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juin 2013 

 

 

BIRMANIE

  

Risques éthiques et sécuritaires encore très élevé 

 

 

Même si Washington et les autres capitales des pays de l’OCDE voient d’un nouvel œil l’ouverture politique en Birmanie (Myanmar) et encouragent désormais les investissements dans le pays, les violations des droits de l’homme, qui continuent à s’y produire, représentent un risque éthique à ne pas négliger pour les entreprises. Et il ne faut pas oublier non plus que l'ensemble du territoire birman n'est pas encore apaisé…

 

Une nouvelle réglementation américaine, entrée en vigueur le 23 mai, impose aux sociétés américaines qui investissent plus de $ 500 000 en Birmanie de publier annuellement un rapport sur les politiques et les procédures qu’elles mettent en œuvre, pour faire en sorte que soient pris en compte les risques de violations des droits de l’homme et des droits sociaux ainsi que les atteintes à l’intégrité de l’environnement, non seulement dans le cadre de leur activité, mais aussi des autres sociétés des filières de production auxquelles elles appartiennent.

 

Qui plus est, cette nouvelle législation contraint les sociétés américaines à communiquer au gouvernement américain, à partir du 1er juillet prochain, le montant des paiements à l’État birman et les détails de tous les accords qu’elles passent dans le domaine de la sécurité ou pour acquérir des terres, ainsi que tous les échanges d’information avec les militaires.

 

Pourtant, à deux reprises, fin mai, l’ONG de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch (HRW) s'en est pris à cette réglementation US, estimant qu'elle ne prend pas entièrement et suffisamment en considération le risque éthique encouru en Birmanie. Tout en saluant cette décision, HRW déplore que le gouvernement américain ne soit pas allé plus loin en contraignant lesdites sociétés à rendre publics ces rapports. L’invitation à cet exercice de transparence s’adresse aussi au Japon et aux pays européens.

 

Les violations de droits de l'homme

 

Pour HRW, les risques encourus par les sociétés de ternir leur réputation ne sont pas minces, dans la mesure où le président Thein Sein et son régime ont continué, ces deux dernières années, à réprimer des protestations pacifiques de citoyens birmans contre l’occupation de leur terre. L’un des derniers exemples en date est la décision gouvernementale de poursuivre en justice les personnes qui ont manifesté le 19 avril dernier, sur l’Ile de Maday, dans l’Etat d’Arakan, à l’Ouest du pays, contre un projet d’exploitation gazière.

 

En novembre 2012, le gouvernement avait également réprimé violemment une manifestation contre un projet de mine cuivre dans le nord du pays.

 

HRW considère également que les sociétés de télécommunications pourraient bien être liées à des violations de droits de l’homme si elles pénètrent sur le marché birman avant que des protections ne soient en place, à la veille d’un appel d’offre auquel ont soumissionné des compagnies de 13 pays. Les compagnies américaines sont particulièrement concernées car elles sont des candidats potentiels à l’obtention de permis gaziers ou pétroliers, depuis l’ouverture d’enchères pour l’attribution d’une trentaine de blocs offshore en avril qui expire le 14 juin prochain.

 

Par ailleurs, les compagnies qui investissent en Birmanie, doivent savoir qu’elles le font dans un pays dont les dirigeants se livrent à une discrimination ethnique et religieuse contre la minorité des musulmans Rohingya. Le gouvernement applique en effet à leur encontre une réglementation qui interdit à tous les couples mariés d’avoir plus de deux enfants. Selon HRW, cette réglementation s’inscrit dans le contexte général d’une persécution des Rohingya.

 

En octobre 2012, celle-ci s’était illustrée par des crimes contre l’humanité perpétrés par les forces de sécurité gouvernementales, des responsables politiques locaux de la province d’Arakan contre les Rohingya et d’autres musulmans.

 

Cette réglementation qui remonte à 2005 contraint les Rohingya à solliciter des dérogations spéciales s’ils souhaitent avoir un troisième enfant, qu’ils peuvent obtenir uniquement moyennant le paiement de gros pots de vins. Et HRW conclut en disant que cette politique des deux enfants (comme celle de l’enfant unique en Chine) pourrait bien être considérée comme un crime contre l’humanité.

 

Le risque autonomiste Wa

 

Outre le risque éthique lié aux violations des droits de l’homme causées par les militaires et une partie de l’establishment bouddhiste qui se livre aux progroms contre la minorité rohingya, un nouveau risque, sécuritaire, lui, commence à affleurer : celui d’une sécession de la minorité ethnique des Wa. Connue pour la force de ses milices et ses liens avec la Chine, elle revendique désormais son propre Etat au sein de la fédération de Birmanie, accentuant ainsi  son bras de fer avec le régime.

 

Le régime est encore très hostile à la décentralisation. Mais les Wa constituent le groupe rebelle le plus puissant du pays, avec quelque 30 000 combattants, qui contrôlent un territoire adossé à la frontière chinoise et sont soupçonnés de financer leurs activités par le trafic de drogue. De facto, ils administrent déjà, six circonscriptions dans l'Etat Shan, soit environ 800 000 personnes. La force de ces rebelles autonomistes, voire séparatistes, est aussi que leur bras armé, la United Wa State Army (UWSA) qui bénéficie du soutien de la Chine.

 

Le politologue australien, Nicholas Farrelly, de l'Australian National University, a ainsi rappelé, il y a quelques semaines, dans la revue militaire Janes, que les Wa avaient acheté des hélicoptères aux Chinois dans le cadre d'un "programme de réarmement rapide".

 

Naturellement démentie par Pékin et par l’UWSA, l’information est néanmoins jugée crédible dans la mesure où le trafic  d'opium et de métamphétamines, dans la zone, peut permettre de telles acquisitions. Et il semblerait que la Chine, en alimentant cette rébellion, se dote des moyens de pression sur le régime de Thein Sein qui, par ailleurs, a bien de la peine à obtenir la paix avec la dernière guérilla en activité, les Kachins, dans l'extrême-nord du pays.

 

En définitive, l’espace politique birman offre certainement de grandes perspectives aux investisseurs hardis, mais aussi quantité de risques en tous genres.