SAVOIR, PRÉVOIR, ANTICIPER
Au Moyen-Orient, en Afrique,  Asie, Amérique latine

et dans les pays de l'Est
Accès
Abonnés

26 février 2014 

 

 

VENEZUELA

  

Comment sortir de l'impasse ?

 

 

La Conférence de paix qui débute en cette fin février permettra-telle de sortir de l'impasse déclenchée par le mouvement estudiantin qui a dégénéré en conflit direct entre l’opposition et le pouvoir bolivarien ? Une partie de la réponse réside dans l'analyse de la crise de ces dernières semaines.

 

Mardi 25 février, les étudiants ont appelé à une nouvelle marche contre le gouvernement du président Nicolas Maduro. La veille, plusieurs manifestations avaient eu lieu en province, notamment à San Cristobal à la frontière colombienne. Des affrontements ont également eu lieu sur la Plaza Altamira de Caracas, entre des manifestants qui voulaient bloquer les avenues environnantes et la Garde nationale bolivarienne qui a lancé des bombes lacrymogènes et utilisé des plombs de chasse pour disperser les manifestants.  

 

Le bilan des affrontements de ces manifestations contre l’insécurité, l’inflation et la pénurie de produits de base, a ainsi atteint 14 morts, plus de 140 blessés et 45 personnes sont détenues, selon la procureure générale Luisa Ortega,

  

Le président a convoqué le 24 février les gouverneurs et les maires du pays pour préparer un dialogue national pacifique, prévu pour ce mercredi 26 février, et auquel sont invités les secteurs sociaux, politiques et religieux ; mais l’offre a été rejetée par le principal leader d’opposition, Henrique Capriles, candidat malheureux à la présidentielle de l’an dernier, un scrutin qui s'était déroulé juste après la mort du charismatique héros de la “révolution bolivarienne”, le commandant Hugo Chavez. Capriles, gouverneur de l’État de Miranda et leader de l’aile dite modérée de la coalition d’opposition, Mesa de Unidad Democrática, a décliné l'offre de dialogue en raison des violations des droits de l’homme et de la répression.

 

C'est quant même assez paradoxal, puisque le même homme exigeait encore, il y a peu, un tel dialogue politique et la fin des actions des organisations paramilitaires. Tout le monde n’est pas, en fait, convaincu de la sincérité du pouvoir ; dans l’opposition, certains pensent que Maduro cherche à gagner du temps en espérant un pourrissement du mouvement.

  

Washington, avec qui les relations de Caracas sont au plus mal depuis 2010, date à laquelle les deux États ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs, soutient aussi le dialogue. Mais Washington irrite le gouvernement vénézuélien  qui a expulsé, la semaine dernière, trois diplomates US accusés de conspirer avec les mouvements estudiantins, en réclamant la libération des manifestants, dont le dirigeant de l’opposition radicale Leopoldo López.

 

Ce qui met le plus en colère les autorités vénézuéliennes, c’est la tendance de Washington et des autres détracteurs à ignorer la présence d’éléments violents dans les rangs des manifestants. Dans un point de presse effectué le 24 février, Luisa Ortega a fait état de l’arrestation de 12 manifestants en possession d’armes à feu et de "beaucoup d’autres" munis de cocktails Molotov et d’autres explosifs. Le régime se défend d’organiser une répression brutale et aveugle et indique avoir fait arrêter neuf fonctionnaires soupçonnés d’actes violents, dont trois agents du Servicio Bolivariano de Inteligencia (Sebin) qui seraient impliqués dans la mort de trois manifestants.

 

Scénario de sortie de crise

 

Difficile de discerner l’avenir le plus probable, dans ce contexte, d’autant que les opposants et les mécontents ne sont pas seuls à manifester. Le régime garde encore une bonne dose de popularité dans les couches populaires, comme en témoignent plusieurs manifestations de soutien, au même titre que l’implication de partisans "chavistes" aux côtés des forces de l’ordre. La polarisation est à son comble, alors que demeurent entiers les maux qui ont déclenché, depuis trois semaines, ces manifestations tournant parfois à l’émeute. Il s'agit de la dégradation de la situation économique et de la hausse de la criminalité, qui a dépassé les 25 000 homicides par an ! Ce taux est l'un des plus élevés au monde, juste après les records mondiaux de la Colombie et de l’Afrique du Sud.

 

Le défi est considérable pour Maduro qui n’a pas le charisme d'Hugo Chavez et qui semblait pourtant avoir instauré davantage de stabilité politique. La radicalisation est très forte, elle fait penser par certains côtés à l’Ukraine, mais avec une manipulation de la colère de la rue par la droite la plus extrême. A Caracas comme à Kiev avec le départ de Viktor Ianoukovitch, les médias officiels dénoncent le danger d’un "coup d’État fasciste". La chaîne colombienne de télévision par câble (NTN24) a été empêchée d’émettre et plusieurs journalistes ont été brutalisés. Et le 20 février, le président Nicolas Maduro a accusé la chaîne américaine CNN de vouloir programmer la guerre civile au Venezuela en montrant au monde que le pays est en guerre civile.

 

Conclusion : on peut être d’accord avec le think tank "International Crisis Group" qui estime qu'il n’existe pas de solution facile à la présente situation et appelle l’opposition à dialoguer avec le pouvoir. On pourrait imaginer que la libération de ses leaders incarcérés comme Leopoldo Lopez puisse le permettre. Il y a tout de même de grandes différences avec l’Ukraine. On ne peut, en particulier, pas comparer l’enrichissement éhonté de Ianoukovitch et de sa clique et le train de vie de Maduro et de son entourage.

 

Parmi les principales "erreurs" du chavisme dénoncées par les manifestants, figurent la priorité aux dépenses sociales ou de prestige et l’insuffisance des investissements, y compris dans le secteur moteur des hydrocarbures. L’opposition fait aujourd’hui campagne contre l’argent "donné" à l’étranger par le gouvernement, qui dépasserait la dette de l’État envers les entreprises nationales. Selon l’ancien chef de la division analyse du risque de change au Banco Central de Venezuela, Orlando Zamora, pas moins de $ 24 mds auraient servi à financer des projets à Cuba, au Nicaragua, en Équateur et en Bolivie. Parallèlement, la Commission de l’administration des devises doit $ 3,5 mds aux compagnies aériennes, 2,4 mds à l’industrie alimentaire, 1,4 md à des fournisseurs de médicaments et de matériel médical notamment.

 

L’opposition épingle un certain nombre de dons. A côté des 30 000 $ octroyés en 2007 à une école primaire en Inde, il y a les 6,6 mds annoncés en 2012 pour la construction d’une raffinerie de pétrole, d’une usine pétrochimique et d’un oléoduc au Nicaragua ou encore le million de dollars controversé donné, en 2006 à l’école de samba Unidos de Vila Isabel qui a participé au Carnaval de Rio avec un char à la gloire de Simon Bolivar.

 

D’autres dons évoqués concernent une raffinerie en Jamaïque, la construction de logements au Mali et au Bénin, une aide à l’Argentine pour rembourser sa dette au FMI et la réhabilitation du réseau électrique en Gambie.

 

Mais l’opposition veut aussi ignorer les progrès de l’indice de développement humain du pays constaté par le "Programme des nations unies pour le développement" (PNUD) et qui explique que le régime de Maduro conserve encore une certaine popularité.

 

Cela étant, il est à espérer, que le nouveau président vénézuélien sorte de sa psychorigidité pour mieux écouter les conseils de modération du Chili, plutôt que de les qualifier d’ingérences dans les affaires intérieures du pays. Dans toute cette affaire, le rôle du Brésil, mais aussi de l’Argentine, qui furent conciliants avec le régime Chavez va s’avérer essentiel pour orienter le gouvernement de Caracas vers une normalisation de ses rapports avec l’opposition et vers des objectifs de politique extérieure plus conformes aux moyens réels du pays. Les conseils, voire la médiation de ces alliés pourraient s’avérer précieux, parce que Maduro leur fait confiance.