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7 mars 2013 

 

 

BIRMANIE/MYANMAR

  

Examen de passage au Parlement européen

 

Au cours de son audition devant les députés européens des deux commissions des Affaires étrangères et du Développement, le président birman U Thein Sein s’est engagé, le 5 mars dernier, à ce que le Myanmar continue sans relâche sa progression sur le chemin de la paix. Il a également indiqué que son gouvernement était tout à fait engagé à trouver une solution politiquement négociée pour mettre fin aux divisions internes dans le pays.

 

Le président birman a exprimé sa gratitude envers l’UE suite à la suspension, en avril 2012, des sanctions contre son pays, devant des députés qui le pressaient de les assurer que les réformes démocratiques dans son pays seraient irréversibles. Thein Sein avait auparavant été reçu par le président du parlement européen Martin Schulz, celui de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et la Haute représentante pour les Affaires étrangères et la politique de Sécurité commune, Catherine Ashton.

 

Lors du débat au parlement européen, la députée française Michèle Striffler (UMP), a déclaré que la situation humanitaire dans les États de Kachin et de Rakhin était encore "extrêmement préoccupante". Et d’ajouter qu’il fallait s’attaquer aux "causes fondamentales des conflits armés". Ce à quoi, le ministre des Affaires étrangères U Wunna Maung Lwin a rétorqué que le gouvernement voulait construire un avenir pacifique avec les 100 communautés ethniques du pays, en ce comprise, la minorité Rohingya.

 

De son côté, la députée verte allemande Barbara Lochbihler a exprimé l’espoir d’une libération des prisonniers politiques, tandis que plusieurs de ses collègues ont déclaré que l’engagement pris par le gouvernement d’éradiquer le travail forcé en 2015 devait être mis en oeuvre. Pour sa part, la députée socialiste portugaise, Ana Gomes a suggéré que la Birmanie s’inspire du modèle des pays voisins où les députés ont un véritable pouvoir de contrôle.

 

En s’adressant de la sorte au président birman, les eurodéputés ont pris note des recommandations de Human Rights Watch (HRW) qui, le jour même, avait enjoint les dirigeants européens à faire pression sur leur hôte pour qu’il adopte les réformes clés. Selon la directrice Europe d’HRW, Lotte Leicht, l’UE ne devrait pas ignorer les abus commis par les forces de sécurité birmanes, y compris des attaques de civils dans des zones en proie à des conflits ethniques et la répression de manifestants pacifiques à Rangoon et ailleurs.

 

HRW rappelle que depuis la reprise du conflit avec la Kachin Independence Army en 2011, l’armée birmane s’est rendu responsable de nombreuses violations des lois de la guerre, y compris, le bombardement de civils, des exécutions sommaires, des viols, l’utilisation d’enfants-soldats, de main d’œuvre forcée et le pillage. Il y a là un catalogue de crimes qui, lorsqu’ils sont perpétrés au Congo-Kinshasa ou dans d’autres pays d’Afrique, vaut à leurs auteurs les foudres de la Cour pénale internationale.

 

Des dizaines de civils déplacés ont également privés d’accès à l’assistance humanitaire… Et le gouvernement a aussi manqué de stopper la violence sectaire contre les musulmans Rohingya Muslims l’an dernier dans l’État d’Arakan.

 

Mauvais signe, poursuit Human Rights Watch, le président birman a dit, lors de sa tournée européenne, qu’il n’avait pas l’intention de réviser la loi de 1982 sur la citoyenneté, qui nie les droits de la plupart des Rohingya.

 

HRW rappelle aussi que l’UE a accru son aide humanitaire à la Birmanie malgré les obstacles créés par le gouvernement. En dépit des promesses de Thein Sein de faciliter la distribution de l’aide, les forces de sécurité ont bloqué ou manqué de protéger des convois destinés aux Kachin ou aux musulmans Rohingya.

 

Thein Sein devrait aussi permettre au Haut Commissariat des Réfugiés de l’ONU d'établir une présence régulière dans le pays, comme il s’y est engagé avec le président Obama en novembre.

 

Pour le Parlement européen, on est donc encore loin du compte…