SAVOIR, PRÉVOIR, ANTICIPER
Au Moyen-Orient, en Afrique,  Asie, Amérique latine

et dans les pays de l'Est
Accès
Abonnés

25 novembre 2011 

  

RDC (2)

 Quel est l'état du potentiel électrique au moment des élections ?

 

 

L’essor de l’industrie minière du Katanga, principal moteur de l’économie congolaise, pesant 30 % du PIB du Congo et plus de 90 % de ses revenus d’exportation, est en grande partie tributaire de la fourniture d’électricité. Or, à cet égard, toutes les inquiétudes sont permises depuis la publication en octobre 2011 d’un rapport d’une commission d’enquête du Sénat sur la Société nationale d’électricité (SNEL) qui révèle la profondeur de la crise.

 

On peut lire dans ce document de 230 pages que selon la ministre du Portefeuille Jeannine Mabunda Lioko, la SNEL ne disposait pas, dès sa création en 1974, des fonds de roulement suffisants pour assurer l’entretien des infrastructures.

 

La ministre relève également que les tarifs d’électricité ne sont pas établis en fonction du principe universel selon lequel le client ne peut pas être facturé en dessous du prix de revient.. Son collègue le ministre de l’Énergie, Gilbert Tshiongo signale, lui, un recours à l’endettement incompatible avec l’exploitation de la société et la sous-utilisation de la capacité installée dès le démarrage des activités de l’entreprise. Dans ce rapport, le ministre de l’Économie nationale, Jean-Pierre Daruwezi Mokombe reconn aît l’existence d’une tarification discriminatoire entre l’Est et l’Ouest du pays.

 

Un énorme potentiel dilapidé

 

Sur base d’un diagnostic effectué par le Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques (Copirep), le rapport relève que 20 groupes électriques sur 32 installés dans les principales centrales hydroélectriques du pays sont en service et que les centrales thermiques du pays produisent moins du tiers de leur capacité. La Centrale de Mobayi-Mbongo n’a pas été révisée depuis 22 ans, deux des trois turbines de 3,5 MW sont hors services et il y a des fissures dans les murs. Du fait de l’état défectueux des instruments de contrôle, cette centrale connaît, selon la Commission d’enquête "une exploitation aveugle aux conséquences fâcheuses". Quant au barrage de Kalémié (16 MW) proche du lac Tanganyika, il n’est pas opérationnel suite à une panne d’alternateur.

 

La Commission signale, sur le site d’Inga, la panne, depuis le 17 mars 2009, de la drague Italdraghe, chargéee de désensabler le canal d’amenée aux turbines des centrales d’Inga I et Inga II, ainsi que des fissures dans les murs d’enrobage des groupes 12 et 13 de la  centrale d’Inga I, toutes choses qui expliquent pourquoi la production réelle des centrales d’Inga I et d’Inga II, tourne à la moitié de la capacité installée (1 775 MW).  .  

 

La gestion de la SNEL (dont tout la direction et le conseil d’administration ont été limogés fin août) est étrillée. Le rapport note que 90% des abonnés basse tension sont facturés au forfait et que la proportion des marchés de gré à gré est passée de 9,95 % à 47,9 % entre 2007 et 2011. La direction précédente ne s’était pas mieux comportée : entre 2004 et 2006, la proportion de marchés de gré à gré avait progressé de 12 % à 67 %, favorisant les petits arrangements entre amis.  

 

Mention spéciale, si l’on peut dire, est attribuée à la ligne à haute tension Inga-Cabinda-Pointe Noire. Un contrat d’acquisition a été signé entre l’Etat congolais et SAF-Energie sprl, une société à capitaux angolais, en décembre 2006, pour la vente de 64 MW à l’Angola. En cas de concrétisation, il devrait permettre à cette entreprise d’engranger des revenus plantureux ($ 99 mns par an durant 25 ans) alors que la SNEL estime qu’une bonne partie de ce montant devrait lui revenir et propose en conséquence l’annulation du contrat.

 

Erreurs de gestion en cascade

 

La gestion de la SNEL est également caractérisée par le fait que les commandes de l’entreprise ne visent pas nécessairement à acheter ou à remplacer des équipements utiles à son fonctionnement. C’est ainsi que la Commission épingle des dépenses de 1,7 million de $ effectuées de 2004 à 2010 pour des installations électriques de la présidence de la République qui auraient dû être consenties par cette dernière ainsi qu’une ponction de 8,4 millions, échelonnée entre 2004 et 2010 pour financer divers travaux d’éclairage public, au profit de la municipalité de Kinshasa qui aurait dû en assumer le coût.

 

La Commission relève d’autres « dépenses non conformes » telle une dotation de 29 910 $ à la Fondation Mzee Kabila et une autre de 12 600 $ au club de football Vita. La Commission s’est dite encore surprise de conster l’absence ou le refus d’identification des bénéficiaires de certains paiements effectués au titre de commissions.

 

Implacable, la Commission sénatoriale relève aussi que la SNEL a accumulé à la fin 2010 une dette de 1,22 milliards de dollars dont 232 millions d’arriérés d’impôts qui font écrire aux auteurs du rapport : « La SNEL est copieusement saignée par l’Exécutif. »  Un écart inexpliqués de plus de 90 millions de $ apparaît également entre l’évaluation des recettes en 2010 par la direction commerciale (195,8 m. $) et par le département du budget (286,1 m. $)  En revanche, à la fin 2010, la SNEL détenait un portefeuille de créances de 907,1 millions dont 343 millions sur l’État et 564,1 millions sur les entreprises publiques.

 

Le taux de recouvrement des dettes est très lent : au cours des années 2009 et 2011, en tout et pour tout, la SNEL n’a pu récupérer que 25,5 millions de dollars de dettes dont 20,1 millions de l’État, 3,64 millions de la Gécamines et 1,81 millions de la Regideso. Le taux de recouvrement (53%) est l’un des plus bas d’Afrique francophone derrière celui des entreprises sénégalaise (97,2%), Ivoirienne (90%), camerounaise (89,9%) Burkinabé (84,2%) et tchadienne (74,4%).

 

L’emploi du personnel laisse également à désirer : plus des deux tiers des 6 200 employés de l’entreprise se retrouvent dans l’administration centrale et dans la distribution contre 13% seulement dans la production. Le Copirep a également mesuré la productivité de la main d’œuvre par rapport à celle d’autres compagnies africaines. Il apparaît notamment que la SNEL affiche un taux de pertes techniques de 18,21% contre 15,5% pour le Cameroun, 16,3% pour la Côte d’Ivoire, 19,54% pour le Tchad et 21% pour le Gabon.

 

La SNEL connaît aussi un taux élevé de pertes commerciales (23%) bien supérieur à celui des autres sociétés africaines, à comparer avec 1% au Gabon, 6,6% au Mali, 8% au Bénin, 8,1% en Côte d’Ivoire et 9,2% au Niger.

 

En définitive, l’industrie minière du Katanga ne peut à court terme trouver son sulut que dans les importations en provenace de Zambie. Mais bientôt va se poser le défi de l’accroissement de la consommation du Katanga à 1 000 MW voire 1 500 MW à l’horizon 2015, du fait de la montée en puissance de la production minière et métallurgique. Selon le consultant minier Eric Monga de la société Trade Services sprl, il est prévu, pour couvrir ces besoins, un apport de 500 MW, rendu possible par le doublement de la ligne Inga-Kolwezi. La construction de Busanga (240 MW) et de Nzilo II (80 MW à 120 MW) représenterait un autre apport, venant s’ajouter à la réhabilitation en cours de Nseke (240 MW) financée par Tenke-Fungurume Mining.

 

Afin d’attirer les investissements des sociétés minières, la SNEL a promis à ces dernières de leur déduire le montant de leurs futures factures d’électricité.