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 15 juin 2011 

 

 

RWANDA

 

          Le Rwanda deviendra-t-il le poumon électrique des Grands Lacs ?

          Quelle sera la part de la géothermie ?

 

 

Qui a dit que le petit Rwanda n’avait pas de ressources ? Aujourd’hui déficitaire, ce pays pourrait devenir exportateur net de courant électrique à l’horizon 2017 et se transformer en véritable centrale régionale, avec l’ambition d’accroître la capacité installée de 94 MW à plus de 1 000 MW. L’objectif du plan stratégique 2011-2017, d’un montant de $ 4,5 milliards, est également d’accroître le taux d’accès de la population à l'électricité, de 13 % à 50 %, durant ce laps de temps.

 

Mais comment procéder ?

 

Le potentiel le plus important, identifié dans les années 1980 par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) est la géothermie. Il y a un an, sur base d’études géophysiques et géochimiques, la Kenya Electricity Company (KenGen) a identifié le potentiel produit par la vapeur émanant de l’eau chauffée par le magma situé sous le volcan Karisimbi, un potentiel de 300 MW, en se basant sur l’expérience acquise au Kenya, sur le site d’Olkaria, où la Banque européenne d’investissement (BEI) a déjà accordé deux prêts pour le développement de cette centrale.

 

Selon la ministre en charge de l’Energie, Coletha Ruhamya, ingénieur de profession, il serait même réaliste d’envisager à présent un potentiel géothermique de 740 MW. Il y a quelques raisons pour un tel optimisme. Le ministère des Infrastructures a, en effet, identifié récemment d’autres sites, l’un de 200 MW, près de Gisenyi et l’autre de 120 MW, près de Kinigi.

 

Cette ressource devrait être mise en valeur assez rapidement. En mai, 12 ingénieurs rwandais ont suivi une formation en technologie géothermique et en géologie au centre de Nakuru, dispensée par la Geothermal Development Company (GDC) kenyane. Selon nos informations, la Great Wall Drilling Company chinoise serait en pole position pour réaliser les forages. L’objectif (comme cela a été le cas pour le gaz méthane du lac Kivu) est de construire le plus vite possible une centrale pilote, afin de montrer aux investisseurs privés la faisabilité du projet et attirer leurs capitaux. 

 

La stratégie rwandaise prévoit aussi la production d’électricité à partir des gisements de tourbe, à un coût très compétitif (10 cents de dollar/kWh). Au cours de ce second trimestre 2011, deux compagnies indiennes, Punj et Madhivani, ont signé un protocole d’accord pour construire des centrales de 100 MW et 59 MW respectivement. Mais, avant cela, devrait entrer en production, l’an prochain, une centrale de 15 MW dont le promoteur est une joint-venture formée par l’Etat et le Rwandan Investment Group (RIG) créé par le docteur Ivan Twagirashema, qui a fait ses études d’ingénieur en France à Montpellier.

 

La mise en valeur du gaz méthane du lac Kivu, qui nécessite l’application de technologies pionnières et dont le potentiel, côté rwandais, est estimé à 350 MW, pourrait connaître rapidement de nouveaux développement. Après bien des atermoiements, la société américaine Contour Global est parvenu à obtenir l’aval de l’Agence multilatérale de garantie des investissements du Groupe de la Banque Mondiale (MIGA), qui va lui permettre de mobiliser les $ 140 millions nécessaires auprès de la BAD, des Pays-Bas et de l’Emerging Africa Infrastructure Fund pour la première phase (25 MW) de ce projet dont la capacité totale est de 100 MW. Celui-ci devrait être disponible à l’horizon 2014. Dès 2012, 25 MW devraient déjà être fournis à l’Energy, Water and Sanitation Authority

 

Le prochain projet important de centrale alimentée par le gaz méthane du lac Kivu sera l’extension, en quatre ans, de la centrale de KP 1 du gouvernement. Elle passera de 2 MW à 50 MW grâce à la société Israel Africa Energy qui en deviendra l’opérateur avec 60 % des parts, moyennant un investissement de $ 200 mns. Le contrat devrait être signé sous peu selon le directeur de KP 1, Alexis Kabuto.

 

Un troisième projet du même type est l’extension du projet-pilote de 2,4 MW de la Rwanda Energy Company, REC, filiale du RIG, dont les partenaires techniques sont la société française Data Environment, du professeur Michel Halbswachs, pour la plate-forme d’extraction, et la compagnie allemande Global Power Systmes Gmbh qui a construit la plate-forme on shore.

 

Le défi est de parvenir à générer 25 MW d’ici 2013. Des discussions ont commencé avec Technip qui bénéficie de l’ingénierie adéquate, selon les responsables du REC, mais le développement du projet va dépendre en grande partie de la volonté de Paris de soutenir le projet via, soit des prêts, soit des garanties. Or, malgré les efforts de l’ambassadeur de France à Kigali, Laurent Contini, il n’est pas sûr qu’à Paris, on serait très chaud, surtout au Quai d’Orsay.

 

En effet, la nomination d’Alain Juppé au poste de ministre des affaires étrangères a changé la donne. En cause : la citation d’Alain Juppé dans un rapport officiel rwandais sur le rôle de la France durant le génocide de 1994,  en tant que membre du gouvernement Balladur qui avait reconnu le gouvernement intérimaire dont les responsables ont été condamné pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda…  

 

Par ailleurs, plusieurs micro-barrages hydroélectriques, totalisant une capacité de 10 MW, financé par la coopération technique belge et le gouvernement rwandais vont entrer en production cette année. Et d’ici 2013, devrait voir le jour un barrage hydroélectrique de 28 MW sur la rivière Nyabarongo, qui sera construit par les firmes indiennes Bharat Heavey Elecrical et Angelique grâce à un prêt de $ 60 mns de l’Eximbank indienne, qui couvrira 60 % du coût total.

 

Si tout se passe bien, à l’horizon 2016, devrait être achevé le barrage de Ruzizi III dont le tiers de la capacité installée totale, de 145 MW, servira à approvisionner le Rwanda (les autres pays desservis étant le Congo-Kinshasa et le Burundi). A quoi devraient s’ajouter les 100 MW provenant du barrage de Rusumo, qui doit entrer en production en 2017 et qui mettra 60 MW à disposition du Burundi et de la Tanzanie. 

 

En attendant, et pour faire face aux besoins immédiats, notamment ceux du parc industriel de Kigali où vient de s’installer une usine de traitement de ferrailles, le gouvernement va commander une centrale thermique de 20 MW. L’équipement en panneaux solaires des nouvelles constructions (hôtels, hôpitaux et résidences) est également prévu.

 

Le parlement s’apprête aussi à approuver l’adhésion du Rwanda à l’Agence internationale de l’énergie atomique, en vue de permettre l’usage éventuel de l’énergie nucléaire à usage civil, à terme.

 

En définitive, selon les projections gouvernementales, à l’horizon 2017, le pays devrait bénéficier d’une capacité de 1 117 MW, qui représentera le double de la demande nationale, elle-même tirée vers le haut par le triplement du taux d’accès des ménages à l’électricité. La demande de l’industrie minière des pays voisins, Congo et Burundi, est, elle aussi, appelée à croître…