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juillet 2013 

 

 

CONGO-KINSHASA

 

 Inde et Chine en embuscade face au retrait de l'UE

 

 

Après la déroute, au Kivu, des "Forces armées de la République démocratique du Congo" (FARDC) face aux rebelles du M23, l’Union européenne envisage, sous la pression de Berlin, de clôturer, en 2015, l’opération EUSEC d’appui à l’armée congolaise. Mais, parallèlement, l'Inde et la Chine accentuent les pressions pour développer une coopération militaire qui leur permettrait, à terme, espèrent-elles, de conforter leur présence économique dans le pays.

 

L’Inde compte institutionnaliser des relations militaires déjà bien établies. Le ministre congolais de la Défense et l’ambassadeur indien à Kinshasa, Manohar Ram, en ont discuté  le 13 juin dernier, Selon l’ambassadeur, l’accord de coopération sera mis à exécution dès sa signature par les deux ministres en charge du portefeuille de la Défense.

 

L’Inde fournit déjà le contingent le plus important de la MONUSCO, la Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo, avec un effectif de 4380 hommes. Jusqu’au mois de mars dernier, la MONUSCO était d’ailleurs commandée par le général indien Chander Prakash.

 

L'Inde avance ses pions dans tous les domaines

 

La perspective d’une coopération militaire en bonne et due forme entre l'Inde et la RDC n’est pas nouvelle. Lors de sa visite en mars 2008 à New Delhi, le ministre congolais des Affaires étrangères de l’époque, Antipas Mbusa Nyamwisi et le ministre indien de la Coopération internationale, Pranab Mukherjee l’avaient déjà évoquée.

 

C'est aussi à cette époque qu'avait été discuté un financement de 750 millions de dollars en faveur du programme de reconstruction nationale congolais. Quelque 280 millions de dollars de prêts pour la construction en cours des barrages hydroélectriques de Makobola (Bandundu) et de Grand Katende (Kasaï Occidental) par les firmes Angelique International et Bharat Heavy Electricals ont été consentis depuis.

 

Le Congo et l’Inde sont également liés par un accord dans le domaine des technologies de l’information qui prévoit l’interconnexion des universités et institutions hospitalières congolaises aux institutions indiennes correspondantes établies en Inde, dans le cadre de l’African Project, conclu par le Parlement panafricain et l’Inde.

 

Le 14 juin dernier, le ministre de la santé congolais Félix Kabange Numbi a signé avec le président du groupe indien Padiyath Health Care, Hazeeb Rahmah Padiyath, un contrat de gestion de l’Hôpital du Cinquantenaire, qui sera inauguré le 31 août prochain à Kinshasa. Le partenaire indien va apporter une contribution de 60 millions de dollars pour équiper l’hôpital.

 

La Chine renforce sa coopération militaire

 

Pour sa part, la Chine entend accentuer une coopération militaire qui existe déjà. Lors d’une audience accordée le 15 juin dernier par le ministre congolais de la Défense, Alexandre Luba Ntambo à une délégation du ministère de la Défense chinois, conduite par le général Wu Chang, ce point a été évoqué, notamment pour aider le Congo à mieux protéger ses frontières.

 

Il a été question de formation d’officiers congolais et d’une assistance aux FARDC dans le domaine sanitaire. Selon l’attaché militaire chinois à Kinshasa, le colonel Ji Mingzou, actuellement 16 observateurs militaires et 218 militaires chinois font partie de deux unités au sein de la Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo (MONUSCO), en plus des 23 instructeurs militaires chinois qui forment des militaires congolais sur la base de Kamina, au Katanga.

 

Le ministre congolais et le général chinois ont toutefois eu à discuter d’un incident grave survenu le 10 juin sur la base de Kamina qui pourrait compliquer les relations entre instructeurs chinois et soldats congolais. Le général chinois a même annoncé l’envoi d’une mission militaire de haut niveau pour traiter de l’affaire.

 

Selon des sources militaires congolaises, ce jour-là, un instructeur chinois a reproché à son garde du corps, un adjudant-chef congolais d’avoir laissé échapper dans la brousse un écureuil qu'il domestiquait. Irrité par la perte de l’animal, l'instructeur chinois ordonna à son garde du corps d'aller chercher l'animal et de le ramener à la base. L'incident a dégénéré : l’écureuil restant introuvable, l’officier chinois aurait tiré à bout portant sur le soldat congolais le tuant sur le coup. Cette exaction a immédiatement provoqué la révolte des soldats congolais du camp et l’instructeur chinois n’aurait, finalement, eu la vie sauve que grâce à l'intervention du commandant de la base, le colonel Raymond Mayanga Mwema.

 

Or cette affaire illustre assez bien le gouffre qui sépare la pratique des entreprisses chinoise des intérêts congolais comme le montre un rapport rendu public par Amnesty International (AI), le 19 juin dernier, intitulé “pertes et profits: exploitation minière et droits humains dans le Katanga" (cf. la veille mise en ligne sur le site de RI la 26 juin dernier).