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février 2014 

 

 

MALI

  

Appétit et cécité des autorités de Bamako

  

 

La manne des bailleurs de fonds continue à tomber sur le Mali, sourde aux cris d’indignation des Touaregs Ainsi peut-on résumer le joli festival d’autosatisfaction qui a eu lieu, le 5 février dernier, lors de la seconde réunion du groupe de suivi de la conférence des donateurs "Ensemble pour le renouveau du Mali" qui avait eu lieu en mai 2013, sous la co-présidente des autorités maliennes, de la France et de la Commission européenne.

 

La manne des bailleurs de fonds est tombée abondamment sur le Mali. Depuis la conférence du 15 mai, sur € 3,3 mds d’aide promise, deux tiers ont été engagés et un tiers versé, dont 300 millions d’aide budgétaire. "C’est tout à fait exceptionnel", s’est réjoui l’ambassadeur de France, Pierre Duquesne, chargé des questions économiques de reconstruction et de développement.

 

Les participants à la réunion de suivi ont salué l’évolution de la situation générale du pays depuis mai 2013 et notamment "la bonne tenue des élections législatives". Ils ont également salué les premières réformes lancées par le gouvernement malien en matière de bonne gouvernance, dont un meilleur contrôle des finances publiques, la décision de faire un audit des marchés publics et le vote d’une loi sur la prévention et la répression de l’enrichissement illicite.

 

La question touarègue

 

Mais au-delà de ces propos aimables, les participants ont dû faire le constat que beaucoup reste à faire pour stabiliser ce pays. Selon des documents de travail transmis à RI, les participants à la réunion de Bruxelles font le constat que "si les interventions de l’armée française et de la MINUSMA ont permis d’affaiblir les groupes terroristes au nord du Mali, ils demeurent néanmoins actifs et le problème sécuritaire reste entier en particulier dans la région de Kidal où la tension est vive entre l’armée malienne et les groupes armés".  C’est le moins qu’on puisse dire. En effet, "les négociations entamées avec les groupes armés dans le cadre de l’accord de paix préliminaire de Ouagadougou n’ont pas enregistré d’avancée depuis l’élection du président", a-t-on conclu à Bruxelles.

 

Une relative normalisation a cependant été observée avec le rétablissement de l’administration dans les régions du Nord-Mali. Les participants se sont aussi félicités du retour de toutes les banques dans les régions du Nord, admettant toutefois qu’un attentat au siège de la Banque malienne de solidarité, en décembre 2013, a occasionné l’arrêt momentané des services de cet établissement.

 

Par contre, du côté de la coopération militaire, le plus grand risque qu’encourent les formateurs européens de l’EUTM est que les compétences qu’ils transfèrent aux soldats maliens puissent être utilisées à mauvais escient. Contrairement à ce qui avait été initialement envisagé, les troupes allemandes ne sont pas déployées au nord, mais resteront à Koulikoro, près de Bamako. Ce qui revient à laisser les mains libres aux revanchards.

 

La principale organisation touarègue, le "Mouvement National de Libération de l’Azawad" (MNLA) dénonce ainsi, par la voix de son porte-parole, Mossa Ag Attaher,  les arrestations arbitraires et tortures pratiquées sur des citoyens de l’Azawad, le pays touareg, par des militaires maliens, citant le nom de plusieurs civils, dont des éleveurs arrêtés à Bankoma et à Banguel.

 

En décembre, le MNLA avait aussi annoncé la découverte d’un charnier à Tombouctou contenant les cadavres de plusieurs civils dont un vieillard "sauvagement exécutés par l'armée malienne". Et le MNLA avait réclamé une enquête internationale dirigée par la Cour pénale internationale. (CPI) sur tous les  massacres commis par les différents gouvernements maliens de 1963 à 2013. Mais il a d'autant plus de mal à se faire entendre que les régions du nord souffrent cruellement d'un manque d'interlocuteurs légitimement élus : la participation aux récentes élections y a été très faible : 11 % à Kidal lors de la présidentielle de juillet et août, contre 50 % à l’échelle nationale.

 

Opportunités d'investissements

 

Parallèlement, les ministres maliens présents autour du premier ministre Oumar Tatam ont vanté, lors de la récente réunion de suivi, les réformes accomplies dans le domaine de l’amélioration du climat des affaires et de la bonne gestion des affaires publiques. Ils ont souligné les opportunités d’investissement, notamment dans le secteur de l’Energie.

 

Moustapha Ben Barka, ministre délégué auprès du ministère de l’économie et de Finances, chargé de la promotion des investissements et de l’initiative privée, confie avoir pris contacts avec des investisseurs privés maliens et étrangers, venus d’Europe, mais également d’Asie. Ainsi le groupe chinois Hanergy serait-il intéressé, non seulement par la perspective de construire des centrales solaires, mais aussi par des projets d'usines de production de panneaux solaires au Mali et dans la région. Son PDG a d'ailleurs récemment rencontré le président ivoirien Alassane Ouattara et lui a fait part de son intention d’investir $ 500 mns en Côte d’Ivoire dans ce secteur.

 

Pour sa part, la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, est chef de file dans un projet visant à développer une capacité de production d'énergie solaire de 60 MW avec le concours de l’entreprise norvégienne Scatec.

 

Selon l’Agence de promotion des investissements (API), il existerait aussi un potentiel hydroélectrique inexploité de plus de 1 000 MW au Mali. En décembre, les chefs d’État de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Mali, Mauritanie et Sénégal) ont inauguré le barrage de Felou sur le Bafing (60 MW) et ont pesé la première pierre de celui de Gouina (140 MW) qui devrait fournir au moins 40 MW à l’Energie du Mali (EDM). Un autre projet avancé est le barrage de Kénié, sur le fleuve Niger (40 MW environ), dans lequel la SFI est également chef de file. Le gouvernement malien espère mobiliser d’ici la fin de l’année de quoi financer les travaux et les lancer, explique Moustapha Ben Barka.

 

Par ailleurs, le Mali ne désespère pas de relancer l’exploration pétrolière et une entrée en production de ses champs d’ici cinq ans. Le ministre reconnait néanmoins que ce n'est pas facile : "C’est sûr qu’il y a des poches de résistance de certaines bandes armées dans le nord du Mali. La sécurité, n’est pas encore rétablie".

 

Le Qatar en embuscade

 

Mais le Mali s'efforce aussi préparer l’avenir à plus long terme. Au cours de la visite officielle du président Ibrahim Boubacar Keita à Doha, du 22 au 24 janvier, le ministre Moustapha Ben Barka a rencontré des représentants de Qatar mining et de Qatar Petroleum International qui ont manifesté leur intérêts sur les deux potentiels.

 

D’ici la fin février, Qatar Mining doit signer un protocole d’accord concernant l’octroi de concessions minières et pétrolières. Selon le ministre de l’Industrie malien, Boubou Cissé, Qatar Petroleum International va aussi être impliqué dans le développement des gisements déjà découverts de Kidal et Taoudenni. Le Mali a, par ailleurs, sollicité l’expertise qatari pour développer les capacités humaines de la "Direction nationale de la géologie et des mines" (DNDM) et de "l’Autorité de recherche et d’exploration pétrolière" (AUREP). Plusieurs missions qataries sont attendues à Bamako. Et une réunion de la grande commission mixte Mali-Qatar est prévue en avril pour finaliser tous ces accords.

 

Le Mali fait une promotion agressive de ses ressources minières dont l’exploitation sera rendue possible s’il se dote d’une énergie bon marché. En marge de l’or, il est question de développer les gisements de bauxite et de fer, dont les réserves sont importantes (1,2 milliard de tonnes et 2 milliards respectivement). Il y a aussi le souhait de développer des gisements de phosphate au nord du pays.

 

Encore une fois, le potentiel est indéniable, mais tant le gouvernement d’IBK que les bailleurs de fonds auraient intérêt, pour en tirer parti, de prendre davantage en compte les aspirations des populations des zones concernées…