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 22 septembre 2011 

 

 

CONGO RCD (1)

  

         Les élections prévues en fin d'année vont-elles déstabiliser le régime ?

         Ne vont-elles pas être prolongées jusqu'au début 2012 ?

         L'opposition parviendra-t-elle à s'unir ?

 

 

La campagne électorale pour les élections du 28 novembre prochain a démarré dans la violence. Le 1er septembre puis les 5 et 6 septembre, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) du vétéran Etienne Tshisekedi, a été mêlée à des affrontements. Victime de provocations de la part de militants du "Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement" (PPRD, parti du président Joseph Kabila), elle a répliqué sur le même ton.  Bilan : sept véhicules brûlés devant le siège du PPRD, incendie des sièges de l’UDPS et de la radio d’opposition Lisanga, un militant de l’UDPS tué par balles devant le siège de son parti et deux blessés graves. Le tireur serait un « pomba » (nervi) du PPRD.

 

Le 7  septembre, le  gouverneur de Kinshasa André Kimbuta a interdit toutes les manifestations politiques jusqu’au 11 septembre, date de fin du dépôt des candidatures. Mais, depuis, règne un calme précaire. Le sortant, Joseph Kabila, malgré son faible charisme, a des chances de l’emporter, grâce aux divisions de l’opposition. Par contre, il a beaucoup moins de probabilités de réunir une majorité confortable autour de lui. Il risque même d’être, encore une fois, largement minoritaire à l’Ouest du pays, et contraint à des alliances pour former une majorité parlementaire et gouvernementale. 

 

En faisant amender, en janvier, la loi électorale par le parlement, pour faire supprimer le deuxième tour, Joseph Kabila a marqué un point important. Pour l’emporter, il lui suffit d’arriver en tête et non plus de recueillir la moitié des suffrages exprimés, plus une voix. D’autres éléments jouent en faveur de Joseph Kabila. A commencer par le contrôle de l’appareil d’Etat et de ses moyens. Le chef de l’Etat, en campagne depuis plus d’un an, n’a pas perdu une occasion, de se profiler en « chef de chantier ». Même si le gouvernement n’a pas pu répondre à toutes les aspirations des Congolais, notamment des Kinois qui se plaignent des coupures d’électricité, des ponts et des routes ont été construits ou rénovés, au Bas-Congo, au Katanga et même au Nord-Kivu. 

 

Seul candidat à pouvoir présenter un bilan, si incomplet soit-il, Kabila dispose surtout du nerf de la guerre : l’argent, dont la provenance est parfois bien obscure. L’opposition dénonce la cession d’actifs de l’Etat dans les mines d’or de la Province Orientale ou dans celles de cuivre du Katanga, à des conditions suspectes, suggérant des dessous de table.

 

L’atout financier sera d’autant plus décisif que la campagne sera sans doute longue : les élections seront probablement repoussées à  la mi-janvier, car d’importants retards ont été accumulés dans l’acheminement du matériel du scrutin dont une partie se trouve encore au Liban, en Chine, en Allemagne et en Afrique du Sud. Bref, les candidats savent quand démarre la campagne, mais pas quand ils franchiront la ligne d’arrivée. Une course qui va profiter au plus fortuné.

 

Un report du calendrier électoral pourrait aussi contribuer à l’instabilité. Le vétéran Tshisekedi a déjà déclaré qu’il ne reconnaîtrait plus la légitimité de Kabila au-delà de la date anniversaire de son investiture, le 6 décembre 2011. Cela promet d’autant plus de grabuges que l’UDPS se refuse à signer le code de bonne conduite de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

  

Faiblesses de Kabila et divisions de l'opposition

 

Joseph Kabila a ses points faibles : même à l’Est (Province Orientale, Nord-Kivu, Sud-Kivu), des provinces qui ont largement contribué à sa victoire de 2006, il risque de perdre des "plumes" électorales en raison de son incapacité à ramener la paix dans ces régions. Les candidats du crû marquent leur différence : l’ancien ministre de la Décentralisation Antipas Mbusa Nyamwisi du "Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Kisangani", qui a fait défection cette année, et Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée Nationale, leader de "l’Union pour la Nation Congolaise" (UNC). . 

 

L’absence de Jean-Pierre Bemba, rival malheureux de Kabila en 2006, facilite néanmoins la tâche du président sortant. Bemba a bien tenté de se porter candidat, mais la Cour pénale internationale (devant laquelle il comparait pour des accusations de crimes commis en Centrafrique par ses troupes en 2002/2003) a rejeté, le 6 septembre, la demande de libération conditionnelle qu’il avait introduite dans l’espoir d’être autorisé à voyager à Kinshasa pour y déposer sa candidature, alléguant le risque que le président du "Mouvement de libération du Congo" pourrait causer à l’ordre public. De toute façon, avec ou sans Bemba, la division de l’opposition donne de bonnes chances à Kabila.

 

Tshisekedi a en effet torpillé les tentatives de Kamerhe et d’autres opposants de présenter une candidature unique. "Je n’ai pas lutté pendant 30 ans pour laisser ma place à un autre" avait  prévenu le vieux lutteur dès la fin 2010. Pourtant, Kamerhe avait réussi à rallier le MLC, l’Union des forces du changement (UFC) du président du Sénat, l’ex-premier ministre Léon Kengo wa Dondo, ainsi que d’autres partis, à un programme commun de gouvernement. Avec pour grands objectifs, la restauration de la bonne gouvernance, la distribution équitable des richesses et des valeurs comme la tolérance.

 

Imperturbable, Tshisekedi s’est donc inscrit le 5 septembre. Et en définitive neuf autres candidats l’ont imité, dont Kamerhe, mais aussi certains des signataires du "programme commun" comme Léon Kengo et Oscar Kashala. A noter que la liste des candidats (onze au total) comprend également François Nzanga Mobutu. Pour le cas ou…

 

Mais les négociations entre eux continuent et il n’est pas exclu que, le jour du scrutin, des rassemblements s’opèrent. En tout cas, nul ne croit que Tshisekedi, psychorigide, va accepter une autre forme d’alliance qu’un ralliement  inconditionnel à sa candidature. Après un succès de foule début août au Katanga lors du passage de son chef, l’UDPS n’envisage rien d’autre que la victoire.

 

Comme elle n’est pas garantie, la déception prévisible des partisans de "Tshitshi" qui lui vouent un culte de la personnalité sidérant, pourrait être, elle aussi, une source de troubles.

 

François Misser