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Octobre 2013 

 

 

MOZAMBIQUE

 

 

Grands projets et rupture de l'accord de paix

 

 

La guerre peut-elle reprendre au Mozambique, 21 ans après la signature de l’accord de paix de 1992. C’est la question qu’on se pose après l’annonce, le 21 octobre, par la Résistance nationale mozambicaine (Renamo) de la rupture de cet accord, après l’attaque du quartier général de l’ex-organisation rebelle à Satungira, dans la réserve nationale de Gorongosa, en province de Sofala, où le chef historique Afonso Dhlakama s’était retiré depuis octobre 2012. Le pouvoir affirme qu'il ne songe qu'à protéger les mégaprojets mené avec des investisseurs internationaux. Mais n'est-ce pas l'inverse qui risque de se produire ?

 

Cette opération de représailles qui a complètement détruit le quartier général est la plus importante menées par les Forces armées de défense du Mozambique (FADM). Afonso Dhlakama est en fuite. Selon le porte-parole de l’armée, le colonel Cristovão Chume, les autorités ne savent pas où se trouve Dhlakama. Elles justifient leurs opérations par une attaque préalable de la Renamo contre les FADM, qui aurait échoué, si bien que les forces de la Renamo se seraient repliées dans le QG de Dhlakama, où elles auraient été poursuivies par les FADM.

 

Dans une conférence de presse, tenue à Maputo juste après l’assaut, Cristovão Chume affirme que cette offensive de la Renamo était la suite de maints incidents perpétrés au cours de l’année, comme l’attaque d’un escadron de la police à Muxúnguè, d’un arsenal  à Savane et d’une position militaire et de plusieurs colonnes militaires. Selon le colonel, la préoccupation des autorités est de restaurer une vie normale dans la zone où s’est produit l’assaut. Les autorités martèlent que le pays n’est pas en guerre.

 

Le 13 octobre, l’Agence d’information mozambicaine (AIM) officielle faisait état d’une attaque de la gare de Samacueza dans le district de Muanza en province de Sofala, d’autant plus inquiétante qu’en juin dernier, la Renamo aurait menacé de saboter le chemin de fer menant des mines de charbon de la province de Tete au port de Beira.

 

Selon le ministre de la défense, Fernando Nyussi, l’offensive de la Renamo visait à perturber la tenue des élections locales du 20 novembre prochain. En même temps, le moins qu’on puisse dire est que les hommes de la Renamo n’ont pas donné le sentiment d’être une force en ordre de bataille. L'agence AIM fait plutôt état de pillages de produits alimentaires commis par les rebelles à Samacueza. Les rebelles auraient aussi attaqué et rançonné des véhicules dans le centre et dans le nord du pays.

 

Apparemment, cette vague de violences résulte surtout des frustrations d’une ancienne guérilla dont la principale faiblesse a toujours été le manque de formation de ses cadres. D'où d’incommensurables difficultés lors des négociations de l’accord de paix… Par exemple, les responsables de la Renamo n’osaient pas avouer qu’ils ne savaient pas lire les cartes d’état-major, comme l'avait confié à Risques internationaux l’ancien représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, Aldo Ajello.

 

La Renamo, mortifiée par l’exode de nombreux de ses cadres, comme l’ancien numéro deux, Raul Domingos, qui a fait défection en 2000, n’en finit pas de réclamer une représentativité plus grande au sein de la commission électorale et des FADM.

 

Il semble, dans cette affaire, que le président Armando Guebuza ait décidé de franchir le Rubicon et d’en finir une fois pour toute avec l’épée de Damoclès que constitue la Renamo pour les grands projets du pays : le développement de l’exploitation du charbon et du fer dans la province de Tete, la construction de plusieurs mégaprojets comme le barrage de Mpanda-Mkuwa et l’exploitation du gaz offshore qui intéresse aussi bien Anadarko que l’ENI, une société indonésienne ou l’Afrique du Sud.

 

Le 18 novembre, soit trois jours avant l’assaut contre le QG de la Renamo, le chef de l’État en tournée dans la région sud avait exhorté Dhlakama à abandonner les attaques et à entamer un dialogue. Ce dernier n’a rien voulu savoir, s’enferrant dans une stratégie qui pourrait faire, du chef du second parti du pays, un hors-la-loi.

 

Ce comportement est d’autant plus regrettable que, dans les circonstances actuelles, aucune opposition crédible ne se dresse face au parti du pouvoir, le Frelimo, miné par et la corruption et l’usure du pouvoir depuis l’indépendance en 1975.

 

La frilosité des investisseurs

 

Le 8 Juillet 2013, nous écrivions déjà, dans les alertes de RI, que "les rebelles de la Résistance nationale mozambicaine (Renamo) qui avaient déposé les armes en 1992, après 15 ans de guerre civile, pour se transformer en parti politique, menacent depuis la mi-juin, de reprendre les hostilités s’ils n’obtiennent pas une représentation paritaire à la Commission électorale chargée d’organiser les élections générales de fin 2013 et début 2014… En outre, les revendications des guérilleros portent sur une plus grande représentation dans les forces armées et pour l’obtention d’une partie des revenus du gaz et du charbon".

 

Et nous avions souligné l'extrême frilosité des investisseurs. Après deux embuscades survenues sur la nationale 1 à Muxúnguè, les 21 et 24 juin dernier, Rio Tinto menaçait déjà de vendre sa mine de charbon de Benga, située dans le bassin de Tete. Ce projet, qui vise à l’exploitation d’un gisement de 4 milliards de tonnes est l’un des principaux du pays. Déjà, Rio Tinto avait interrompu ses exportations dès le 19 juin et ne les a repris que deux semaines plus tard, avec l’annonce de la perspective de pourparlers au sommet entre le chef de la Renamo et le président Armando Guebuza qui avait un peu détendu l’atmosphère.

 

Le rival de Tinto, le sidérurgiste brésilien Vale qui exploite le gisement de Moatize avait, lui, poursuivi l’évacuation de son charbon par la voie ferrée de Sena vers le port de Beira, mais en faisant escorter ses convois par l’armée. En fait, la menace que fait peser la Renamo vient s’ajouter à un contexte déjà difficile pour Rio qui est contrarié par le refus du gouvernement de lui laisser exporter son charbon par la voie fluviale, sur le Zambèze.

 

Le plus grave est que, dans le doute, certains acteurs de premier plan sont tentés par l’option du risque zéro et s'apprêtent à déserter la scène mozambicaine.