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février 2013 

 

ZIMBABWE

  

Diamants, sanctions et politique

 

 

Le président Robert Mugabe (89 ans en ce mois de février, en place depuis 1980) et le premier ministre Morgan Tsvangirai (du "Mouvement pour un changement démocratique", MDC) qui se partagent tant bien que mal le pouvoir depuis 2008, se sont enfin mis d'accord sur le texte de la future Constitution du Zimbabwe. Le référendum sur cette nouvelle loi fondamentale devrait se dérouler le 16 mars, ce qui permettrait que les prochains scrutins présidentiels et législatifs soient organisés au mois de juillet 2013. Or, c'est au moment où s'ouvre cette période électorale décisive que le Zimbabwe  s’affirme comme un poids lourd de la planète "diamant".

 

Parti du néant avec une production insignifiante, de 44 000 carats en 2004, selon les statistiques du "Processus de Kimberley" censé lutter contre le financement des conflits par l’exploitation et le négoce du diamant, le Zimbabwe est devenu, en moins d’une décennie, l’un des principaux producteurs mondiaux en volume. La production s’est située, en 2012, au dessus de 15 millions de carats (cts), soit pratiquement le double de celle de 2011 (8,5 millions cts) qui avait déjà atteint un niveau historique. En 2011, le Zimbabwe s’était en effet hissé à la quatrième place des pays producteurs (en volume), devant l’Angola et derrière le trio de tête, Russie, Botswana et Congo-Kinshasa.

 

Or l’envolée va continuer. Selon le ministre des Mines, le pays recélerait le quart des réserves mondiales de diamant ! La majeure partie de la production provient des mines de Marange, à 200 km à l’est de la capitale, Harare. Selon la société d’État Zimbabwe Mining Development Corporation (ZMDC), la production du site de Marange, de 8 millions de carats en 2012, devrait doubler en 2013. Elle est le fait de la firme chinoise Anjin, de Marange Resources, de Mbada Diamonds et de la Diamond Mining Company (DMC).

 

Mais le problème, pour DMC, c’est que, bien qu’autorisée à vendre sa production par le "Processus de Kimberley", cette société dont la moitié des actions est détenue par la ZMDC, figure encore sur la liste des sanctions unilatérales américaines et européennes. Une situation qui n’enchante pas du tout les diamantaires d’Anvers, confrontés à la concurrence des autres plaques-tournantes du commerce et qui a vu ses importations de diamant brut, déjà en baisse en 2011, chuter de 14 % en 2012.

 

Un potentiel encore en friche

 

Importante en volume, la production zimbabwéenne est encore modeste en valeur sur l’échiquier international. La valeur de la production (56 $/ct en 2011) est inférieure à la moyenne mondiale, de l’ordre de 116 $/ct.

 

Cela dit, le potentiel du pays est considérable selon un géologue et gemmologue belge anversois, car les diamants des concessions de Marange (670 km²) font partie d’un vaste gisement secondaire qui est un ancien fonds marin aujourd’hui recouvert, comparable à l’embouchure du fleuve Orange en Namibie, où les dragues de la filiale de De Beers, Namdeb récupèrent les gemmes des dépôts alluvionnaires.

 

Or, la formation géologique identifiée dans la zone de Marange s’étend sur plus de 70 km, jusqu’aux gisements de Chimanimani, à la frontière du Mozambique, où la joint-venture formée par Diamond Trust of Zimbabwe (DTZ) et la firme russe OZGEO possède une concession. Cela présage l’existence d’une ceinture importante.

 

La seule question est de savoir si, entre Marange et Chimanimani, l'exploitation du diamant est  économiquement rentable. Car entre les deux gisements, l’ancien fonds marin descend à une profondeur de – 1000 m. Cela dit, à Marange-même, les teneurs en diamants sont quatre fois plus importante qu’à la grande mine de Jwaneng au Botswana, même si la valeur des gemmes est en moyenne trois fois moindre.

 

La prise de conscience de l’importance de ce pactole a attiré en novembre dernier, lors d’une conférence internationale sur le diamant zimbabwéen organisée à Victoria Falls, des représentants des principales plaque-tournantes du commerce mondial comme New York, Anvers, Ramat Gan, Mumbai et Hong Kong. Mais cet envol de la production ne se fait pas sans péripéties. Car la croissance du géant se fait dans la douleur. Sa réputation est entachée par la tragédie survenue en 2008, lorsque les forces de l’ordre ont évacué brutalement les mineurs illégaux qui occupait le site de Marange depuis 2006, causant 200 victimes dans leurs rangs, selon Human Rights Watch.

 

Le dossier continue à alimenter une polémique opposant les ONG spécialisées dans les questions de bonne gouvernance à une bonne partie des États membres du "Processus de Kimberley" et à l’industrie. Les ONG Global Witness (Royaume Uni) et Partnership Africa Canada regrettent que le "Processus de Kimberley" ait, après avoir interdit toutes les exportations provenant du site de Marange, levé partiellement son embargo en 2011 et autorisé plusieurs sociétés à exploiter le site. Elles voudraient que les autres pays membres du "Processus" s’alignent sur Washington et Bruxelles, qui imposent des sanctions unilatérales contre les entités et personnes zimbabwéennes proches du président Mugabe, accusées d’entraves au développement démocratique du pays.  

 

Mais cette attitude n’est pas du goût de l’industrie. Lors de la conférence de Victoria Falls, le président du "Conseil Mondial du Diamant", Eli Izhakoff a annoncé qu’il plaiderait auprès du Trésor américain et de l’UE en faveur de la levée des sanctions contre les compagnies opérant à Marange. D'autant que ces sanctions épargnent la compagnie chinoise Anjin, malgré ses relations étroites avec l’armée et la police du Zimbabwe.  

 

Pour l’industrie, ces sanctions unilatérales mettent aussi en danger la cohésion du "Processus de Kimberley" et contribuent à tirer les prix des diamants à la hausse, en restreignant leur accès à certains marchés. Ce qui ne fait pas l’affaire des tailleries ou des bijouteries, en aval.

 

De toute manière, l’avenir de l’industrie minière va dépendre des résultats des prochaines élections zimbabwéennes. A la fin de l’année dernière, le président Robert Mugabe s’est prononcé pour la cession, aux Zimbabwéens noirs, de la totalité du capital des entreprises, lors d’un meeting pré-électoral de son parti, la ZANU-PF, suscitant les protestations des investisseurs.

 

La loi dite "d’indigénisation", votée il y a deux ans par le parlement du Zimbabwe, à l’initiative de la ZANU-PF, et ordonnant le transfert de 51 % des parts à des actionnaires zimbabwéens publics ou privés les avait déjà contrariés. Si Mugabe et la ZANU-PF remportent l’élection, les investisseurs pourraient se faire rares.