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octobre 2012 

 

 

VENEZUELA

  

Les ressources de l'Orénoque limitent les risques à long terme

 

 

 

La réélection d’Hugo Chavez à la tête du Venezuela dimanche 7 octobre se fait sur fond de défis  économiques majeurs, mais plus à court terme qu'à moyen ou long terme.

 

Tout d’abord le pays connait un taux d’inflation record. Selon les chiffres officiels, au 31 décembre 2011, le Venezuela avait accumulé une inflation annuelle de 27,6%. Même si le premier semestre 2012, a vu un ralentissement spectaculaire de ce phénomène, la hausse des prix est encore estimée à hauteur de 7,5%. L’épargne est négativement affectée par ce contexte inflationniste.

 

Néanmoins, d'une façon plus générale, la politique dite du "socialisme pétrolier" a permis de sortir des millions de vénézuéliens de la misère au cours des 14 dernières années. Cette politique a été financée depuis 2001 par les bénéfices de PDVSA, l’entreprise pétrolière d’Etat. Mais du coup, les marchés financiers s’inquiètent du "syndrome hollandais" du Venezuela, consécutive à la très grande dépendance des ressources du pétrole : faiblesses structurelles de l’entreprise PDVSA elle-même, dévaluations répétées de la monnaie locale (4 dévaluations du Bolivar depuis 2003), un contrôle des changes extrêmement serré qui décourage les investisseurs étrangers car il vise à empêcher la sortie des capitaux, manque de stimulation à la création d’entreprises privées, nationalisations dans les secteurs pétroliers, électriques, sidérurgiques, dans les banques et les télécommunications.

 

Une politique de blocage des prix des aliments, des médicaments et des loyers a permis aux plus défavorisés de sortir de la misère en dépit d’un contexte de très forte inflation. Mais on estime que, tous les ans, PDVSA a sacrifié environ US$ 11 mds afin de subventionner les dizaines de programmes sociaux des gouvernements Chavez. En général, on considère que les entreprises d’Etat sont à l’origine de 90% des revenus en dollars du Venezuela.

 

Autre conséquence de la maladie hollandaise au Venezuela : la destruction du secteur productif et industriel du pays, et son manque de compétitivité en général. Ainsi le Forum économique mondial classe le Venezuela à la 126eme place sur 144 pays. Pour de nombreux analystes sud-américains, de sévères ajustements seront inévitables et le président Chavez va devoir faire face à l’effet politiquement déstabilisateur de certaines mesures.

 

Mais le pétrole continuera à couler longtemps encore…

 

Si le pétrole doit continuer à jouer son rôle crucial dans l’économie, cela implique des investissements énormes dans les infrastructures, notamment pour l’exploitation des gisements de la faille de l’Orénoque, parmi les plus importants au monde, tandis que le Venezuela est considéré comme le pays ayant déjà  les réserves de bruts les plus importantes au niveau mondial. Seule, l'entreprise publique PDVSA n’arrive cependant pas vraiment à faire décoller sa production de 3 millions de barils par jour.

 

Or les investissements envisagés par Chavez pour les 6 prochaines années et destinées à permettre l’exploitation de la faille de l’Orénoque sont estimés à $ 80 milliards.

 

Ceci dit, les compagnies étrangères sont autorisées à entrer dans des joint-ventures avec PDVSA pour peu qu'elles acceptent de se contenter d'une part minoritaire du capital. Et les compagnies russes ne s'en privent pas. A quelques jours des élections vénézuéliennes, le premier groupe pétrolier russe, Rosneft, et la société publique Petroleos de Venezuela (PDVSA) ont ainsi conclu un accord sur la création d'une joint-venture pour exploiter le champ Carabobo-2 dans le bassin de l'Orénoque. Rosneft s'engage à payer un bonus de $ 1,1 md au gouvernement de Caracas, et à offrir, à Petroleos de Venezuela, un financement de $ 1,5 md pour un délai de cinq ans. Rosneft entre à hauteur de 40 % du capital de la coentreprise.

 

Les réserves du gisement Carabobo-2 sont estimées à 6,5 milliards de tonnes de pétrole. Le groupe Rosneft a annoncé qu'il investira $ 16 mds dans l'exploitation de ce gisement pétrolier. En juin dernier, le PDG de Rosneft Igor Setchine avait déjà déclaré que les réserves prospectées de Carabobo-2 étaient de 70 % supérieures aux 40 milliards de barils initialement estimés.

 

Par ailleurs, Rosneft participe également à la mise en valeur d'un autre bloc pétrolier du bassin de l'Orénoque, Junín-6, en tant que membre du Consortium pétrolier national (NNK) qui comprend aussi les sociétés russes Lukoil, TNK-BP, Sourgoutneftegaz et Gazprom Neft. La capacité de ce gisement est estimée à 53 milliards de barils. Selon Igor Setchine, les investissements russes dans le champ de Junín-6 atteindront $ 20 mds en 40 ans. C'est fin septembre qu'a commencé la production à Junín-6. Il s'agit du premier pétrole produit par la Russie sur le continent américain, selon le président Chavez. La production journalière devrait atteindre 450.000 barils.

 

Selon les estimations faites par PDVSA en 2009, la ceinture pétrolifère de l'Orénoque recèle 513 milliards de barils de pétrole lourd et très lourd, ce qui représente les plus importantes réserves de pétrole du monde. Cette région est divisée en quatre champs pétroliers : Boyacá, Junín, Ayacucho et Carabobo.

 

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Enfin, dans l’immédiat l’entrée dans le MERCOSUR (Brésil, Argentine, Uruguay et jusque récemment Paraguay) va aussi jouer un rôle important : si l’accord de principe avait été accordé au Venezuela depuis 2006, seul le Paraguay et son congrès traditionnellement positionné à droite ont bloqué son entrée. Mais  le coup d’état parlementaire et la déposition du président Lugo au mois de juin dernier ont amené les pays du MERCOSUR à suspendre le Paraguay – et la porte s’est ouverte en juillet pour permettre au Venezuela de concrétiser enfin son entrée dans cette zone d’échange et intégration économique ainsi qu’à des marchés potentiels qui pourraient s’avérer déterminants pour les 6 prochaines années à venir.