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avril 2012 

 

NIGERIA

  

Les risques d'un approvisionnement de l'UE en gaz

  

L’approvisionnement de l’UE en gaz nigérian s’annonce risqué. D’un côté, on assiste à un regain d’intérêt de tous les partenaires pour le projet de gazoduc trans-saharien ou Nigeria-Algérie (Nigal) . On croyait le projet tombé dans l’oubli depuis 2008 mais, en février dernier, le ministre nigérian du Plan, Shamsuddeen Usman a révélé que les autorités d’Abuja avaient demandé à la Banque européenne d’investissement (BEI) de financer l’étude de la faisabilité pour le gazoduc Calabar-Kano, le tronçon national du gazoduc trans-saharien également connu comme le "Nigal" (Nigeria-Algérie).

 

Il s’agit d’un projet gigantesque. Long de plus de 4 100 km, dont 1 037 km au Nigeria, 841 km au Niger et 2 310 km en Algérie, ce tube est censé transporter un jour 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, du Delta du Niger vers l’Espagne et l’Italie, moyennant un coût de 15 milliards de dollars.  Pour l’UE, le gazoduc Nigal doit constituer une étape importante dans la stratégie européenne de diversification et de sécurité de ses approvisionnements, ayant pour objectif de réduire sa dépendance vis-à-vis du géant russe Gazprom.


Nombre d’obstacles doivent toutefois être levés avant que le projet ne devienne réalité. Et la sécurité en fait grandement partie. Le Nigal ne traverse pas seulement des zones où les activistes islamistes de la secte politico-religieuse Boko Haram sont actifs dans le nord du Nigeria. Il traverse de surcroît sur plus de 800 km le Niger, où les rebelles salafistes d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) ont pris en otage des techniciens travaillant pour la multinationale française de l’uranium Areva.

 

Enfin, à son point de départ, les militants du Movement for the Emancipation of the Niger Delta (MEND) ont explicitement menacé, en mars 2012, de saboter les installations du future gazoduc si, au préalable, on ne s’attaquait pas aux problèmes du Delta (pollution et manque de retombées de l’exploitation des hydrocarbures pour la population).

 

Toutefois, Mustafa Mekideche, consultant algérien dans le domaine de l’énergie et ancien cadre de la Sonatrach, pense qu’il est possible de surmonter ce genre de menaces. Même durant les heures les plus noires du terrorisme du Groupe Islamique Armé (GIA), aucun oléoduc ou gazoduc n’a été saboté, parce que les installations étaient bien gardées et enterrées profondément, explique-t-il à RI.

 

Cependant, des insiders de la profession s’interrogent sur le bien-fondé de la construction d’un gazoduc dans la période actuelle, caractérisée par une augmentation des achats sur le marché spot au détriment des contrats à long terme. Dans un marché où la demande est supérieure à l’offre, le secteur privé tend à préférer l’avantage de la flexibilité qui lui permet de vendre au plus offrant.

 

La voie maritime

 

C’est pourquoi, les investisseurs privés sont plus intéressés par la construction de terminaux gaziers pour accueillir les méthaniers qui changent de destination selon les offres. Le Nigeria lui-même ne met pas tous ses œufs dans le même panier : en janvier, la Nigeria Liquefied Natural Gas Company (NLNG), une joint-venture constituée par NNPC et Shell a annoncé son intention d’acheter six navires méthaniers pour transporter du gaz naturel liquéfié (LNG en anglais). Il faudra vérifier si ce genre de projet ne pourrait pas mettre en cause la viabilité économique du gazoduc.

 

Mais la voie maritime présente également de très sérieux risques sécuritaires. On constate en effet une recrudescence de la piraterie dans le golfe de Guinée. L’an dernier, selon l’International Maritime Bureau, une vingtaine de tankers ont été attaqués au large du Bénin par des pirates nigérians, subissant, dans certains cas, la perte d’une partie de leur cargaison.  Dans le cas des méthaniers, le vol est plus difficile mais les prises d’otage et les incidents retardant la livraison ne peuvent être exclus.

 

Quoi qu’il en soit, la sécurité d’approvisionnement de l’UE ou d’autres clients du gaz nigérian, va devoir se traduire par une implication, sous une forme ou une autre, de ces consommateurs potentiels, dans la préservation de la ressource. Dans le bourbier nigérian, au nord comme sud, voire au Niger, dans la zone écumée par AQMI et ses alliés qui s’est étendue de façon spectaculaire au Mali ces derniers jours, ce ne sera pas une tâche facile.