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juin 2013 

 

 

EQUATEUR

 

 Un modèle de développement plus industriel

 

 

Priorité à l’industrialisation de l’Equateur, soutien aux secteurs d’activité à haute valeur ajouté : le troisième mandat (2013-2017) du président Rafael Correa commence sous le signe d’une réorientation de la politique économique du pays. Après avoir été réélu le 17 février 2013 avec une majorité confortable de 57,17% des voix, son parti, Alianza Pais, disposant d’une majorité absolue de 100 sièges sur un total de 137 au congrès, le président Correa a donc en principe les mains libres pour conforter tout en l’infléchissant la « révolution citoyenne » dans laquelle il s’est engagé.

 

Le 24 mai, jour de la prise de fonction du président Correa, c’est son vice-président, Jorge Glas, habituellement connu pour un style extrêmement discret, qui a surpris tout le monde : à l’occasion d’un discours de plus de 20 minutes, il a annoncé les nouvelles orientations macro-économiques. Tandis que son prédécesseur, Lenin Moreno avait fait dépendre l’économie nationale des matières premières, Glas s’attelle à l’industrialisation du pays – sidérurgie, pétrochimie, grands chantiers de travaux publics sont les secteurs d’activité identifiés comme dorénavant stratégiques.

 

Pour concrétiser les objectifs de la vice-présidence, une commission pour le changement  de matrice productive vient d’être constituée par décret présidentiel. Glas en fait partie, avec, à ses côtés, une équipe sur mesure : Rafael Poveda ministre des secteurs stratégiques, Pedro Manizales, ministre des ressources naturelles non renouvelables, et Esteban Albornoz, ministre de l’électricité.

 

Les principaux objectifs annoncés par le vice-président équatorien sont les suivants : dans le domaine de l’électricité, le but est de passer de 45% d’une offre hydroélectrique à 93% d’ici 2016, tandis que dans le même temps, un agrandissement des zones pétrolières est annoncé, avec la réactivation de l’exploration dans le domaine du gaz naturel, ainsi qu’une impulsion forte donnée au secteur minier. L’industrie métallurgique devrait largement bénéficier de ces priorités car elle peut fournir les équipements destinés entre autres aux secteurs pétrolier et pétrochimique.

 

Et surtout, le secteur privé est dorénavant inscrit dans le paysage macro-économique, avec la promesse de crédits publics qui viendront appuyer des initiatives émanant de jeunes entrepreneurs.

 

Le secteur privé a accueilli positivement les annonces concernant les nouvelles orientations économiques du 3ème mandat de Rafael Correa. Toutefois, le secteur privé demande une analyse des points forts et points faibles de chaque secteur d’activité, ainsi que des mesures de lutte contre la contrebande, et, surtout, un changement de modèle commercial, particulièrement pour les exportations, afin d’accompagner de façon cohérente le changement de modèle productif. Dernière requête : l’intégration de représentants du secteur privé à la Commission sur le changement de matrice productive où ne sont représentés, pour le moment, que des organismes d’Etat.

 

Les résultats de la gestion économique de Corréa au cours de ses 2 mandats précédents (2007-2009/2009-2013)  jouent en sa faveur : arrivé au pouvoir pour la première fois  en 2007, son pays a bénéficié des réformes qu’il a introduites, notamment dans le domaine des hydrocarbures, en renégociant les contrats avec les compagnies étrangères, ainsi que des prix élevés du pétrole depuis plusieurs années. Ceci a permis de financer une politique d’investissements dans le domaine social ainsi que dans le développement des infrastructures. Ainsi, selon le rapport 2012 de la Cepal, Commission économique pour l’Amérique latine des Nations Unies, fin 2012, le taux de pauvreté avait chuté à 32,4% par rapport à 37,1% l’année précédente. Pour mesurer le chemin accompli, il faut rappeler qu’en 2009 la Cepal estimait à 40,2% le taux de pauvreté en Equateur.

 

En matière d’intégration économique régionale, l’Equateur se distingue de plus en plus par son intérêt pour des organismes à priori très différents : tout en étant membre de l’Alliance bolivarienne ALBA (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Dominique, Saint Vincent et les Grenadines, Antigua et Barbuda), l’Equateur vient de se joindre en tant que pays observateur à la très libérale Alliance du Pacifique intégrée par le Chili, le Pérou, le Mexique et la Colombie.

 

A ce sujet, à l’occasion de la réunion des pays de l’UNASUR à Caracas sur les questions environnementales, le ministre des affaires étrangères équatorien, Ricardo Patiño a déclaré « Nous autres [pays membres de l’Alba], pensons au développement social de nos peuples et au développement économique, bien sûr, mais pas comme d’une guerre dans la jungle sinon comme un espace de complémentarité et de soutien entre les pays. […] Nous ne pouvons refuser aucune alternative ».

 

Complémentarité plutôt que rivalité entre blocs d’intégration marqué à gauche pour l’ALBA et plutôt à droite pour l’Alliance du Pacifique : ce pragmatisme de l’Equateur est dorénavant assumé, non seulement de fait, mais aussi par le discours politique officiel au plus haut niveau.  Il faut rappeler que l’Equateur est également membre de la Communauté andine des nations, CAN, ainsi que de la CELAC, communauté des états latino-américains et caribéens.   

 

Ce qui rend sans doute possible cette appartenance de l’Equateur à quatre grands organismes d’intégration économiques apparemment divergents dans leurs orientations idéologiques, c’est que le modèle de développement poursuivi est sensiblement le même : ressources naturelles, infrastructures et processus d’industrialisation, ayant pour seule réelle différence le rôle de l’état quand il s’agit d’assurer la redistribution des richesses au travers de politiques sociales volontaristes.

 

Toutefois ce sont justement les questions environnementales âprement défendues par une importante communauté indienne représentée par la puissante CONAIE qui risquent de rattraper  Correa : en Equateur comme partout ailleurs en Amérique latine,  les communautés amérindiennes sont organisées en réseaux de lutte internationaux qui s’opposent de plus en plus fortement à un modèle de développement jugés désastreux tant en matière d’environnement qu’en ce qui concerne leurs droits culturels qui s’en trouvent bafoués.

 

De plus, des conflits et mesures de rétorsion  judiciaires contre une presse trop critique, ont contribué à la dégradation de la perception de l’Equateur et du président Correa. Tous ces points constituent autant de défis qu’il lui faudra relever durant les 4 prochaines années tout en gardant le cap sur ses objectifs macro-économiques.