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août 2012 

 

ETHIOPIE

 

Pas d’éclatement à craindre à court terme

 

 

Les Cassandre risquent d’avoir tort. D’aucuns avaient prédit une succession difficile au tout puissant Premier ministre Meles Zenawi, le 20 août. Mais les divisions au sein du parti au pouvoir, ont été surmontées sans trop de difficultés, lors de la réunion du conseil du parti au pouvoir, l’Ethiopian People’s Revolutionary Democratic Front (EPRDF)

 

En effet, le successeur désigné, Hailemariam Desalegn, 47 ans, a été élu par une majorité des 180 membres du Conseil de l’EPRDF face au candidat amharique Demeke Mekonnen, bénéficiant des voix du  Southern Ethiopian People’s Democratic Movement (SEPDM) dont il est issu, du Tigray People Liberation Front de Meles et de l’Oromo People’s Democratic Organisation (OPDO). Ce technocrate, ingénieur hydraulique, ancien doyen du Water Technology Institute d’Arbamich, n’est pas un vétéran de la lutte armée, comme son prédécesseur. Il est entré en politique en 1991 après la chute de la dictature du Derg du colonel Mengistu Haile Mariam. On lui reconnait toutefois la qualité d’avoir su maintenir l’équilibre entre les 56 groupes ethniques de l’État du Sud.

 

Mais il ne faut pas s’y tromper. Hailemariam Desalegn, a été proche de Meles Zenawi. Il est devenu en 2005 son conseiller spécial des affaires sociales puis de la propagande. Il a joué un rôle non négligeable dans la restructuration de l’EPRDF. Il a dirigé le groupe parlementaire du parti après 2008, avant de devenir vice-président du parti et vice-premier ministre en 2010.

 

Sa désignation vise à désamorcer les critiques selon lesquelles les Tigréens du TPLF accapareraient l’appareil d’État et qui ne sont que partiellement fondées. Le pouvoir est certes encore concentré dans les mains de l’élite du Tigray, qui ne représente que 6 % de la population. Mais cette hégémonie tend à se diluer. Aujourd’hui, on ne compterait que 18 % de Tigréens dans l’armée contre 30 % d’Amhariques et 2 5% d’Oromos. La désignation de Hailemariam Desalegn montre que le TPFL lui-même comprend la nécessité d’intégrer un minimum les autres groupes ethniques dans l’exercice du pouvoir.

 

Atténuation des tentations séparatrices

 

Il y a bien, au sein des communautés oromo et ogadeni, de fortes tentations séparatistes. Le président du "Front de libération de l’Oromo" (FLO), le général Kamal Galchu, fait partie des intransigeants. Il a salué le 21 mars la mort du "tyran" Meles Zenawi comme « une bonne nouvelle » avant de lancer un appel au soulèvement pour démanteler le « régime minoritaire », « au bord de l’effondrement ».

 

Mais le général prend ses rêves pour la réalité. Au sein de cette même nation oromo, la plus nombreuse du pays (environ 36 % de la population), le point de vue du FLO, qui tient un discours radical - mais qui n’a pas été en mesure de mener d’opérations de guérilla sur le terrain depuis 2002 - est loin d’être hégémonique. C’est ainsi que le "Forum du dialogue oromo", plus modéré, adopte plutôt la politique de la main tendue. Le 22 août dernier, depuis Washington, il a lancé un appel à la tenue d’une convention nationale à laquelle participeraient tous les partis, y compris la coalition au pouvoir de l’EPRDF. L’idée est de préparer l’avenir sans trop de secousses, après le règne sans partage de Meles, loué comme un politicien habile sur la scène internationale, mais critiqué pour sa responsabilité dans des violations massives des droits de l’homme et pour avoir entrainée l’armée éthiopienne dans le bourbier somalien.

 

Pour le Forum oromo, la crise politique en Éthiopie trouve son origine dans l’absence de légitimité du pouvoir. Cependant, il veut briser le cercle vicieux de la violence par des accords négociés. « Il ne peut y avoir de solutions unilatérales, militaires ou civiles, à nos problèmes politiques, qu’elles émanent de l’opposition ou du gouvernement » conclut sagement la déclaration du Forum oromo.

 

Même les opposants de l’All Ethiopian Socialist Movement considèrent infondées les spéculations sur l’éclatement imminent du pays. Selon eux, l’EPRDF est un groupe bien structuré. Il n’y aura ni instabilité ni chaos. Après la répression féroce de l’opposition qui protestait contre la fraude électorale aux élections législatives de 2005 (une répression dont le bilan a été de 200 morts et de milliers d’arrestations à Addis), l’opposition a été muselée, à telle enseigne que l’EPRDF a remporté le scrutin suivant avec des scores "nord-coréens".

 

L’EPRDF a aussi tiré des leçons du passé, accentuant son implantation, positionnant ses cadres de manière à influencer la vie des gens, en octroyant, ou non, des parcelles de terrain aux paysans par exemple, ou des micro-crédits aux jeunes entrepreneurs. Bref, il crée sa clientèle, au moment où la pays va pouvoir disposer de richesses accrues.

François Misser