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novembre 2013 

 

 

SAHEL

 

 Soutien européen aux signes d'apaisement

 

 

Dans le contexte dramatique des prises d’otages français et de l’assassinat des deux journalistes de Radio France Internationale, l’UE vient d’ouvrir les vannes de l'aide pour le Sahel. Face aux défis que posent la présence d'Al Qaida au Maghreb Islamique et les désirs d'autonomie de la communauté touareg, il s'agit d'encourager les timides signes de stabilisation de la région.

 

Ainsi, ne faudrait-il pas oublier trop vite que le MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) et le HCUA (Haut conseil pour l'unité de l'Azawad), avaient signé le 18 juin, à Ouagadougou, un accord avec Bamako qui prévoyait un cessez-le-feu, ainsi qu'un retour progressif des forces de défense et de sécurité maliennes à Kidal, ce qui avait permis l'organisation de la présidentielle du 28 juillet au Mali.

 

Plus récemment, le 4 novembre, soit deux jours après l'enlèvement et le décès des deux journalistes français, trois mouvements rebelles touareg et arabe du nord du Mali ont annoncé leur fusion. On retrouve, une fois de plus, le MNLA et le HCUA dans cette initiative, accompagnés du Mouvement arabe de l'Azawad (MAA), un mouvement récemment créé par les communautés arabes du Nord pour se distinguer des arabes islamistes radicaux.

 

Les trois mouvements ont adopté une "plate-forme politique", une "commission de négociations" ainsi qu'un "organe de décision" à mettre progressivement en place. Ils ont en commun leur volonté d'aboutir à une solution politique pour sortir de la crise malienne, ce qui les distingue, notamment, du groupe touareg Ansar Eddine (même si d'anciens membres déboussolés de ce mouvement ont trouvé refuge au sein du HCUA).

 

Il est urgent de les soutenir dans cette démarche, tout comme les efforts du Niger pour maintenir sa cohésion sociale, estime-t-on à Bruxelles. Et le fait est qu'il est nécessaire de conforter la position politique du président nigérien Issoufou, qui a traversé, ces derniers mois, plusieurs zones de turbulence, alors qu'il se trouve à la moitié de son mandat.

 

On sait que Mahamadou Issoufou a su s'entourer de notables touaregs, dont son premier ministre Rafini Brigi, originaire d'Agades, et son conseiller Mohamed Akotey, ancien chef rebelle et actuel président du conseil d'administration de la société Imourarène, qui a joué un rôle de premier plan dans la libération des 4 otages français. En août dernier, le président du Niger avait même constitué le premier gouvernement d’union nationale de l’histoire nigérienne.

 

Mais, peu après, son principal allié Hama Amadou, chef du parti de la mouvance présidentielle Moden Lumana et président de l'Assemblée nationale, avait fait défection. Objectif probable : briguer les présidentielles de 2016 et même tenter d'avancer cette échéance à travers une motion de censure… Cette dernière tentative a échoué car le président Issoufou garde une majorité au parlement, même si celle-ci est actuellement plus étroite qu'elle ne l'était au moment de son investiture. Il n'empêche : le président nigérien doit désormais être doté des moyens financiers qui lui permettront de renforcer ses équipes et sa popularité.

 

 

Plus de 6,4 mds € pour le Sahel

 

Dans le cadre d’une stratégie globale de stabilisation de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, l’Union européenne entend donc accorder, au cours des sept années à venir, quelque 6,4 mds € d’aide aux pays de la région. Les principaux bénéficiaires seront le Tchad, le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal et la Mauritanie. Sur ce total, 1,2 md € iront à des projets régionaux et le reste aux pays concernés.

 

Le 6 novembre dernier, le Niger a été informé, par le Commissaire européen au développement Andris Piebalgs, en tournée dans la région, qu’il allait pouvoir disposer d’une enveloppe de 542 mns € au titre du 11ème Fonds européen de développement (FED), couvrant la période 2014-2020.

 

La sécurité alimentaire, les secteurs sociaux, les infrastructures, la sécurité et la stabilité du pays, seront les domaines prioritaires de l’aide au Niger pour les sept années à venir, a déclaré le Commissaire lors de son escale de Niamey. Accompagné par les présidents de la Banque africaine de développement, de la Banque mondiale et de la Commission de l’union africaine, Andris Piebalgs, a annoncé le décaissement de 181 mns € supplémentaires. Ils serviront à financer 111 kilomètres de route entre Zinder et la frontière du Nigeria, ainsi que d’autres routes dans les régions d’Agadès, de Tahoua et de Tillabéry.

 

Cette enveloppe inclut également un don de 25 mns € pour le développement local dans le Nord du Niger, afin de contribuer à la stabilisation d’une zone dont les habitants se sentent laissés pour compte. Ces aides viennent en complément de celles des États membres à la formation des forces de sécurité nigériennes, à la lutte contre le crime organisé et le terrorisme.

 

Le 5 novembre, à Bamako, Andris Piebalgs avait annoncé que l’enveloppe du programme national indicatif du Mali, dans le cadre du 11ème FED, se monterait à 615 mns € pour la période 2014-2020, sous réserve, comme dans le cas du Niger et des autres pays bénéficiaires, de l’approbation des États membres de l’UE et du parlement européen. Les priorités définies avec les autorités maliennes sont la réforme de l’Etat, la sécurité alimentaire, l’éducation et la construction d’une route reliant Gao et Kidal, à la frontière algérienne, dont l’intérêt est d’accroître la sécurité dans une zone encore écumée par les rebelles d’AQMI.

 

Ce même 5 novembre, une réunion internationale de suivi de la "Conférence des donateurs pour le développement du Mali" s'est déroulée à Bamako, six mois après la Conférence organisée à Bruxelles le 15 mai 2013.

 

Rappelons qu'au mois de mai, l’UE et ses 28 États membres avaient fait des promesses de financement totalisant 1,35 mds € pour soutenir le renouveau du Mali, sur un total de 3,3 mds € promis par l’ensemble des bailleurs participants pour la mise en œuvre du "Plan de Relance Durable du Mali" (PRED). Depuis lors, la Commission européenne a engagé 304 mns € et près de 125 mns € déjà décaissés, notamment à travers un appui direct au budget de l'Etat malien et le soutien au processus électoral.

 

De nouveaux projets seront adoptés d'ici la fin de l'année, en appui au gouvernement et conformément à ses priorités : un appui à la réforme de la justice (12 mns €), un programme visant la prévention des conflits (5 mns €), et la reprise des travaux de 565 km de route entre Bamako et Tombouctou, à partir de janvier 2014 (nouveau financement de 32 mns €).

 

Après Bamako et Niamey, Andris Piebalgs, s’est rendu au Burkina Faso où il a annoncé une aide bilatérale de 623 mns € pour la période 2014-2020. Les secteurs d'affectation définis sont la sécurité alimentaire et l'agriculture durable, le renforcement de l'Etat de droit, ainsi que la santé. Le Commissaire a également discuté, avec les autorités burkinabés, de la nouvelle initiative "Alliance globale pour l'Initiative Résilience" (AGIR), qui doit se matérialiser par l’instauration de filets de sécurité saisonniers pour permettre aux personnes les plus vulnérables du Sahel de faire face à la période de soudure entre les récoltes. En effet, malgré un taux de croissance de 8 % en 2012, le tiers de la population de ce pays vit en dessous du seuil de pauvreté.

 

Enfin, l’UE a annoncé une enveloppe de 442 mns € pour le Tchad au titre du 11ème FED, qu’il fallait récompenser pour l’importance son engagement résolu dans la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA). Ces fonds doivent servir à des projets dans le domaine de la sécurité alimentaire, du renforcement de l’État de droit et de la gestion durable des ressources.

 

Au cours de son passage à N’Djamena, le commissaire européen a aussi annoncé un financement de 8 mns € à travers "l’Alliance Mondiale contre le Changement Climatique" pour soutenir les efforts du pays à s’adapter aux défis de cette nature et pour l’aider à en atténuer les effets. De cette façon, l’UE espère améliorer les conditions de vie de 2 millions de personnes vulnérables dans les régions sahéliennes du Tchad.