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Février 2012 

  AMERIQUE LATINE

  

 Les chiffres de la violence criminelle

 Le parallèle avec l'Afrique du Sud

 Des cartels encore plus violents au Mexique

 

 Une ONG mexicaine spécialisée dans les questions de violence et société, "Seguridad, Justicia y Paz", vient de faire connaître son classement mondial des 50 villes les plus violentes durant l’année 2011. Son étude porte sur les villes de plus de 300 000 habitants, ayant les données statistiques accessibles en ligne (à la fois les sources officielles nationales et internationales, auxquelles s'ajoutent les articles de la presse locale en ligne). Elle se base sur les taux les plus élevées d’homicides causés par la violence criminelle, excluant les actes de guerre. Le taux de criminalité est calculé sur la base de 100 000 habitants.

 

Le trio de tête est dominé par l'Amérique latine, avec San Pedro Sula (Honduras), Ciudad Juarez (Mexico), et Maceio (Bresil). La capitale vénézuélienne Caracas occupe la 6eme place avec un taux de 96,71. La Colombie est représentée par Cali, à la 11eme place (77,90), Medellin, à la 14eme (70,32), Cúcuta, à la 23eme (56,08), Pereira, à la 35eme (46,14) et Barranquilla, à la 42eme (35,86).

 

L’Afrique du Sud est le seul pays à être représenté par 4 villes, en dehors de la zone Amériques-Amérique latine-Caraïbes. La ville du Cap est la plus violente d’Afrique du Sud, la première de ce pays à apparaître hors de la zone Amérique latine/Caraïbes, et se situe à la 34eme place, avec un taux d’homicide de 46,15 pour 100 000 habitants. Port Elizabeth – Nelson Mandela Bay est à la 41eme place avec un taux de 36,25, tandis que Durban et Johannesburg terminent la liste, respectivement aux 49eme et 50eme places, avec des taux de 30,54 et 30,50.

 

Encore plus intéressant : le même rapport fait le classement mondial pour 2011 des entités sous-nationales de plus de 500 000 habitants les plus violentes (états fédérés, départements et autres dénominations désignant les entités politico-administratives immédiatement en dessous de l’Etat national).

 

Dans ce classement, l’Afrique du Sud est le seul pays hors de la zone Amérique latine/Caraïbes (les Etats-Unis n’apparaissent pas dans ces statistiques-la) à être  représenté : région du Cap, 14eme (71, 03), Nord-Ouest, 23eme (47,03), Cap Oriental, 24eme (46,66), l’Etat libre d’Orange, 40eme (34,90), et le KwaZulu-Natal, 41eme (34,65).   

 

La Colombie est, elle aussi, largement représentée avec 9 de ses 32 régions échelonnées de la 26eme place pour Antioquia (région de Medellin) a la 50eme et dernière pour le Huila.

 

La partie méthodologique de l'étude explique qu’il s’agit de deux classements qui rendent compte de situations graves pour les habitants des pays concernés, même si la réalité du phénomène est, en fait, sous-représentée comme c’est le cas, notamment, pour le Mexique, malgré des chiffres officiels déjà très alarmants.

 

En ce qui concerne l’Afrique du Sud, les deux classements se basent sur les statistiques officielles de la police, tout en indiquant que les données accessibles vont d’avril 2010 à mars 2011 et qu’aucun chiffre n’est indiqué au-delà de cette date. Le rapport signale que les données démographiques proviennent du site gouvernemental Statistics South Africa.

 

La place de l’Afrique du Sud dans les deux classements bat en brèche les discours politiques, notamment dans les rangs du parti d’opposition du DA (Alliance démocratique) sur la ville du Cap et sa région comme étant plus "sûres" que le reste du pays.

 

Quant à la prépondérance de la violence criminelle en Amérique latine, elle est résumée dans ce paragraphe qui présente le rapport sur le site de l’organisation : « Cinq des 10 villes les plus violentes au monde sont mexicaines. 45 des 50 villes les plus violentes se situent sur le continent américain et 40 en Amérique latine. La juridiction sous-nationale la plus violente au monde revient au Honduras et 3 des 10 juridictions sous-nationales les plus violentes sont honduriennes.  19 des 50 juridictions sous-nationales les plus violentes au monde se trouvent au Mexique et en Amérique centrale. Au Mexique, les chiffres sont "rendus plus rassurants" pour faire croire à une baisse de la violence ».

 

Or il n'en est rien, selon une analyse récente du groupe français de sécurité GEOS. Au contraire, la violence devrait encore  pendre plus d'ampleur au Mexique, car le cartel des Zetas est en train de supplanter le cartel du Sinaloa, traditionnellement considéré comme l’organisation la plus puissante du pays.

 

Le cas des Zetas mexicains

 

Le renforcement de la lutte contre le cartel de Sinaloa a, en effet, eu pour corollaire un affaiblissement de ses capacités opérationnelles au profit des Zetas. Ces derniers sont actuellement présents dans 21 Etats mexicains parmi lesquels Zacatecas, Veracruz, Nuevo León, Durango ou encore Colima, et opèrent dans d’autres régions par le bais des alliances conclues avec la Familia Michoacana, le cartel du Pacifique Sud et La Resistencia. En outre, ils ont le monopole des activités criminelles dans les Etats d’Hidalgo, Campeche, Puebla, San Luis Potosí et du Yucatán.

 

Or l'extrême violence qui caractérise le groupe des Zetas fait craindre une recrudescence des agressions à l’encontre de la société civile. Créés en 1994 et dirigés par d'anciens militaires d'unités d'élite de l'armée mexicaine, les Zetas travaillaient comme tueurs à gage pour le cartel du Golfe. Ils ont ensuite pris leur autonomie pour se retourner contre leur allié en 2010, et devenir une organisation criminelle structurée.

 

Considéré comme l’un des cartels les plus sophistiqués du pays, le groupe des Zetas a, en quelques années, accru sa domination sur l’ensemble du territoire et diversifié ses activités criminelles – trafic de drogue, d’armes et de personnes, séquestration, assassinat, prostitution, extorsion – en raison, principalement, de la nature de la politique menée par Felipe Calderón depuis 2006.

 

En effet, le président mexicain accorde la priorité aux offensives militaires contre la narco-criminalité (opérations de sécurité, démantèlements de cellules, arrestations) . De ce fait, les Zetas ont diversifié leurs activités criminelles. Ils ont également étendu leur influence en Amérique centrale en développant des Clikas et en travaillant avec les maras.

 

Dirigés par Heriberto Lazcano dit "El Lazca", les Zetas constituent (toujours selon GEOS) l’une des principales menaces pour la sécurité nationale du Mexique ; contrairement au cartel de Sinaloa – qui a principalement recours à la corruption des fonctionnaires – ils usent d’un mode opératoire beaucoup plus brutal, basé sur la peur, l’intimidation et la violence. Ils s’attaquent directement à la population civile, en extorquant les commerçants, tuant les journalistes et internautes, en recrutant de force des éléments ou encore en exposant les corps des membres de groupes rivaux en pleine rue, en signe d’avertissement envers les policiers et civils.

 

Aussi, dans les prochains mois, les affrontements et règlements de compte devraient se multiplier, principalement dans les Etats de Durango, Jalisco et Sinaloa, territoires traditionnellement dominés par le cartel de Sinaloa, mais où les Zetas tentent de prendre le contrôle des places stratégiques du trafic de drogue.

 

En outre, alors que la lutte contre le crime organisé et les cartels mexicains s’érige comme l’un des thèmes phares des élections de 2012, la polarisation des cartels et le renforcement des Zetas sur la scène nationale pourraient influer sur les résultats. En effet, le "Parti Révolutionnaire Institutionnel" (PRI) – au pouvoir pendant 71 ans et traditionnellement accusé de corruption – avait établi des accords avec les narcotrafiquants, permettant de contenir les actes criminels. Or, depuis l’arrivée au pouvoir de Felipe Calderón en 2006, le Mexique a évolué dans un contexte de violence généralisée qui va en s’intensifiant. Enrique Pena Nieto, candidat du PRI, pourrait, selon GEOS, tirer avantage de cette situation dégradée pour conserver son avance dans les sondages.

 

Quant aux Zetas, ils devraient vraisemblablement tenter d’exercer une pression sur les électeurs et les candidats, afin de se positionner pour les futures élections présidentielles et législatives de juillet 2012.