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28 février 2013 

 

 

CONGO-KINSHASA

  

Menaces sur le Katanga et sur Kabila

 

 

Alors que le gouvernement anticipe une croissance de plus de 600 000 tonnes à 1,2 million de tonnes de cuivre à l’horizon 2015, deux menaces planent sur la réussite de ce programme. La première est le goulot d’étranglement que constitue l’approvisionnement en électricité des installations minières et des usines de transformation. Et la seconde est l’accroissement alarmant de l’insécurité au Katanga. Cette province située au cœur du "Congo utile" pourrait aussi tenir entre ses mains le sort politique de la RDC et l'avenir de son président, Joseph Kabila.

 

Le 18 février, des combattants Maï Maï sont arrivés à quelque 40 km de Lubumbashi. Cette tragédie pourrait être encore plus grave que la crise du Kivu pour l’économie du pays. En effet, la production de cuivre et de cobalt du Katanga représente plus de 80 % des recettes d’exportation. La veille, les Maï-Maï "Bakata Katanga" (littéralement "il faut couper le Katanga" du reste du Congo) du chef Tanda Imena ont tué trois personnes lors d’une incursion dans le village de Kinsevere, à 40 km de Lubumbashi, non loin de la mine de cuivre du même nom opérée par la firme chinoise Minmetals. Selon les autorités locales, les rebelles ont égorgé un agent de l’Agence nationale de renseignement (ANR) et coupé la tête du chef du village. La plupart de la population a fui la population vers Lubumbashi.

 

L’insécurité a donc fini par se rapprocher de la ceinture du cuivre. Le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe estime, en cette fin février, qu'elle a déjà provoqué l’exode de 350 000 personnes. A la mi-janvier, il avait sollicité l’aide de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (Monusco). Des casques bleus se sont déployés autour de Pweto près de la frontière zambienne.

 

Mais le défi reste considérable. A la fin février, pour combattre quelques milliers de Maï Maï, répartis sur un territoire vaste comme la France, un millier d’hommes des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) était disponible selon Katumbi et l’on attendait encore des renforts de 1 500 hommes… Entre le 22 janvier et le 8 février, les Maï Maï ont tué plus de 65 personnes à Mwemena, dans le territoire de Kasenga, à plus de 250 km de Lubumbashi. Le 10 février, ils ont entièrement détruit et incendié la mission catholique de Lukafu, localité de quelque 3 000 habitants située à 180 km au nord de Lubumbashi qu’ils occupaient depuis quatre jours.

 

La recrudescence de l’activité des Maï Maï a coïncidé avec l'évasion du chef d’un autre groupe, Gédéon Kyungu Mutanga, qui s'est enfui avec un millier d’autres détenus, suite à une attaque de la prison Kasapa de Lubumbashi par un commando de huit hommes armés, le 7 septembre 2011. Le "commandant Gédéon" a établi une sorte de sanctuaire dans le Parc national de l’Upemba  

 

En juin 2012, les agences humanitaires avaient attiré l’attention sur la naissance de nouveaux groupes Maï Maï dans les territoires de Manono et Nyunzu. L’un des groupes, selon la Police nationale congolaise, se fait appeler "Jeunesse katangaise". A cette époque, on recensait déjà 75 000 ménages déplacés dans le "triangle de la mort" entre la mine d’étain de Manono, Mitwaba et Pweto, écumé par les Maï Maï du Seigneur de la guerre, Gédéon. En janvier, les attaques se situaient à 70 km de Likasi, l’un des premiers centres miniers du pays.

 

Cette situation chaotique est la conséquence de l’échec de la démobilisation et du désarmement entrepris par les autorités après la guerre de 1998-2003, ainsi que de l’opération "fusil contre vélo" menée par le Pasteur Ngoy Mulunda, actuel président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), soupçonnée d’avoir organiser la fraude électorale .

 

La perspective du découpage de la province en 4 provinces, envisagée dans la Constitution de 2006 et évoquée à Kinshasa, pousse de surcroit certains politiciens à soutenir ces groupes pour se constituer des milices dans un contexte de divisions intra-katangaises. Le Nord-Katanga, plus pauvre, ne veut pas du découpage. Les Lubakats, de l’ethnie du président de l’Assemblée provinciale, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, ne veulent pas se séparer du Sud katangais sans compensation. Et Moïse Katumbi, d’ethnie bemba, un homme du Sud du Katanga, a surtout investi dans son fief, à Lubumbashi, Likasi, Kolwezi.

 

Bref, s'il y a un consensus entre Katangais quant à l’attitude à adopter envers Kinshasa, une forte rivalité les divise dès qu'il s'agit d'envisager un partage des richesses.  

 

L’affaire est gênante pour le président Kabila lui-même, car elle démontre que ni lui, ni son parti, le PPRD, ne contrôlent la zone dont son père est issu, celle de Manono, prétendument son bastion. Cette zone est en effet aux mains de sécessionnistes, dans une province où prévaut le sentiment que Kinshasa encaisse l'argent des richesses minières du Katanga mais néglige son développement, laissant le Nord de la province pâtir des taux les plus élevés de malnutrition et de  mortalité infantile du pays.

 

A Lubumbashi, il n'y a pas vraiment de soutien pour les Maï Maï, mais on constate une frustration croissante envers le gouvernement de Joseph Kabila. L’an dernier, le président du parlement provincial et leader de l'Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec), Gabriel Kyungu a recueilli 300.000 signatures en faveur du fédéralisme et le Katanga continue de réclamer le droit de prélever à la source 40% des recettes fiscales.  

 

Or, Joseph Kabila dépend étroitement des Katangais qui l’ont élu à des majorités parfois "miraculeuses" de plus de 100 % dans certains districts en novembre 2011, alors que dans nombre d’autres, il a été battu par ses adversaires. Avec 7 ministres aucune autre province n’est aussi bien représentée dans le gouvernement, sans compter la présence de l’inamovible gouverneur de la Banque centrale, Jean-Claude Mansangu.

 

Mais cela ne suffit pas aux yeux des Katangais qui considèrent que la décentralisation administrative envisagée, visant à scinder la province en quatre, sans lui donner de ressources supplémentaires, n’est pas une bonne affaire. Ce sont ces divisions entre Katangais qui pousse les uns et les autres à s’armer pour défendre leurs causes, et à soutenir les Maï Maï.

 

D’autres envisagent déjà l’après-Kabila. Certains extrémistes, en agissant ainsi, veulent se doter d’une force organisée pour réclamer l'indépendance. Les rapports entre Maï Maï et certains politiciens sont établis. L’ONG belge International Peace Information Service  avait ainsi découvert que l’un des chefs de guerre, un certain Makabe, n’était autre que l’oncle de l’ancien chef de la Police nationale et l’un des tuteurs de Joseph Kabila, le général John Numbi, qui lui accordé le soutien financier pour organiser sa milice dans le territoire de Malemba Nkulu.