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juillet 2012

 

MADAGASCAR

Dossier "risques et opportunités"

 

Le retour à la normalité constitutionnelle, plus de trois ans après le coup d’État du 16 mars qui a renversé le président élu, Marc Ravalomanana, s’annonce très difficile. Dès lors, la reprise de l’aide ne doit pas être envisagée avant au moins un an, dans le meilleur des scénarios. Par contre, l'économie a montré une remarquable résistance à la crise politique, si bien que la grande île peut encore séduire des investisseurs potentiels.

 

Difficile retour à la normalité constitutionnelle

Le principal obstacle réside ans le refus catégorique de son successeur, le jeune DJ et ex-maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, de permettre à son aîné et rival de rentrer au pays et de bénéficier d’une amnistie, sous prétexte qu’il a été condamné à une peine imprescriptible aux travaux forcés en août 2010 pour "crimes contre l’humanité" pour sa responsabilité présumée dans le massacre d’une trentaine de manifestants en 2009 lorsque les forces de l’ordre avaient ouvert le feu sur la foule. Depuis des mois, la SADC tente de forcer une rencontre entre Rajoelina et l’ex-Président toujours en Afrique du Sud, mais jusqu’à présent sans succès.

Au demeurant, Rajoelina bénéficie dans son attitude de refus du soutien de l’armée. Dans une interview à la « Gazette de la Grande Île » publiée le 13 avril, le président du Conseil militaire de la défense nationale (CMDN), chargé de définir les lignes de la réforme de l’armée après la transition, le général Ranto Rabarisoa a déclaré sans ambages que l’armée s’opposera au retour de Ravalomanana avant les élections, parce qu’il constituerait un facteur d’insécurité. La crainte de représailles de la part de Ravalomanana contre l’armée qui l’a évincée du pouvoir en mars 2009 et le fait que l’État n’aurait pas les moyens financiers de le compenser pour la perte des supermarchés Magro, appartenant à l’ex-Président, incendiés et pillés en janvier 2009, entrent aussi en ligne de compte. L’idée d’une telle rencontre entre Rajoelina et Ravalomanana ne plait pas non plus à l’ex-président Didier Ratsiraka, chef d’une autre grande mouvance qui ne croit qu’en une rencontre rassemblant « toutes les forces vives de la nation ». Le neveu de Ratsiraka, Roland, chef du parti MTS Malgasy Tonga Saina, prédit qu’aucune solution n’émergera de la rencontre.

Cette opposition au retour de Ravalomanana est l’un des rares points de consensus dans l’armée qui ne constitue pas un bloc homogène. Tous les quinze jours, qu’il s’agisse de justifier une purge ou une mise à pied ou qu’un vrai soulèvement ait eu lieu, on entend parler de tentative de coup d’État. En mars 2012, les sous-officiers ont déclenché une mutinerie à caractère « syndical » : ils revendiquaient une diminution des impôts sur leurs indemnités. En avril, deux colonels du commandement des forces de développement à Tana auraient également ourdi un complot. A la mi-juin, on a appris l’arrestation d’un colonel, d’un adjudant et d’un civil soupçonnés d’avoir fomenté une tentative prise de l’état major général.

L’armée met son veto au retour de Ravalomanana mais, en raison de la montée générale de l’insécurité dans le pays, y compris dans la capitale, sa popularité et son prestige sont en perte de vitesse. La principale route du pays Antananarivo-Tamatave (350km) n’est plus sûre, car de plus en plus les bandits y prennent pour cible les véhicules transportant les dealers de saphir se rendant vers le site d’Ambatodrazaka, cherchant à s’emparer du cash et des pierres précieuses auprès des dealers malgaches ou sri-lankais. Et la route vers Majunga, autre grand port du pays est encore moins sûre.

Au sud du pays, l’insécurité attribuée aux "dahalo", voleurs de zébus a atteint de tels sommets qu’un général a parlé de "guérilla". La mort de 11 militaires et gendarmes tombés le 9 juin dans une embuscade, à Befotaka au sud du pays, a frappé les esprits. Elle a été tendue par le groupe d’un ancien détenu qui serait aussi un ancien sous-officier du Régiment de la sécurité présidentielle de Ratsiraka, surnommé Remenabila, dont le vrai nom est Arthur Rabefihavanana, évadé depuis 2008). On impute à ce groupe le vol de plus de 3 000 zébus. Face au phénomène, la cacophonie prévaut au sein du gouvernement. Le ministre de l’intérieur Florent Rakotoarisoa est partisan d’un assaut immédiat contre les Dahalo retranchés dans le village de Bekolintsa, voire d’une intervention d’hélicoptères de l’armée française. Son collègue de la défense est plus proche de la ligne du Premier ministre, Jean-Omer Beriziky qui veut éviter le bain de sang.

Une chose est sûre : le phénomène existe depuis longtemps et les dahalo s’enhardissent en profitant de la déliquescence de l’Etat, d’autant que les dahalo ont été approvisionnés en fusils mitrailleurs AK 47 et en fusils FAL, par les gendarmes avec qui ils ont l’habitude de partager leur butin, confie un conseiller du premier ministre.

 

Une forte fragmentation politique

Le plus difficile pour constituer l’unité de ce gouvernement dit de consensus formé en novembre 2011, dans le sillage de la feuille de la route de septembre 2011 signée par les principales mouvances malgaches (sauf celle de Ratsiraka) est la fragmentation de la classe politique. Les divisions traversent le parti TGV ("Tanora MalaGasy Vonona", soit "le parti des jeunes décidés") de Rajoelina. La journaliste Lalatiana Rakotondazafy, naguère supportrice de Rajoelina, propriétaire de la radio Free FM se cachait, fin juin, après avoir appelé sur son antenne à manifester contre le président de la HAT. Sans doute, l’acharnement à rester au pouvoir de Rajoelina tient à la peur panique de cet ancien DJ de perdre l’élection devant son adversaire principal et à la conscience qu’il est de moins en moins populaire, au point d’organiser des podiums le jour de la fête nationale pour tenter de calmer la mauvaise humeur de ses compatriotes face à la déconfiture économique générale. Mais le TGV n’est pas seul à perdre des plumes. Un conseiller du Premier ministre reproche aux politiciens de sa propre mouvance, celle de l’ex-président Albert Zafy, qui a soutenu la nomination de Jean-Omer Beriziky au poste de premier ministre, de mettre des bâtons dans les roues à ce dernier. Et l’on soupçonne le lieutenant de Marc Ravalomanana, Mamy Rakotoarivelo de vouloir prendre la place de son chef en exil.

L’activité du gouvernement se ressent de ces divisions. Les ministres de chaque mouvance rendent plus souvent des comptes à leur chef (quand ils leur restent fidèles) qu’au Premier ministre. La cohésion laisse à désirer. Jean-Omer Beriziky a dû rappeler à l’ordre les cinq ministres grévistes de la tendance Ravalomanana qui boycottent les réunions du gouvernement depuis 9 semaines pour obtenir l’amnistie de leur champion. Le ministre de l’environnement, Joseph Randriamiharisoa (mouvance Zafy) continue d’occuper son bureau bien qu’il ait été démis de ses fonctions le 12 avril dernier. Et le jour de l’indépendance, les ministres du parti "Tiako ia Madagasikara" (TIM) de Ravalomanana ont fait bande à part, célébrant l’événement à Antsirabé alors que les autres l’ont fait à Antananarivo.

Les potentiels arbitres que pourraient être les églises sont eux aussi traversés de divisions ; le "Conseil des églises chrétiennes de Madagascar" (FFKM) qui regroupe les principales confessions (catholique, luthérienne et anglicane ainsi que l’Église de Jésus Christ à Madagascar ou FJKM) a échoué en 2009. La SADC a offert 2 millions de dollars pour une nouvelle médiation. Mais un missionnaire catholique doute que ce soit une bonne idée car la principale église du pays, la FJKM n’est pas neutre : Marc Ravalomanana demeure son vice-président jusqu’en août prochain. Du coup, il y a toujours un risque potentiel que les divergences politiques ne dégénèrent en guerres de religion.

Cela dit, il est certain que dans ce paysage politique et social fragmenté, la position de Rajoelina est de plus en plus inconfortable. La destruction des supermarchés Magro et la fermeture de l’usine à yaourts d’Antsirabé appartenant à l’ex-président est ressentie comme une catastrophe sociale et économique dans une conjoncture morose : le taux de croissance du PIB n’a été que de 0,6 % en 2011, ce qui correspond à une baisse de 2,3 % du PIB/habitant.

L’attitude de Rajoelina est souvent décrite comme une fuite en avant. Ses adversaires raillent sa décision d’avoir assisté au sommet de la terre à Rio plutôt que de rencontrer Ravalomanana pour résoudre la crise. Sa réticence à quitter le pouvoir, voire à accepter une joute électorale peut aussi s’expliquer par le fait que ses proches sont souvent accusés de s’enrichir par toute une série de trafics, dont celui de bois de rose. Le climat social est volatile. Outre les remous dans l’armée, à la fin juin, les travailleurs de l’entreprise minière paraétatique Kraoma, productrice de chrome étaient en grève, de même que les enseignants. Et les fonctionnaires se mobilisaient. Pour se rassurer, les observateurs évoquent la grande capacité de résilience de la population malgache pour supporter les privations. Mais chacun sait aussi qu’elle a des limites…

De son côté l’ONU dont une mission d’experts s’est rendue du 22 avril au 8 mai dernier à Madagascar, pousse à l’élaboration d’un calendrier électoral, débouchant sur des élections présidentielles et législatives couplées en mai 2013, compte tenu du fait qu’il faut éviter de les organiser entre décembre et avril, période des cyclones. Las, ce calendrier ne convient pas du tout à Andry Rajoelina, pour qui il faudrait les organiser vite fait (en l’absence de Ravalomanana) pour éviter "le risque d'explosion sociale", explique-t-il dans un récent courrier au secrétaire général de l’ONU. Qui plus est, il voudrait organiser des législatives d’abord puis une présidentielle le plus tard possible pour rester en place jusqu’en 2013.

De plus en plus, les missions diplomatiques (États-Unis, Union européenne, Russie, ONU) prônent une formule « ni-ni » qui réconcilierait beaucoup de monde en écartant de la compétition les deux enfants terribles Rajoelina et Ravalomanana. Mais encore faut-il que ces derniers et leurs partisans y souscrivent. Ce serait assez paradoxal d’écarter les candidats les plus représentatifs de la course, plaident leurs partisans, pour une fois d’accord. Un homme a les faveurs des chancelleries : le Premier ministre, qui n'est, pour l’instant, candidat à rien. Mais encore faut-il lui donner les moyens de montrer qu’il peut faire la différence.

Officiellement, tout le monde, à commencer par le Service européen d’action extérieure (SEAE) reconnaît le leadership de la SADC dans l’accompagnement de la feuille de route pour le retour à la constitutionnalité mais tout le monde, diplomates comme politiciens malgaches s’entend pour reconnaître la totale inefficacité du bureau de la SADC à Antananarivo, dont les membres ne parlent ni français, ni malgache. L’attitude de la France est aussi critiquée, car si les Américains et la SADC sont perçus comme ayant un parti pris pro-Ravalomanana, Paris passe toujours comme soutenant Rajoelina, ce qui a pu encourager ce dernier à tenir tête à la SADC. Jusqu’à nouvel ordre, l’arrivée au pouvoir de François Hollande n’a pas encore changé fondamentalement l’attitude de Paris.

 

Une économie anémiée par les sanctions…

La crise politique et les sanctions qu’elle a entraînées ont fait basculer la population de la pauvreté à la misère. Mais l’économie malgache a pourtant montré une remarquable résilience.

« La suspension de l’aide à la suite du changement inconstitutionnel de pouvoir a eu un impact considérable sur les secteurs de l’éducation, de la santé et de la sécurité alimentaire », déplore la représentante du "Programme des nations unies pour le développement" (PNUD) à Madagascar, Fatma Samoura. Entre 2008 et 2011, l’aide au développement a chuté de 43 %, de $ 700 mns à 405 mns, dans un pays accablé par la pauvreté extrême qui affecte 56,5 % de la population. Et ces dernières années, les choses se sont aggravées : de 2005 à 2010, la proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est passée de 68 % à 76,5 %, atteignant 82,2 % en milieu rural. La mortalité des femmes à l’accouchement augmente : le taux est désormais 498 cas sur 100 000 naissances en 2010 contre 469 seulement en 2004, constate la patronne du PNUD dans la Grande Île.

Voilà qui n’est guère étonnant dans un pays où la baisse de l’aide a contraint le gouvernement à réduire de 30 % les dépenses de santé en 2010 et encore de moitié en 2012. Selon l’UNICEF, 214 centres de santé ont fermé en janvier 2011. Autre secteur affecté : les infrastructures pour lesquelles on a enregistré une baisse de 22,4 % des décaissements des bailleurs de fonds en 2011 par rapport à l’année précédente. La vie est devenue très dure pour les Malgaches. Selon la FAO, la sous sous-alimentation touche plus de 20 % des habitants. L’insécurité alimentaire affecte 35 % des ménages ruraux. Et le taux de personnes insuffisamment nourries monte à 68 % dans le sud du pays.

Un diplomate européen pour qui l’UE et Washington ont fait "fausse route" constate que les sanctions de l’UE telles qu’elles ont été appliquées n’ont pas été adaptées à la situation malgache : « On aurait mieux fait d’adopter des sanctions ciblées, comme au Zimbabwe, contre les dirigeants ». Les suspensions d'aide ont frappé les plus pauvres tandis que les politiciens ont échappé à des sanctions ciblées (comme les traditionnels gel des avoirs ou interdiction de visa) et continuent à rouler tranquillement en 4 x 4.

Mais les bailleurs de fonds ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Les politiciens du camp présidentiel qui ont poussé des bandes de jeunes en 2009 à incendier et piller les supermarchés Magro appartenant à Marc Ravalomanana ou qui ont fait fermer son usine de yaourt d’Antsirabe ont détruit des milliers d’emplois.

Selon Thierry Rajaona, qui dirige le bureau de conseil en stratégie FTHM, c’est le secteur du bâtiment et des travaux publics qui a le plus souffert de la crise, en raison de l’arrêt des financements européens Des sociétés comme Colas ont vu fondre leur chiffre d’affaires comme neige au soleil. Le textile a subi un choc terrible, du fait de l’exclusion de Madagascar du bénéfice de l’African Growth Opportunity Act (AGOA) qui octroyaient aux produits de la confection malgache des avantages tarifaires à la frontière américaine. Du coup, 50 000 emplois ont disparu en quelques mois à Antsirabé et Antananarivo dans les sociétés à capitaux chinois ou mauriciens.

Le troisième secteur à avoir beaucoup souffert est le secteur agricole et en particulier l’agriculture vivrière. On a connu une vraie révolution verte du temps de Ravalomanana, en termes de diffusion de nouvelles techniques rizicoles introduites par le père jésuite Henri de Laulanié qui consistait à espacer davantage les pieds de riz dans des rizières qui nécessitaient moins d’eau mais un sarclage assez soutenu, raconte Thierry Rajaona. Ils dégageaient des rendements trois à quatre fois supérieurs aux rendements antérieurs. On est même parvenu à doubler la production de 2,5 à 5 millions de tonnes en 2009 et à l’époque, la pauvreté urbaine avait considérablement diminué entre 2002 et 2009. Mais après 2009, faute de subventions, on a assisté à un recul de la production.

Aujourd’hui, le pays importe 200 000 tonnes de riz dont le dixième sous forme de dons du Programme alimentaire mondial (PAM) qui est effectue des distributions de repas dans les écoles des quartiers pauvres d’Antananarivo et chez les tuberculeux, mais aussi au sud du pays, explique Willem Van Milink Paz, représentant du PAM à Madagascar, qui évoque une situation critique : le pays connaît deux récoltes par an qui permette plus ou moins aux paysans de subsister huit mois par an mais le reste du temps, il leur faut chercher du travail.

Comme on le constate le long des routes vers Antsirabe sur les hauts plateaux ou vers Tamatave sur la côte, les paysans de la Grande Île produisent tout de sorte de denrées, des carottes, des haricots, du manioc et des patates douces. Il y a même des excédents mais ceux qui ont faim n’ont pas les moyens de les acheter. L’un des drames, explique Van Milink est qu’à Madagascar, il y a peu de donateurs. Ce pays, bien qu’affecté par les cyclones (45 en 36 ans) et, dans le sud, par les sauterelles, n’est pas sur leur carte.

Le manque d’investissement et l’insécurité générés par la crise a aussi affecté la production de vanille, tombée de 2 000 tonnes en 2009 à quelque 1 000 tonnes l’an dernier. Le secteur de la pêche (11% de la valeur des exportations) a subi un revers en raison du syndrome viral White Spot qui a affecté des élevages de crevettes. Le dernier secteur qui a été durement touché depuis 2009 mais qui s’est redressé, entretemps, c’est le tourisme. En 2008, on avait compté 375 000 visiteurs c’était le record. En 2009, avec la crise, on a dû redescendre à deux fois moins. En 2011, le chiffre a remonté à 225 000 entrées contre 196 000 en 2010.

 

… Mais un grand potentiel

 

Et pourtant, en définitive, se réjouit Thierry Rajaona, l’économie malgache a su montrer une certaine résilience. Malgré une baisse de 50% de l’aide, le PIB a augmenté de 0,6% en 2011, même si le PIB par habitant a diminué (-2,3%). En grande partie, la tendance est due grâce aux projets miniers comme le projet Ambatovy de mine de nickel et de cobalt à Tamatave qui représente un investissement total de 6,4 milliards de dollars. La construction de l’usine est terminée. L’entreprise dont les actionnaires sont canadiens, coréens et japonais envisage de démarrer la production commerciale à la fin de l’année au rythme de 60 000 tonnes de nickel, 5 600 t de cobalt et 210 000 t de sulfate d’ammonium. Son entrée en exploitation devrait avoir à terme des répercussions importantes pour l’économie nationale. Selon la direction, la société va payer chaque année une centaine de millions de dollars de taxes et royalties à l’État malgache, devenant ainsi le plus gros contribuable privé. Ambatovy sera aussi le plus employeur privé du pays en procurant 2 500 emplois directs et 3 500 pour ses sous-contractants.

De son côté, Tinto espère atteindre dans trois ans un rythme de croisière de 750 000 tonnes pour sa production d’ilménite dans la région de Fort Dauphin au sud du pays mais ce n’est qu’en 2015 que l’entreprise pourra enfin engranger des bénéfices dans ce projet qui lui a déjà coûté $ 935 mns, dont 256 mns pour la construction du port en eau profonde d’Ehoala.

En revanche, le projet d’exploitation de la mine de bauxite de Manantenina, au sud-est de l’Ile dont les réserves sont estimées à 100 millions de tonnes qui a fait l’objet d’une étude de préfaisabilité lancée par Rio Tinto avec Alcan en 2008 avant la crise financière, ne figure plus parmi les priorités actuelles du groupe. Cela tient au fait que le gisement est classé comme étant de deuxième catégorie.

À plus longue échéance, à l’horizon 2019, Madagascar pourrait devenir un pays producteur de pétrole. La compagnie Madagascar oil, dont le chef des opérations Mark Field Weller, est un ancien de Texaco et de Getty Oil, semble bien placée pour devenir la première compagnie à produire de l’or noir dans le pays à cette date, à hauteur de 150 000 barils/jour provenant de son permis onshore de Tsimiroro selon sa directrice adjointe Emma Ralijohn. Mais il faudra encore investir un milliard de dollars durant la phase de développement prévue pour la période 2014-2019.

Mais un des grands défis qui se posent à ce pays est d’instaurer la transparence dans ce secteur des industries extractives. Madagascar Oil a rejoint l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) dont l’un des objectifs est de combattre la corruption en faisant en sorte que les déclarations de montants versés par les compagnies au Trésor public coïncident avec les montants effectivement perçus par l’État. Mais toutes les compagnies minières ou pétrolières qui envisagent de démarrer une activité à Madagascar n’ont pas encore suivi cet exemple. Une autre anomalie qui reflète tout à fait la crise institutionnelle est le fait que le ministre des Hydrocarbures. Marcel Bernard n’a pas encore la tutelle sur l’entreprise qui gère l’attribution des permis pétroliers et les participations de l’État dans le secteur, l’Office des mines nationales et des industries stratégiques (OMNIS). Bien qu’ayant reçu l’ordre du Premier ministre de rendre compte à Marcel Bernard, le directeur général de l’OMNIS Bonaventure Rasoanaivo refuse d’obtempérer et prétend n’obéir qu’au Président de la transition, Andry Rajoelina. Le tout naturellement soulève des suspicions de versements de pots de vins.

Une autre conséquence négative de la crise est qu’elle ralentit l’arrivée à maturité des projets, dans la mesure où la feuille de route de la transition signée par la plupart des mouvances politiques interdit au gouvernement de consensus d’accorder de nouveaux permis miniers ou pétroliers. Du coup, les progrès enregistrés en matière d’exploration et de découverte sont faibles. Malgré tout, RI a eu vent de forages effectués par la société chinoise Madagascar Energy International Ltd (MEIL) à Vatolatsaka au sud-ouest du pays sur le bloc 3112, opéré par "Madagascar Southern Petroleum Company" (MSPL) qui appartient au groupe Sunpecn également chinois. Selon l’OMNIS, la Yanchang Petroleum Corporation (Yapec) et MEIL ont également fait plusieurs forages sur le bloc adjacent (3113) depuis 2010.

Le pays compte beaucoup d’atouts, une économie diversifiée et un savoir-faire inégalé dans beaucoup de pays d’Afrique sub-saharienne, avec des produits finis comme du foie gras, des huiles essentielles, du vin, du rhum et des pierres précieuses taillées et polies outre la fabrication d’objets en soie naturelle faits à la main. Mais comme l’explique Ando Rakotomalala, neveu du patron de la coopérative éponyme qui fabrique des écharpes de soie, l’instabilité politique avec une crise en moyenne tous les sept ans et le fait que les problèmes fonciers ne soient pas réglés, gênent l’expansion des PME qui comptent en outre des difficultés d’accès au crédit. Un des drames est que l’État ne recouvre pas les taxes sur les produits exportés, contribuant à sa propre désagrégation dans un climat où se développent quantité de trafics de façon anarchique.

François Misser