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décembre 2012 

 

 

Libre opinion

 

FINANCEMENTS EXPORTS

Innovation financière et nouveau dispositif français

 

 

 Alors que la réforme du dispositif français de soutien financier à l'export va prochainement entrer en vigueur, la question de l'insuffisance des financements à l'exportation revient sur la table et, cela, de manière récurrente depuis la crise de 2008-09.

 

Existe-t-il un problème de financement des entreprises françaises à l'export ? C'est par l'affirmative que répond aujourd'hui le gouvernement Ayrault si l'on en juge par les mesures qui seront mises en œuvre en début d’année 2013 pour rénover le dispositif de financement à l'export : garantie de refinancement des créances export, mécanisme de financement public direct pour des opérations exceptionnelles, distribution par la BPI de l'ensemble des soutiens financiers à l'export aux PME et ETI.

 

Au demeurant, la question reste entière car l'on s'emploie surtout, dans ce débat, à démontrer que le dispositif français est peu lisible comparé à ceux d'autres pays. Il est vrai que l'herbe est souvent plus verte chez le voisin. La France a toujours disposé d’outils de financement solides en quantité comme en qualité pour accompagner les entreprises françaises à l’exportation ou l’implantation sur les marchés étrangers. Dans un domaine afférent, celui des garanties publiques export, on apprend aussi, par une étude du Council on Foreign Relations (CFR), que la part des exportations en bénéficiant est moindre aux États-Unis qu'en Europe (2 % contre 3 % en Allemagne et 6 % en France).

 

Certes, l'ensemble de ce qu'on appelle, dans le jargon anglo-saxon, le "trade finance", c'est-à-dire le financement du commerce international, connaît de réelles difficultés qui risquent de s'aggraver avec les effets de la crise et les nouvelles règles de Bâle III. Un credit crunch particulièrement aigu a été observé en 2008-09. De nouvelles difficultés se font jour depuis 2011 dans les pays de la zone euro et une partie des pays industrialisés (voir ICC Global Survey on Trade Finance, 2012) et il convient de ne pas les minorer.

 

Il y a, d’ailleurs, lieu de distinguer entre ce qui affecte les PME et les grandes entreprises dans l'accès aux financements.  Et il faut espérer que l'action de la BPI pourra atténuer les manquements du marché envers les premières. Du reste, les Britanniques viennent également de décider de la mise en place d'un véhicule public de financement des PME exportatrices.

 

Le Medef constate ainsi que "sur les exportations de petits montants et à court-moyen terme (inférieurs à 20 millions d’euros (M€) et moins de 2 à 5 ans) qui concernent en premier lieu les PME et les ETI (…) mais aussi les grands comptes et leurs filiales (marchés de niche), les  exportateurs éprouvent des difficultés croissantes à se faire financer car ce type de financement n’est pas rentable pour leurs partenaires banquiers (…)".

 

Mais d'autres facteurs peuvent apporter leur lot d'explications et notamment une concurrence nouvelle de la part de nouveaux acteurs : les banques des grands émergents qui ont des "forces de frappe" financières sans précédent et octroient des crédits massifs à leurs opérateurs économiques.

 

Pour l'heure, l'innovation financière est encore le fait des Anglo-Saxons, maîtres de la discipline malgré la crise financière de 2008. Ce sont les banques américaines, avec quelques banques japonaises et chinoises, qui apportent aujourd’hui une grande partie des financements d'Airbus. Et, de fait, il peut être opportun de s'inspirer des nouveaux montages financiers récemment mis en place par des banques étrangères sur de grands contrats.

 

Mais d’autres tendances émergent, que l’ingénierie financière de la France va devoir accompagner ; elles consacrent, pour la plupart, une orientation croissante des opérations financières avec les pays émergents :

 

  • la fragmentation toujours plus poussée des chaînes de valeur mondiales (CVM) dans un sens favorable à la montée en puissance des flux commerciaux et économiques  Sud-Sud à l'instar des échanges intra-asiatiques ;
  • le mouvement vers l'internationalisation du Renminbi (RMB) ; certaines banques émettent, désormais, des crédits documentaires en RMB ;
  • la montée en puissance de la finance islamique dans les échanges régionaux  ou inter-régionaux (Moyen-Orient et Asie du Sud-Est par exemple) ;
  • et enfin, la croissance phénoménale des projets d'infrastructures dans les pays émergents ; une récente étude de Mc Kinsey vient souligner que les banques françaises ne sont plus aussi bien placées qu'auparavant dans le financement des grands projets afférents aux infrastructures.

 

Mais au-delà de cet impératif d’innovation financière, trois questions se posent plus précisément dans le cas de la France.

 

1. L'ambition affichée par les pouvoirs publics est-elle à la hauteur des enjeux de la supply chain finance d'autant que les difficultés des grandes entreprises pourraient demain s'ajouter à celles des PME/ETI aujourd'hui ?

 

2. Les difficultés d'accès des entreprises aux financements export ne relèvent-elles pas davantage d'une forme d'aversion au risque qui affecterait autant les banques que les entreprises, les citoyens que les décideurs politiques ?

 

3. Ne convient-il pas, dans ce domaine comme dans bien d’autres tant l’essaimage et la dispersion sont souvent la règle en France, de gagner en lisibilité auprès des entreprises ?

 

C'est dire, dans ce contexte, toute l'importance de refaire du trade finance un instrument de compétitivité qui est un des obstacles des PME à l'export parmi bien d’autres comme le manque de compétitivité des produits français, la concentration de nos ventes sur le marché européen, l'absence de stratégie export de nombre de PME françaises, etc.

 

Corinne Vadcar