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novembre 2012 

 

 

CONGO-KINSHASA

 

 

Chaos à l’Est, boom ailleurs

 

 

La visite en Belgique et en Allemagne du premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo Mapon, du 22 au 25 octobre dernier, a fourni beaucoup d’enseignements. Le premier d’entre eux a été de rappeler que la réalité tragique de la persistance de l’insécurité à l’est du pays, aux confins du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda, coexiste avec celle d’un autre Congo qui aura connu un taux de croissance du PIB de 7,2 % en 2012 et qui, selon les prévisions du gouvernement et du FMI pourrait s’accélérer à 8,4 % en 2013.

 

Un des signes de cette réalité est la bonne tenue de la monnaie nationale, a souligné le premier ministre lors d’un déjeuner-conférence organisé le 23 octobre par le Cercle royal africain et de l’Outre-Mer (CRAOM) et par la Chambre de commerce Belgique-Luxembourg ACP.  Entre début 2010 et octobre 2012, le cours du dollar a été stable, évoluant de 923 francs congolais à 919 FC/$. C’est d’ailleurs cette stabilité qui est à l’origine de la politique de dédollarisation annoncée aux hommes d’affaires belges.

 

Matata Ponyo la décrit comme un processus. Les opérateurs économiques ont été priés d’afficher leurs prix uniquement en francs congolais et à compter de janvier 2013, tous les salaires devront être payés uniquement en monnaie nationale. D’ici quelques mois, le Trésor ne réglera plus les fournisseurs de biens et de services de l’État qu’en francs congolais. À en croire le premier ministre, la plupart des entreprises congolaises préféreraient d’ailleurs être payées en monnaie nationale qu’en dollars parce qu’elle s’est appréciée par rapport à la devise américaine. En outre, cette formule leur évite d’avoir à acquitter des commissions de change.

 

Selon le premier ministre, le Congo est sorti du cycle des déficits budgétaires et un certain nombre de réformes ont été entreprises. Il revendique le lancement d’un « programme sans merci de lutte contre la fraude et la corruption ». À telle enseigne, explique-t-il, qu’on a supprimé au ministère des Finances le système des pourcentages et des commissions, auxquels tout le monde était habitué. L’inflation est maîtrisée, à moins de 3% pour 2012. La dernière fois qu’une telle performance a été réalisée, c’est en 1965, s’enorgueillit-il.

 

Selon Augustin Matata, « l’économie congolaise est sur la trajectoire des fondamentaux ». Mais la stabilité macro-économique ne suffit pas, s’empresse-t-il d’ajouter, soucieux d’améliorer le rang du pays dans le classement « doing business » de la Banque mondiale. À cet égard, le premier ministre a annoncé que le président Joseph Kabila a autorisé l’accès du Congo à L’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) qui va permettre aux opérateurs économiques qui n’ont pas trouvé satisfaction dans le dénouement d’une affaire de se référer à une juridiction beaucoup plus élevée et d’obtenir gain de cause si nécessaire. Cela dit, le premier ministre admet qu’il n’est pas facile de progresser dans le « chantier énorme » des réformes, en raison de l’opposition de ceux qui profitent de rentes de situation

 

Au chapitre des réformes entreprises, il a cité un projet de décret qui permettra à ce que la création d’une entreprise auprès d’un guichet unique électronique ne dure pas plus de trois jours. Le premier ministre cite aussi la suppression de taxes illégales, l’introduction de la TVA en janvier 2012 qui remplace le système archaïque de l’impôt sur le chiffre d’affaires.

 

Il a aussi annoncé le « remodelage » du code minier, l’introduction d’une nouvelle loi sur les marchés publics, naguère systématiquement conclus de gré à gré, se targuant de la récente acquisition de 200 bus à l’issue d’un appel d’offres. De même,  le gouvernement qui, il y a un an, avait adopté une loi agricole aboutissant à la congolisation de la propriété foncière, est en train de revoir sa copie afin qu’elle facilite l’apport de capitaux extérieurs au lieu de les inhiber. De façon générale, il est surtout question de réintroduire la formalisation de l’économie, notamment à travers la bancarisation de la paie des fonctionnaires. En octobre dernier, le gouvernement a commencé à l’appliquer aux officiers de l’armée et de la police.

 

Le premier ministre congolais a aussi fait quelques promesses hardies, comme celle de faire en sorte que l'on puisse, d’ici deux ans, d'aller de Kinshasa à Lubumbashi ou de Kinshasa à Kisangani dans une voiture ordinaire, comme à la veille de l’indépendance !