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juin 2012 

 

CONGO-RDC

 

 Sur la voie de la vertu ou ravalement de façade ?

 Une équipe gouvernementale sans relief

 

Une première réunion sur la "responsabilité sociétale des entreprises" (RSE) doit se dérouler du 12 au 13 juin à Kinshasa (www.rsecongo.com). C'est une initiative heureuse, a priori, dans un pays plus connu par son manque de transparence et la dilapidation de ses énormes ressources naturelles. On se souvient, en particulier, que la vente, l'année dernière, de 20 % de la participation de Gecamines dans Samref Overseas à l’homme d’affaire Dan Gertler, pour $ 120 mns, avait soulevé des objections du FMI sur cette transaction effectuée sans appel d’offre et en "dessous de sa valeur réelle". En effet, Samref Overseas (qui appartient majoritairement à Glencore International) possède 80 % de la mine de Mutanda, située dans le Katanga (RD Congo), et qui produit 64 000 tonnes de cuivre par an… Pourquoi se priver à bas prix d'un tel joyau ?

 

Ce n'est malheureusement qu'un exemple parmi bien d'autres. Et l'on peut à juste titre s'inquiéter de l'efficacité réelle de la table ronde sur la RSE qui sera organisée en ce mois de juin lorsque l'on sait que le premier ministre en personne, Augustin Matata Ponyo, ouvrira les débats avec une allocution sur « La perception et les attentes du gouvernement par rapport à la RSE ».

 

Certes, le principal atout de Matata Ponyo (47 ans), est l'assez bonne image dont il jouit auprès des bailleurs de fonds. Ministre des Finances depuis février 2010, ce spécialiste en politiques monétaire et budgétaire a travaillé à la Banque Centrale du Congo (BCC). Il a été également, de 2003 à 2010, le directeur général du "Bureau central de coordination" (BCECO), organisme créé avec l’appui de la Banque mondiale pour gérer les fonds de l’aide internationale et superviser la passation des marchés publics. Cependant, ce Bureau est souvent dépeint, par ses détracteurs, comme le « bureau central de la corruption » !

 

Et nul ne peut ignorer le contexte de sa nomination à la tête d'un gouvernement formé, le 27 avril dernier, dans un pays où les élections présidentielles et législatives du 28 novembre 2011 ont été entachées de tant d’actes de fraude qu’il est impossible d’affirmer que Joseph Kabila et les formations politiques qui le soutiennent ont rallié une majorité de suffrages.

 

Membre du "Parti du peuple pour la reconstruction et le développement" (PPRD) de Joseph Kabila, Matata Ponyo est originaire du Maniema comme la mère adoptive de son leader, Sifa Mahanya. De quoi frustrer les provinces de l’Ouest où, même selon les résultats très controversés de la "Commission électorale nationale indépendante" (CENI), Kabila a été battu par Étienne Tshisekedi dans quatre provinces (Bas-Congo, Kinshasa, Kasaï Oriental et Kasaï Occidental) et par Léon Kengo wa Dondo en Équateur.

 

Un gouvernement "d'enregistrement"

 

Matata Ponyo n’a pas désigné de ministre des Finances dans son gouvernement, ce qui suggère qu’il garde la main sur le portefeuille. Un de ses proches, Patrice Kitedi, également issu du BCECO, est devenu ministre délégué en charge des Finances.

 

Dans l'ensemble, il s’agit d’un gouvernement faible, qui compte très peu de personnalités de poids. Le nouveau cabinet congolais ne comprend que sept rescapés de l’équipe d’Adolphe Muzito : Lambert Mende qui conserve les Médias et qui s’occupe également des Relations avec le parlement, Fridolin Kasweshi, reconduit aux Infrastructures et aux Travaux publics, qui gère en outre l’Aménagement du territoire, l’Urbanisme et l’Habitat, Martin Kabwelulu qui garde les Mines. Le ministre de la coopération, Raymond Tshibanda hérite des Affaires étrangères et de la Francophonie. Maker Mwangu Famba conserve l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel. Les Transports et voies de communication ont été confiés à Justin Kalumba. Matata Ponyo a aussi donné des gages aux Katangais en nommant Richard Muyej à l’Intérieur.

 

Le seul signe d'ouverture vient du fait que le Parti lumumbiste unifié (dont le nombre des sièges à l’Assemblée est tombé de 34 à 19 depuis 2006) est assez bien servi avec Kabwelulu aux Mines et, surtout, le vice-premier ministre en charge du budget, Daniel Mukoko, économiste universitaire qui a fait ses études au Japon. Ancien directeur de cabinet de la Primature, il est également un ancien collaborateur du PNUD, "Programme des Nations Unies pour le Développement".

 

L’autre vice-premier ministre, chargé de la Défense, Alexandre Lobotambo, n’est pas très connu. À signaler, aussi, le retour d’un revenant, le patron de l’hebdomadaire « Le Soft International » et ancien correspondant de Reuters, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, 62 ans qui a hérité du Portefeuille des Postes.

 

On note également l’arrivée de Bruno Kapanji Kalala, secrétaire permanent du Pool énergétique d’Afrique Centrale au ministère de l’Eau et de l’Énergie et celle de Crispin Atama Tabe Mogodi (ancien ministre de l’intérieur de la Province Orientale et candidat PPRD dans la circonscription de Farajde) au portefeuille des Hydrocarbures.

 

Si le nouveau gouvernement ne peut pas vraiment être considéré comme un gouvernement d’ouverture, le premier ministre s'est toutefois tiré une épine du pied en nommant le remuant député du Nord-Kivu, Modeste Bahati, à l’Emploi, Travail et Prévoyance Sociale. Quoiqu’il soit issu de la majorité, il n’avait cessé de harceler l'ex-gouvernement Muzito sur des questions de gouvernance durant la dernière législature.

 

L’autre caractéristique importante de ce gouvernement est qu’il compte au total sept Katangais dont Martin Kabwelulu, Alexandre Lobotambo et Richard Muyej, mais aussi leurs collègues de la Justice, de la Jeunesse, des Sports et de la culture.

 

On ne peut donc attendre de ce gouvernement qu'il soit celui du renouveau et d'une nouvelle gouvernance "irréprochable", comme la réunion des 12 et 13 juin sur la RSE voudrait le faire croire. Mais il est vrai, aussi, que l'opposition parlementaire elle-même n'a pas tardé à se déconsidérer. Ainsi "l’Union pour la démocratie et le progrès social" (UDPS) d’Étienne Tshisekedi s'est-elle rapidement divisée après les élections législatives, 33 de ses députés sur les 42 élus ayant vite bravé l’interdiction qui leur avait été faite, par la direction de leur parti, de siéger à l’Assemblée nationale !