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avril 2012 

 

AMERIQUE LATINE

 

 Le tournant du sommet des Amériques

 Une autre approche de la lutte anti-drogue

Un autre regard sur Cuba

 

 

"Le fait qu’il n’y ait pas eu de déclaration finale n’est pas en soit un échec" : le président colombien Juan Manuel Santos, hôte du 6eme sommet des Amériques qui s’est déroulé ces 14 et 15 avril à Carthagène, a tenu à relativiser en ces termes les différences, pour le moment irréconciliables, entre d’une part, les pays d’Amérique latine, et d’autre part, les Etats-Unis et le Canada, sur les 3 sujets cruciaux pour la région que sont Cuba, l’échec de la lutte anti-drogue et le besoin de nouvelles stratégies,  ainsi que le conflit entre L’Argentine et le Royaume Uni pour la souveraineté des îles Malouines.

 

La montagne a-t-elle accouche d’une souris ? Ou y a-t-il eu un tournant important, dans les coulisses d’un sommet dont la séance plénière s’est tenue à huis-clos, les médias n’ayant pas eu le droit d’y assister ?

 

A l’heure de la conclusion du sommet, il existe bel et bien, ce qui est nouveau, un consensus entre tous les gouvernements américains pour "explorer de nouveaux angles d’approches" de la lutte anti-drogue. C’est à l’OEA, organisation des Etats américains,  que reviendra la tâche de faire le point sur les résultats de plusieurs décennies de stratégies prohibitionnistes et militaires menée à l’initiative des Etats-Unis, et d’envisager d’autres approches possibles.

 

Tant sur la question de la guerre anti-drogue que sur celle de Cuba, les positions du président Obama demeurent inchangées – en pleine année électorale, le contraire eut été étonnant.

 

Toutefois il faut souligner que, pour la première fois, la lutte anti-drogue menée depuis 1971 par les Etats-Unis est ouvertement remise en cause tant par des chefs d’Etats de gouvernement de gauche que par leurs homologues les plus à droite – dont le président guatémaltèque Otto Perez Molina, notamment à l’occasion d’une interview accordée au quotidien britannique The Guardian.

 

Avant même la tenue du sommet,  le président Santos avait préparé le terrain en déclarant dès le 9 avril : "Il faut retirer à ce sujet son contenu politique sensible et débattre d’autres scenarios pour voir s’il existe de meilleurs alternatives". Lors de la cérémonie d’ouverture samedi 14,  Santos a rappelé la nécessité d’un débat "profond, sans préjugés ni dogmatisme", tout en anticipant le refus de changement de la part des Etats-Unis : "ce sommet ne va pas résoudre ce sujet mais il pourrait marquer le commencement de discussions que nous remettons à plus tard depuis trop longtemps". Ces propos marquent une rupture d’autant plus intéressante que Santos a particulièrement bénéficié de la militarisation de la lutte anti-drogue du Plan Colombia lors de son passage au ministère de la défense colombien durant l’administration de son prédécesseur, Alvaro Uribe.

 

Dans un contexte où l’Amérique latine, tous bords politiques confondus, soulève la nécessité de changer de stratégie de lutte anti-drogue et de commencer à envisager la question de la légalisation, réglementation et taxation des drogues, d’autres propos de chefs d’état ont rappelé l’urgence qu’il y a à change de cap. Ainsi, le président péruvien Ollanta Humala a révélé que son homologue mexicain Calderon lui avait confié que le pouvoir "narco" était en train de supplanter l’Etat notamment en matière de collecte d’impôts.

 

Sur la question cubaine aussi, le président Santos tenu des propos volontaristes en déclarant lors de la cérémonie d’ouverture que "la tenue d’un autre sommet des Amériques sans la présence de Cuba serait tout simplement inacceptable". C’est d’ailleurs pour protester contre l’absence de Cuba à ce sommet dans le contexte de 50 ans d’embargo américain,  que le président équatorien Corréa n’était pas présent – l’autre absent étant le nicaraguayen Daniel Ortega. Le président vénézuélien Hugo Chavez ne s’est pas rendu au sommet du fait de ses problèmes de santé et des traitements anticancéreux qu’il reçoit, précisément, à Cuba.

 

Toutefois, les président Santos et Obama ont multiplié les signes d’une consolidation des rapports de confiance entre leurs deux pays : pour la première fois un président américain a passé deux nuits en Colombie. Il faut rappeler que le Traité de libre commerce entre les Etats Unis et la Colombie va rentrer en vigueur le 15 mai prochain.

 

Selon diverses personnalités des milieux d’affaires colombiens, la partie économique de ce  6eme sommet des Amériques a été un succès. Dans ce domaine aussi, la volonté de donner des bases plus équitables aux échanges entre les USA et l’Amérique latine a été clairement exprimée. Selon le quotidien économique colombien La Republica, le banquier colombien Luis Carlos Sarmiento Gutierrez  a fait siennes les vues que la présidente brésilienne Dilma Roussef a exprimées  au président Obama, à savoir : "il ne peut pas  y avoir de partenaires traites de façon inférieure les uns par rapport aux autres".