le refus des responsables européens d'accepter au moins une des  contreparties proposées par la Chine : l'octroi d'un poids accru au sein du FMI, un statut d'économie de marché à l'Organisation mondiale du commerce ou la levée de l'embargo européen sur les armes. Question : combien de temps la position européenne sera-t-elle tenable, sachant que ce ne sont pas les États-Unis qui pourront aider les États de l'UE à relever le défi de leur endettement ?

François Misser