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et dans les pays de l'Est
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12 décembre 2012 

 

 

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

 

Le calendrier des défis politique en 2013

 

 

Continent en pleine mutation et en forte croissance économique, l’Afrique va être confrontée, en 2013, à une série d'épreuves politiques. Les défis seront d'autant plus difficiles à relever que les enjeux s'entremêlent. Comment régler la crise malienne alors que les autres pays de la CEDEAO sont, eux aussi, soumis à des tensions symétriques, qu'il s'agisse du voisin mauritanien ou des deux pays phares de la région, Côte d'Ivoire et surtout Nigeria ? Comment éviter que l'instabilité chronique en Somalie vienne s'immiscer dans les élections kenyanes ? Comment limiter la contagion entre le Zimbabwe et l'Afrique du Sud ?

 

A contrario, une bonne gestion de ces conflits issus de plusieurs strates de vieilles querelles historiques pourrait déboucher sur des améliorations notables, telles qu'on commence à les percevoir en Côte d'Ivoire, au Niger et au Nigéria.

 

 

Afrique de l'Ouest

 

A l’Ouest, tous les regards sont braqués sur le Mali. Là, l’intérêt principal réside moins dans la perspective d’élections présidentielle, législatives et locales dans la zone gouvernementale, au Sud du pays, en 2013, prônées par le sous-secrétaire d’État américain pour l’Afrique, Johnie Carson, que dans l’intervention militaire pour débarrasser le Nord de l’emprise des salafistes d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et du Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), alors que les Touareg du "Mouvement national de libération de l’Azawad" et d’Ansar Eddine ont commencé à dialoguer avec le gouvernement de Bamako.

 

Mais il est fort peu probable que l’intervention se fasse dès le premier trimestre 2013, comme l’a souhaité lors de son passage à Paris, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, le président en exercice de la "Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest" (CEDEAO), le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara. En effet, les militaires putschistes maliens veulent mener eux-mêmes le combat, alors que leur formation, leur organisation et leur équipement sont notoirement insuffisants. Or, pour l’émissaire des Nations Unies pour le Sahel, Romano Prodi, dont le point de vue se fonde sur celui de l’unanimité des experts, il ne sera pas possible de mener une telle opération avant septembre 2013.

 

De source diplomatique française, on sait qu'il faudra en effet compter six mois pour la formation, par 250 instructeurs européens, de quatre bataillons de l’armée malienne, soit de 2 600 hommes, et pour préparer les 3 300 soldats des pays de la CEDEO et du Tchad qui interviendront ainsi pour rassembler l'ensemble des troupes. Entretemps, Romano Prodi veut espérer que place sera faite à la négociation.

 

La tâche est difficile d’autant plus que les djidhadistes nigérians de Boko Haram commencent à affluer au Mali. Ces groupes qui terrorisent la population du Nord et du Centre du Nigeria, à commencer par les chrétiens, représentent eux aussi un défi considérable, malgré les déclarations optimistes des officiels nigérians qui prétendent être capables de régler le problème en quelques mois. Rien n’est moins sûr, d’autant que des dirigeants politiques musulmans du Nord ont commencé à sceller des alliances avec Boko Haram. Et la menace brandie par le procureur de la Cour pénale internationale d’ouvrir le procès des activistes de Boko Haram et de la mouvance d’Al Qaida, au Mali, ne contribuera probablement pas à calmer les esprits.  

 

En Mauritanie, autre pays menacé par les salafistes, des élections législatives et sénatoriales, reportées depuis 2012, sont en principe prévues, mais aucune date n’est avancée. Le pays peine à trouver la stabilité, après l’absence prolongée du chef de l’État, Mohamed Abdelaziz, blessé "par erreur" par des tirs de militaires le 13 octobre dernier et rentré dans son pays le 24 novembre. Du coup, l’espoir de la "transition consensuelle" réclamée par l’opposition marque le pas.

 

Au cours de cette année 2013, des élections sont aussi prévues au Togo vers le mois de mars et en Guinée-Conakry, à une date encore à définir. Les défis respectifs sont de mettre un terme à l’autocratie du clan Eyadéma au Togo et de tenir, en Guinée-Conakry, un scrutin qui ne soit plus contesté, comme l'ont été les précédents.

 

En Côte d’Ivoire, où se tiendront des élections locales le 24 février, l’actualité sera surtout judiciaire avec l’annonce en novembre par la Cour pénale internationale d’un mandat d’arrêt contre l’épouse de l’ex-Président Laurent Gbagbo, Simone, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Le procès de l’ancien chef d’État, déclarer apte à suivre les auditions, devrait pouvoir démarrer en 2013.

 

Afrique de l'Est et Corne de l'Afrique

 

Le 4 mars 2013, toute l’Afrique aura les yeux rivés sur le Kenya, où se tiendront simultanément des élections présidentielles, législatives et locales. La crainte est que se reproduisent les violences consécutives au scrutin de 2007, qui firent 1 300 morts. Le premier ministre, Raila Odinga, part favori car la Constitution ne permet pas à son rival d’il y a cinq ans, l’actuel président Mwai Kibaki, de briguer un troisième mandat. En théorie, le recensement biométrique des électeurs devrait éviter la fraude. Mais de nouvelles violences sont apparues en novembre 2012 entre éleveurs turkanas et membres de l’ethnie samburu.

 

Un nouvel engrenage de la violence est possible en raison de l’engagement de l’armée kenyane en Somalie qui a suscité des vocations djihadistes, illustrées par un attentat contre un bus, à Nairobi, qui a fait neuf morts le 10 novembre 2012 et qui a été suivi de pogroms anti-somaliens, dont certaines victimes ont été des Kenyans d’ethnie somali. En revanche, les élections du Somaliland, État non reconnu, devraient se dérouler dans le calme en mai prochain.

 

Ailleurs dans la région, une grande incertitude pèse sur la capacité de Djibouti à organiser le 22 février les législatives dans le calme. Après l’humiliation infligée par les maquisards du "Front pour la restauration de l’unité et la démocratie", qui ont attaqué, le 9 novembre, une résidence du président Ismaïl Omar Guelleh, protégée par la garde républicaine, au Nord du pays, la faiblesse du dispositif présidentiel est patent.

 

Afrique centrale

 

En Afrique centrale, la principale inconnue réside dans la capacité du Congo-Kinshasa à retrouver la stabilité après la prise de la ville de Goma, le 20 novembre 2012, par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda et l’Ouganda. Malgré le repli des rebelles début décembre - néanmoins restés à l’aéroport - et le démarrage de discussions avec le gouvernement à Kampala, le 7 décembre, plusieurs scénarios sont possibles. En cas d’accord, un partage du pouvoir (qui serait considéré comme une capitulation) risque de rendre le président Joseph Kabila encore plus impopulaire. En cas de désaccord, en revanche, et vu l’état de l’armée congolaise, une victoire militaire du M23 et la perte de plusieurs provinces n’est pas à exclure. Un statu quo ou un enlisement font partie des autres hypothèses, ainsi qu’un putsch militaire à Kinshasa de la part des militaires mécontents d’avoir subi une défaite, alors qu’ils ont sentiment d’avoir été abandonnés par le gouvernement.

 

Dans cette affaire, on a le sentiment, à Kinshasa, que le gouvernement - devenu très impopulaire - joue sa survie, même si, lors de son sommet du 9 décembre, à Dar es Salam, la Communauté pour le développement de l’Afrique Australe (SADC) a annoncé le déploiement d’une force internationale neutre de 4 000 soldats, dont un millier de Tanzaniens. Les détails de ce déploiement et le mandat doivent encore être réglés. Mais, même si cette perspective offre un peu de répit à Kinshasa, elle ne va pas régler le problème fondamental d’absence d’armée en état de marche au Congo. Du fait de cette crise qui a grevé le budget national sans résultat, le calendrier électoral, qui prévoyait des élections provinciales le 25 février et des élections sénatoriales le 5 juin, risque d’être reporté sine die.

 

Des élections législatives sont également prévues dans trois pays, le Cameroun, le Rwanda et la Guinée Équatoriale. Mais, à des degrés divers, l’absence marge de manœuvre laissée à l’opposition semble mettre à l’abri les régimes en place contre toute surprise.

 

Afrique Australe

 

Des élections à risque sont au programme de l'Afrique Australe en 2013. Au Zimbabwe, le président Robert Mugabe veut tenir des législatives en mars 2013 et, auparavant, un référendum constitutionnel. Cela fait craindre une répétition des violences de 2008, entre son parti et celui de son challenger, le premier ministre, Morgan Tsvangirai. Et l’on peut s’attendre à un festival de populisme de la part de la ZANU-PF qui, en décembre 2012, a insisté sur la nécessité de forcer toutes les sociétés étrangères à céder la majorité de leur capital aux citoyens zimbabwéens, au risque de faire fuir les investisseurs.

 

A Madagascar, l’incertitude prévaut à propos de la présidentielle dont le premier tour est programmé pour le 8 mai. En effet, la tension demeure très forte entre le président de la Haute autorité de transition, Andry Rajoelina et son rival, l’ancien président Marc Ravalomanana, exilé en Afrique du Sud, qui n’a toujours pas pu rentrer dans son pays. Selon des observateurs malgaches et expatriés, une fraude massive serait en préparation. Bien qu’il fasse campagne, Andry Rajoelina n’est pas si pressé d’aller aux urnes. Selon le politologue Juvence Ramasy de l’Université de Toamasina, l’élection risque d’être reportée.

 

Enfin, en Afrique du Sud, le président Jacob Zuma, reconduit à la tête du Congrès national africain lors de la 52ème conférence nationale qui s’est tenue du 16 au 20 décembre, va passer une bonne partie de 2013 à faire campagne pour les élections de 2014. Mais la partie s’annonce difficile en raison du mécontentement des ouvriers agricoles, des mineurs et des habitants des townships, déçus par un régime qui emploie la force brutale pour réprimer la contestation et l’indignation face à des dirigeants considérés comme ayant trahi la cause populaire. Son principal défi sera de contenir de nouvelles explosions sociales.

 

Ces incertitudes politiques ne doivent cependant pas faire oublier que l'Afrique au Sud du Sahara a réussi, ces dernières années, de belles performances économiques, soutenues, dans plusieurs cas emblématiques, par des alternances politiques réussies.