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décembre 2012 

 

 

TURKMENISTAN

 

 Vendre à l'Est et acheter à l'Ouest ?

 

 

Il faut se faire une raison : tout le monde ne pourra pas avoir accès au gaz turkmène ! Mais il y a d'autres bonnes raisons de commercer avec ce pays qui cherche à se démarquer de l'empreinte russe. Tandis qu'Achkhabad vend ses hydrocarbures en Iran et en Chine, voire même bientôt vers l'Asie du Sud, pourquoi ne pas lui vendre des équipements occidentaux. C'est en tout cas ce que cherche à faire le ministère français du commerce extérieur.

 

Le Turkménistan figure parmi les quatre premiers pays du monde en termes de réserves de gaz naturel avec la Russie, l'Iran et le Qatar. Néanmoins, c'est un pays enclavé qui dépend en grande partie de Moscou qui, elle-même, a une obsession : empêcher le gaz turkmène de faire directement concurrence à ses propres ventes de gaz (dont une part indéterminable de gaz turkmène, mélangé au gaz russe) sur le marché européen.

 

Il a, bien sûr, été envisagé de construire un gazoduc transcaspien (sous la mer Caspienne) destiné à relier le Turkménistan et l'Azerbaïdjan. Celui-ci permettrait de  transporter 20 à 30 milliards de mètres cube de gaz en Europe, via l'Azerbaïdjan. C'est sur cette base que Bruxelles espère encore lancer son projet de gazoduc Nabucco (concurrent des projets russes et qui contournerait le territoire de la Russie) avec les Turkmènes. Mais le coût du projet s'élève à € 7,9 mds et, surtout, la fédération de Russie s'oppose à ce projet, sous le prétexte - qui ne trompe évidemment personne - que sa réalisation nécessiterait une concertation de tous les pays riverains de la mer Caspienne, dont elle, en premier lieu.

 

 

Une percée impressionnante vers l'Est et le Sud

 

Pour consoler Achkhabad, Moscou se montre, par contre, très conciliante vis-à-vis des projets de vente de gaz turkmène vers le Sud ou l'Est du Turkménistan. Cette année, les autorités de la fédération de Russie ont ainsi assuré qu'elles "étaient prête à coopérer dans la construction de nouveaux gazoducs, comme le pipeline TAPI …". Ce projet prévoit de relier le Turkménistan à l'Afghanistan, au Pakistan et à l'Inde. Il en est question depuis 1995 année où il a été lancé à l'initiative du Turkménistan et du Pakistan. En 2002, les quatre gouvernements concernés ont même signé un accord sur la construction d'un gazoduc long de 1 700 km - et d'un coût proche de $ 7 mds - qui devrait alimenter l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde et en gaz turkmène. Mais l'opération militaire de l'Otan en Afghanistan a empêché jusqu'ici la réalisation de ce projet.

 

Un autre débouché du Turkménistan est l'Iran, pays qui dispose de larges réserves de gaz mais qui n'est pas actuellement en mesure de l'exploiter dans de bonnes conditions, du fait, notamment, des sanctions occidentales. Téhéran importe près de 10 milliards de m3 de gaz turkmène par an, fournis par deux gazoducs, Korpedje-Kourt koui et Dovletabad-Serakhs-Khangiran, capables de transporter 20 milliards m3 de par an.

 

A la fin du mois de novembre, le président turkmène Gourbangouly Berdymoukhamedov et le ministre iranien du Pétrole Rostam Qasemi ont négocié à Achkhabad la possibilité d'augmenter les livraisons de gaz naturel turkmène à l'Iran. Les deux parties ont jugé ces négociations de "très fructueuses" et le président Berdymoukhamedov en a profité pour affirmer que son pays respectait fermement ses engagements en matière de livraisons à long terme de combustible bleu à la République islamique.

 

Autre gros client du Turkménistan, la Chine est également reliée à ce pays par un gazoduc depuis 2010.

 

Grâce à ces différents courants d'échange, la croissance enregistrée par Achkhabad est impressionnante : 9,2 % en 2010, 14,7 % en 2011, probablement 8 % en 2012 ! Et le FMI s'attend encore à une progression du PIB de 7,7 % en 2013. La hausse des prix, dans ce marché de 5,5 millions d'habitants reste cependant assez modérée, de l'ordre de 4 à 5 %.

 

Les ventes d'hydrocarbures à l'étranger sont passées de $ 8,6 mds en 2010 à $ 16,6 mds cette année. Et malgré les profonds bouleversements que connait actuellement le marché international du gaz, le FMI s'attend à ce que les exportations en valeur de gaz turkmène atteignent $ 17,8 mds l'année prochaine. Pourtant la balance des paiements courants sera légèrement négative en 2012. C'est que le Turkménistan s'équipe à une vitesse accélérée, consacrant quelque $ 7 mds par ans à des dépenses d'infrastructures.

 

La commission mixte franco-turkmène

 

Et c'est bien ce marché qui intéresse le plus les autorités françaises. Une commission mixte franco-turkmène a été créée pour la première fois en 2010. Elle vient de tenir sa deuxième session le 26 novembre dernier. Or les échanges commerciaux entre les deux pays sont encore faibles : moins de € 100 mns en 2011.

 

Selon l'accord qui vient d'être signé entre Nicole Bricq et Akmyrad Yegeleyev, vice-président du gouvernement turkmène, la coopération économique bilatérale doit se poursuivre dans le secteur déjà porteur des BTP et s'ouvrir à de nouveaux domaines. Trois axes ont été identifiés : les TIC, le ferroviaire et le tourisme. Il a également été convenu que le groupe de travail franco-turkmène consacré aux questions énergétiques tiendra sa 2ème réunion à Achgabat au début 2013, les groupes français étant bien évidemment mobilisés pour participer au développement du potentiel turkmène.

 

De grands contrats sont également en cours de discussion, notamment dans le domaine aéronautique. D'ailleurs une douzaine d'entreprises françaises comme Bouygues, Dresser-Rand, Pomagalski, Nexans, Vinci, et Total (…) ont participé au déjeuner de travail qui a suivi la réunion de la Commission mixte du 26 novembre.

 

A cette occasion, la ministre française du commerce extérieur Nicole Bricq n'a pas caché ses ambitions : " Avec les entreprises françaises et mes services, je me mobiliserai pour que nous parvenions, en 3 ans maximum, à réaliser pour 1,5 mds € de projets franco-turkmènes. Cet objectif est atteignable, nous avons créé les conditions pour y parvenir".

 

Achkhabad, qui ne cesse de rechercher un équilibre entre l'Europe et la Russie, pourrait être tentée d'encourager ce mouvement. Le Turkménistan, bien qu'il soit membre de la CEI (qui regroupe les pays de l'ex-bloc soviétique) n'y dispose que du simple statut de "membre associé". Au moment de son accession au pouvoir, le président Gourbanguly Berdymoukhamedov avait même promis une certaine ouverture de la scène politique interne, surtout pour se démarquer de Moscou. Mais ces quelques velléités ont vite fait long feu et le régime s'est corseté, depuis, contre toute tentative de liberté de presse, d'opinion ou d'opposition. De fait, la corruption règne en maitre et ce pourrait bien être un des principaux obstacles à des courants réguliers d'échange.