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septembre 2014 

 

 

ALGERIE

  

Quid des investissements 2015 ?

 

 

Un article récent du quotidien algérien "Liberté" résume bien la situation budgétaire actuelle de l'Algérie. Avec le projet de budget 2015 et le nouveau programme d'investissements publics 2015/2019, le "bas de laine" que constitue le Fonds de régulation des recettes, dit aussi "Fonds pour les générations futures", risque de fondre en moins de deux ans. Mais ajoute l'auteur de l'article, "l’Exécutif est en train d’éviter ce scénario grâce à une insuffisance de notre économie : sa faible capacité d’absorption. En effet, les crédits budgétaires ont tendance ces dernières années à être consommés partiellement." C'est dire à quel point les prévisions de dépenses et les éventuels contrats algériens doivent être compris "avec un grain de sel".

 

L'Algérie s'apprête à lancer en 2015 un nouveau programme d'investissement sur cinq ans de 21.000 milliards de DA, soit l'équivalent de 262,5 mds de dollars. Les détails de ce nouveau plan devront être présentés avant la fin de l'année.

 

Le projet de loi de finances 2015 qui a déjà été adopté en Conseil des ministres fin aout et qui sera présentée au parlement lors de sa session d'automne, tient compte de ces perspectives. Ainsi, le budget d'équipement 2015 devrait-il s'élever à 3.908 milliards DA, en hausse de près de 43% par rapport à celui de 2014.

 

Cette très forte hausse s'explique par le fait qu'il englobera le financement d'un "programme en cours" de plus de 1.600 milliards DA et un "programme neuf" de plus de 1.100 milliards DA pour les secteurs de l'habitat, de la santé, de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur, de l'hydraulique, de l'énergie et de la formation professionnelle.

 

Le projet de budget 2015 a été calculé sur la base d'une croissance du PIB de 3%, soit une prévision plus réaliste que celle qui avait présidé à l'élaboration de la loi de finances 2014, en cours d'exécution, et qui tablait, elle, sur 4,5 % de croissance globale de l'économie algérienne. Les prévisionnistes s'attendent encore à un nouveau recul de la valeur ajoutée du secteur des hydrocarbures et à une croissance de 4,2% hors hydrocarbures. L'inflation, quant à elle, est projetée à hauteur de 3%.

 

Selon le communiqué du gouvernement, les recettes budgétaires globales seront en hausse de 11,6% pour atteindre 4.684 milliards DA. Les dépenses budgétaires globales totaliseront 8.784 milliards DA. Mais, comme chaque année, l'écart réel entre les recettes et les dépense sera bien moins élevé qu'il ne l'est inscrit sur la loi de finances, où les prévisions sont établies sur la base d'un baril de pétrole à 37 dollars, alors que la perspective de prix sur le marché mondial est plutôt de l'ordre 100 dollars le baril.

 

Au titre du budget de fonctionnement, les crédits seront en hausse de 5,4% par rapport à l'exercice précédent. Ils atteindront ainsi 4.969 milliards DA, du fait, notamment, de la création de près de 48.000 postes budgétaires.

 

Avec 5 600 milliards de dinars dans le Fonds de régulation et près de 200 milliards de dollars de réserves de changes, l’Algérie estime disposer des ressources financières pour financer ce budget, au même titre que le programme 2015/2019. Mais rien ne prouve que le secteur productif hors hydrocarbures, public et privé, s'attèlera, dans un avenir proche, à prendre le relai des dépenses de l'Etat, comme les autorités le lui demandent, de façon quasi incantatoire, depuis des années. Et si le relai ne prend pas, l'Algérie n'aura plus, alors, aucun recours possible.

 

Les mises en garde de la Banque d'Algérie

 

Le gouvernement semble notamment minimiser le recul des recettes hydrocarbures, alors que celui-ci donne des signes récents d'accélération.

 

La tendance baissière des exportations algériennes s’est aggravée au début de cette année. Selon les chiffres de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex), leur montant global s’est contracté de 2,9 % durant les quatre premiers mois de l’année 2014 comparés à la même période de 2013, passant de 22,7 milliards $ à 22,0 milliards $.


Ce recul est totalement imputable à la baisse des ventes d'hydrocarbures (-3,8 %). En revanche, les exportations hors hydrocarbures ont augmenté de 23 %, pour atteindre 974 milliards $ pendant les quatre premiers mois de l’année en cours, contre 795 milliards $ à la même période en 2013.

 

Dans sa note de conjoncture sur la situation monétaire et financière du pays au premier trimestre 2014, la Banque d’Algérie confirme la vulnérabilité de la balance des paiements extérieurs aux contre-performances des exportations d’hydrocarbures. La Banque centrale fait en particulier remarquer que le prix du baril du brent algérien s’est inscrit à la baisse sur le marché international de l’énergie au cours du premier trimestre 2014, passant de 111,4 dollars début janvier à 107 dollars fin mars : "Le prix moyen mensuel du pétrole algérien a évolué dans la fourchette de 108,35 à 110,62 dollars/baril au cours du premier trimestre 2014, s’inscrivant à la baisse. En moyenne trimestrielle, le prix du pétrole algérien s’est établi à 109,55 dollars/baril au premier trimestre 2014, en baisse de 2,6 % par rapport au premier trimestre 2013 (112,51 dollars/baril)", souligne-t-elle.

 

A cela s'ajoute la baisse des volumes exportés : "La contraction des exportations d’hydrocarbures en valeur (-12 %) au cours du premier trimestre est due dans une large mesure au fort recul des quantités d’hydrocarbures exportées (-9 %) par rapport au premier trimestre de l’année 2013. Elles se sont établies à 15,57 milliards $ au premier trimestre 2014 contre 17,66 milliards au cours du même trimestre de l’année 2013".

 

La Banque d’Algérie enregistre une diminution de l’excédent de la balance commerciale à 1,84 milliard $ au premier trimestre 2014 contre 3,78 milliards $ lors de la même période de 2013. Le compte courant de la balance des paiements affiche également un déficit de 470 millions $ au cours de ce trimestre, déficit imputable à la réduction de l’excédent de la balance commerciale. Bien que faible ce déficit courant peut être considéré comme un signal d'alerte.

 

La Banque mondiale accorde tout autant d'attention au franchissement de cette ligne rouge. Elle estime que le solde de la balance des comptes courants de l’Algérie se situera à +0,7% du PIB en 2014 (contre une prévision de +2,6% publiée en janvier dernier). Elle prévoit même qu'en 2015 et 2016, ce solde devrait être carrément négatif, respectivement à -1,7 % et à -3,4 % du PIB. Le FMI s'attend lui aussi à un déficit de la balance courant en 2015.

 

Le pire est peut-être l'aveuglement du gouvernement, qui refuse une fois de plus, avec l'adoption du projet de loi de finance 2015, de prendre en compte la gravité de la situation économique (cf. l'article du mois de juin : Bilan et perspectives fantaisistes). Constitué au lendemain des présidentielles, le 5 mai dernier, l’actuel gouvernement Sellal donne l'impression de s'égarer dans la recherche des boucs émissaires, comme le président de la Sonatrach, limogé cet été.