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mai 2013 

 

 

MALI

 

 

Des financements pour "réussir" la paix

 

 

 

Les organisateurs de la conférence des bailleurs de fonds "Ensemble pour le Renouveau du Mali", du 15 mai dernier à Bruxelles, l’Union européenne, hôte de l’événement, la France et le Mali, ont remporté un franc succès. Plus de 108 délégations de tous les continents ont participé à la réunion.

 

Au plan régional, le soutien émanait du plus haut niveau avec la présence du résident ivoirien, Alassane Ouattara, également président de la "Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest" et de ses collègues Thomas Boni Yayi (Bénin), Faure Gnassingé (Togo), Issoufou Mahamadou (Niger), Blaise Compaoré (Burkina-Faso) et Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), tandis que le Sénégal était représenté par le premier ministre Abdoul Mbaye. Les autres États, dont le Nigeria et le Ghana, étaient également représentés.

 

Le succès était donc politique, mais aussi financier. A la veille de la conférence, le président malien par interim, Dioncounda Traoré, cherchait à recueillir € 1,96 milliard pour boucler son "Plan pour la relance durable du Mali 2013-2013", chiffré à € 4,3 mds. Ce programme vise à relancer de l’économie, mais aussi, et surtout, à jeter les bases de la réconciliation et d’un consensus démocratique. Il inclut des actions en matière de paix et de sécurité ainsi que  le financement des élections et la reprise de la décentralisation.

 

En définitive, les promesses de financement mêlant prêts bonifiés et dons (une partie venant de la réallocation de fonds non déboursés afin de sanctionner le Mali après le coup d’État de 2012) ont atteint € 3,25 milliards. Le montant est de 1, 29 mds supérieur que ce sollicitait Bamako : la veille de la réunion, Dioncounda Traoré avait confessé, lors d’un point de presse, que dans l’avion qui le menait à Bruxelles, il se disait que, s’il repartait avec € 1,5 md, il serait déjà content….

 

A elle seule, l’UE a alloué plus du tiers du total, soit € 1, 1,35 md, dont 523,9 millions provenant de la Commission européenne et le reste des États membres, à commencer par la France, (280 mns) suivie de  la Belgique (120 mns) et de  l’Allemagne (100mns). Les États-Unis sont le second contributeur (285 mns). A noter les contributions importantes de la Banque islamique de développement (250 mns) et de la Banque africaine de développement (240 mns) ainsi que du Koweit (60 mns).  Plusieurs pays africains ont mis aussi la main à la poche comme le Maroc dont le premier ministre, Abdelillah Benkirane a annoncé une contribution de $ 5 millions.

 

Mais la générosité des donateurs s’accompagne aussi de conditions. Le communiqué final indique que la réalisation des engagements des bailleurs de fonds sera fonction de la détermination des autorités maliennes à consolider la réforme des finances publiques et à lutter contre la corruption. Les bailleurs ont considérablement insisté sur la nécessité de cibler des actions sur le nord du pays et d’avancer sur le chemin de la décentralisation.

 

A la veille de la conférence, le président Traoré a aussi confirmé que l’élection présidentielle se tiendra bel et bien le 28 juillet. "Cela peut paraître proche. Mais c’est suffisamment éloigné pour que ces élections se déroulent à la satisfaction du peuple malien et de la Communauté internationale qui est restée à nos côté pendant cette crise" a commenté le chef de l’État malien. Celui-ci a également indiqué qu’il ne serait pas personnellement candidat. Pas plus que les autres membres du gouvernement. "On ne peut être à la fois juge et partie. On veut se donner un maximum de chances d’avoir des élections transparentes et crédibles", a-t-il expliqué pour justifier cette position.

 

Mais la mise en œuvre de ces projets n’est pas si facile. On a parlé à Bruxelles, de la suggestion, qui circule, d’un découplage de la présidentielle et les législatives. On parle aussi de la nécessité de faire en sorte que les quelque 475 000 déplacés aient voix au chapitre. Un tiers d’entre eux se trouvent dans des camps de fortune dans les pays voisins (Mauritanie, Niger et Burkina Faso).

 

Par ailleurs, la délivrance de l’aide humanitaire se heurte à l’existence d’une situation décrite comme "précaire", au plan sécuritaire, par les responsables de l’agence EuropAid dans le nord du pays, à Kidal, Gao et Tombouctou. Or, l’insécurité alimentaire concerne 2 millions de personnes vulnérables dont un tiers d’enfants.  "La guerre est en passe d’être gagnée il faut maintenant réussir la paix" a dit le ministre français Laurent Fabius, résumant le défi.

 

L’un des principaux acteurs de la réconciliation, le "Mouvement national de libération de l’Azawad" (MNLA) était, en particulier, absent de Bruxelles, pour des raisons évidentes de cohésion de la délégation malienne. Mais au moindre faux pas, nombreux seront les autres "oubliés" provisoires, comme le capitaine Sanogo, prêts à tirer avantage du désordre.