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 29 novembre 2011 

 

CONGO RDC (3)

  

Les fraudes électorales massives vont-elles déboucher

sur de nouvelles violences ?

 

  

Les violences déplorées avant et pendant le scrutin pourraient se reproduire, voire s’accentuer après la proclamation des résultats prévue pour le 6 décembre par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) présidée par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, un proche de Joseph Kabila.  

 

La campagne a été beaucoup plus violente qu’en 2006. Le 22 novembre dernier, Marius Gangale, député provincial du "Mouvement de libération du Congo" (MLC, opposition) a été exécuté d’une balle dans la tête dans le quartier de Selembao à Kinshasa. Deux jours avant le scrutin, Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale et candidat à la présidentielle a dénoncé une fin de campagne très sombre, déplorant la mort d’au moins 15 personnes, tuées les forces de l’ordre. Le même jour, la Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) a reconnu au moins trois morts suite à des tirs de la Garde républicaine pour disperser une manifestation à Kinshasa.

 

Des dizaines de personnes ont été blessées, certaines à coup de machettes, lors de l’attaque du siège "Parti lumumbiste unifié" (PALU) allié du président sortant Joseph Kabila, par des militants de "l’Union pour la démocratie et le progrès social" (UDPS). La veille, deux personnes avaient trouvé la mort lors d’affrontements entre les militants de ces deux partis. Ce même 27 novembre, la tension a monté au Katanga où l’on signale l’attaque d’un dépôt d’armes situé dans l’enceinte du camp militaire Major Nvanu à Lubumbashi. Le local est complètement calciné. On soupçonne des éléments armés de la "Coordination du référendum d’autodétermination du Katanga".  

 

A Kananga, capitale du Kasaï Occidental, la résidence du gouverneur a été incendiée au cours d’émeutes consécutives à des rumeurs de remplissage d’urnes. Aucun des meetings prévus par les candidats Joseph Kabila, Étienne Tshisekedi et Vital Kamerhe, n’a pu se tenir à Kinshasa samedi. La mission des observateurs de l’UE a condamné la « grave entrave » à la liberté de circulation de l'opposant Tshisekedi, bloqué huit heures par 300 policiers à l’aéroport de Ndjili.

 

Le jour même du scrutin, le 28 novembre, les armes ont parlé à nouveau à Lumumbashi.  Deux policiers et une électrice sont tués lors de l’attaque d’un bureau de vote par des hommes ceints de bandeau, soupçonnés d’être des indépendantistes katangais. Une école, siège d’un bureau de vote a été attaquée par un commando d’hommes armés dans la commune de Kampemba de Lubumbashi qui a emporté des urnes.  Le même jour, on a brûlé des bureaux de vote à Demba (Kasaï Occidental) dans un contexte de tensions créées par le fait que des gens ne trouvaient pas leurs noms sur les listes électorales. L’UDPS a signalé l’absence du nom de Tshisekedi sur les bulletins distribués dans certains bureaux.

 

Le scrutin lui-même a été entaché d’une foule d’irrégularités, en grande majorité au profit du président sortant, qui font sérieusement douter de la pertinence de l’appel lancé par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon à respecter le verdict des urnes.  Cet appel comme les propos du ministre belge Steven Vanackere le 25 novembre au parlement de Bruxelles qualifiant la préparation des élections de « relativement satisfaisante » risque même de jeter de l’huile sur le feu. En effet, il risque de persuader les Congolais qu’ils n’ont pas d’autre possibilité pour amener le changement que de recourir à la violence, compte tenu de l’importance de la fraude. Avant l’élection, le député socialiste belge Dirk Van der Maelen a indiqué à la tribune du parlement que la société belge Zetes, chargé de l’informatique du processus, avait estimé que des centaines de milliers d’électeurs avaient été enregistrés deux fois.

 

L’existence de bureaux fictifs a été dénoncée plusieurs fois avant le scrutin. Les reporters de Radio Okapi (financée par l’ONU) ont identifié 107 bureaux de vote inexistants dans la seule commune de Selembao à Kinshasa après vérification de la cartographie de la CENI sur le terrain. Au Kasaï, des partis d’opposition ont dénoncé également l’insertion de bureaux de vote fictifs. La CENI a, par exemple, affecté 15 bureaux de vote dans une école qui compte seulement six salles de classe. La plupart des établissements scolaires repris par la CENI sont inexistants et des bureaux de vote ont été installés dans la résidence des candidats de certains partis politique, indique l’Agence de presse associée.

 

Selon l’UDPS, des électeurs ont été invités par les hommes du pouvoir à vendre leurs cartes d’électeurs afin qu’elles soient utilisées dans les bureaux fictifs. Jérôme Bonso, président de la "Ligue nationale pour des élections libres et transparentes" (Linelit), signale à La Libre Belgique que des cas de bureaux fictifs ont été dénoncés dans toutes les provinces. De son côté, Fidèle Babala, député MLC, indique que sur les 32 bureaux de votes annoncés par la CENI au Collège Saint-Robert de Barumbu, dans la banlieue de Kinshasa, il n’en existait que douze. De son côté, le Pasteur Ngoy a démenti l’existence de bureaux fictifs, parlant de « bureaux mal localisés » (sic). Le 26 novembre, la  police a encore saisi cinq urnes et des bulletins de vote baladeurs dans le territoire de Djolu, dans le district de la Thsuapa (Équateur). Des bulletins de votes présidentiels circulaient à Goma, trois à quatre jours avant le vote

 

La veille du scrutin, trois candidats à la présidentielle, le président du Sénat Léon Kengo wa Dondo,  l’ancien ministre de la décentralisation, Antipas Mbusa Nyamwisi et le docteur Oscar Kashala, dans un communiqué commun, ont demandé son report. Ils ont fondé leur appel sur motifs suivants : absence de vérification du fichier électoral en raison des doublons, publication partielle et tardive des listes électorales, non publication de la cartographie des bureaux de vote, bureaux de vote fictifs, opacité dans le nombre et la distribution de bulletins de vote, circulation de bulletins cochés en faveur de Joseph Kabila avant le jour du vote, fonctionnaires commis à la campagne de Kabila et utilisation par ce dernier des biens de l’Etat pour sa propagande, créant un déséquilibre entre lui et les autres candidats, interdiction des meetings de clôture de campagne,  

 

Le jour même du vote, les caméras des télévisions locales et étrangères ont montré le  mécontentement des citoyens dont beaucoup avaient du mal à trouver leurs noms sur les listes. A Mbuji-Mayi, des agents de la CENI sont arrivés avec des sacs à dos accompagnés de policiers ; on a trouvé des bulletins cochés au nom du président, indique un témoin à l’Agence France Presse. A Lubumbashi, des partis d’opposition ont annoncé l’arrestation d’une femme qui portait, elle aussi, des bulletins  présidentiels déjà cochés. Dans la même ville, à l’aube, s’est produite l’attaque d’un convoi de la CENI transportant des bulletins de vote. Deux camionnettes incendiées. L’AFP cite des habitants qui ont montré des bulletins préremplis en faveur de Kabila.

 

A Kananga, des soupçons de tentatives de fraude et l’existence d’un bureau fictif ont déclenché des violences et la destruction de bureaux de vote, indique l’Agence congolaise de presse officielle. Là encore, on a trouvé des urnes préremplies. A Mbuji-Mayi, certains électeurs ont été arrêtés avec des bulletins de vote déjà remplis en faveur des candidats de la majorité présidentielle, rapporte l’ACP qui fait aussi état de pillages.

 

A Kinshasa, des bureaux de votes ont été déplacés. Des gens ont été capturés attrapés par des lecteurs tentaient d’entrer dans des bureaux avec des sacs de bulletins remplis. Tshisekedi et une foule d’un millier de personnes qui voulaient l’accompagner ont été empêchés par un barrage de voitures de polices et de véhicules blindés de se rendre à un bureau de vote. Finalement, mais non sans mal, le vétéran de l’opposition a pu voter ailleurs. Enfin à Goma des bourrages d’urnes signale Associated Press.

 

Quelques centaines d’observateurs internationaux (UE, COMESA, SADC) étaient présents, lors du scrutin. Mais le problème est que leur nombre (entre 700 et 800) est très insuffisant pour surveiller les opérations de 63 850 bureaux, particulièrement en brousse. Enfin, les listes d’électeurs n’ont pas été affichées dans tous les bureaux de vote un mois avant les scrutins comme l’y oblige l’article 8 de la loi électorale, rendant les résultats du scrutin attaquables en justice.