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septembre 2013 

 

 

Appréciation des risques pays

 

 

AMERIQUE LATINE

 

 

Une place à part dans le basculement du monde

 

 

 

"Une nouvelle carte du monde est-elle en train d’apparaître ? Une nouvelle Amérique latine est-elle en train de naître ? Fait-elle partie de ce nouveau monde ou bien son développement est-il conditionné par le déplacement du centre de gravité vers ce nouveau monde, à l’occasion à la fois des mouvements longs en faveur des économies asiatiques et de la crise des finances internationales venant des pays avancés ?" Telles sont les questions que pose Pierre Salama dans son nouveau livre "Les économies émergentes Latino-américaines, entre cigales et fourmis" (Editions Armand Colin).

 

Ces questions sont d'autant plus d'actualité que l'on s'interroge désormais sur la solidité des économies qui ont émergé au début des années 2000, dans le sillage de la Chine. Le Brésil, en particulier est l'objet de toutes les spéculations. Faut-il miser sur un déclin précoce de ce géant latino-américain. L'Argentine, pour sa part, serait-elle passée du statut de pays semi-industrialisé à celui d'une économie en voie de désindustrialisation ?

 

L'analyse de Pierre Salama s'inscrit dans la perspective de l'histoire latino-américaine récente. Nous publions ici quelques extraits de son introduction à un ouvrage qui s'impose pour tous ceux qui recherchent de nouveau débouchés au sud du continent américains.

 

Extraits


Une nouvelle Amérique latine est en train de naître. Cela concerne non seulement les pays émergents comme le Brésil, l’Argentine, le Mexique, le Chili et la Colombie, mais aussi de "petits" pays qui, forts de leurs ressources naturelles, exigent une redistribution des gains tirés de leur exploitation et surtout entreprennent une démarche difficile, mais oh combien symbolique, d’intégrer les populations indiennes, primo-arrivantes, hier exclues politiquement et socialement. (…)

 

L’Amérique latine change. Celle d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui et pourtant elle en conserve les traits. Les ruptures sont, comme toujours, des dépassements, l’Histoire n’avance pas de manière linéaire. (…)

 

Qui en effet aurait pu imaginer, il y a quelques décennies, qu’on puisse désigner les principaux pays latino-américains semi-industrialisés comme des économies émergentes de demain, comme capables de réduire leurs retards avec les pays avancés, de leur faire concurrence sur certains marchés, d’être capables de réduire, fût-ce légèrement, leurs inégalités de revenus et leur pauvreté, de consolider enfin leur systèmes démocratique ?

 

Qui aurait pu imaginer que certains pays, parmi les plus importants, allaient renouer avec l’exportation de produits primaires, retrouvant ainsi partiellement leur spécialisation internationale du temps jadis, desserrer leurs contraintes externes, attirer les capitaux, certes au prix d’une appréciation de leur taux de change ?

 

L’enchainement des phases - économies relativement fermées en pleine expansion puis en crise inflationniste, économies plus ouvertes mais stagnationnistes, économies ouvertes et de nouveau en croissance – semble logique aujourd’hui tant il est facile de prédire l’avenir lorsqu’on le connait…

 

Mais si on se replace en 1981 (crise des dettes externes), en 1990 ou en 2003, alors tracer les trajectoires possibles est plus compliqué, l’Histoire prenant parfois des bifurcations, avançant par à-coups, sous l’influence du jeu complexe de différents groupes d’intérêt nationaux, de leurs poids, de la manière dont ils subissent et répondent aux contraintes externes et internes (notamment aux pressions de l’opinion publique).

 

Ce livre ne prétend pas retracer les parcours économiques suivis par chacun des pays composant l’Amérique latine, ni traiter de l’histoire économique longue, ni d’être exhaustif sur tous les thèmes. Nous avons faits des choix. Ce livre a pour objet de tirer des leçons de l’Histoire afin de ne pas répéter les erreurs passées. D’étudier l’Amérique latine pour comprendre l’Europe d’aujourd’hui et sa crise des dettes souveraines, leur gestion et les crises économiques qui en découlent, mais aussi comprendre de l’Amérique latine à l’aide des expériences asiatiques.

 

Nous avons centré l’étude sur les principales économies émergentes : le Brésil, l’Argentine, le Mexique, le Chili et la Colombie et dû en négliger d’autres, quitte à nous référer ici ou là à certaines d’entre elles. Ces pays, locomotives de l’Amérique latine, concentrent l’essentiel à la fois de sa population et de sa production industrielle, agricole et de services.

 

Nous nous sommes limités aux quinze - vingt dernières années, réservant toutefois au premier chapitre un retour bref sur l’histoire économique des quarante dernières années pour rappeler notamment les origines de leur industrialisation et montrer son originalité (une croissance "tirée" d’un marché intérieur en voie de constitution). Les quinze – vingt dernières années, qui seront plus amplement étudiées, sont en effet celles de la croissance retrouvée.

 

La globalisation commerciale participe au déplacement du centre de gravité du monde avec la montée en puissance des économies émergentes asiatiques et dans une moindre mesure de celles d’Amérique latine (chapitre 2).

 

La croissance peut s’accompagner d’une industrialisation, ce n’est pas le cas en Amérique latine et si "comparaison n’est pas raison", "comparer permet d’apprendre". En Amérique latine, les quinze – vingt dernières années sont en effet celles où se manifeste dans plusieurs pays une "désindustrialisation précoce" (chapitre 3) et celles où apparaissent de nouvelles vulnérabilités financières (chapitre 4).

 

Ce sont également celles d’une redistribution des revenus un peu moins inégalitaire (chapitre 5), de la baisse de la pauvreté même si elle reste à un niveau élevé (chapitre 6).

 

Les politiques sociales connaissent dans la plupart des pays un certain essor mais une fiscalité "régressive" limite l’efficacité de ces politiques en faveur d’une réduction de la pauvreté plus prononcée (chapitre 7).

 

Et si dans certains pays les causes socio-économiques de la violence conduisent à une réduction des homicides, dans d’autres ils tendent à les augmenter (chapitre 8).

 

Pierre Salama nous invite à réfléchir sur le parcours des marchés latino-américains, pour mieux les comprendre, certes, mais aussi mieux prévoir la place qu'ils joueront dans le monde de demain.