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 16 octobre 2011 

 

 COLOMBIE - USA 

La conclusion d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis

est-elle une victoire à la Pyrrhus pour le président Santos ?

 

 Le Traité de libre commerce ou TLC entre les Etats-Unis et la Colombie a été approuvé par le Congrès américain le mercredi 12 octobre, en même temps que deux autres TLC, l'un avec la Corée du Sud, l'autre avec le Panama. C’est la première fois, depuis l’adoption d’un TLC avec le Pérou, en 2007, que le Congrès américain approuve de nouveaux accords commerciaux.

 

Dans le cas de la Colombie, le projet d’un TLC hantait les relations bilatérales depuis 2006 et l'engagement que George W. Bush avait pris vis-à-vis de l’ex-président colombien Alvaro Uribe. Le changement de majorité au Congrès américain en faveur des démocrates, ainsi que les très graves violations des droits humains et les scandales de corruption à répétition, du côté colombien, ont retardé l’adoption du TLC durant plusieurs années. Maintenant qu’il est adopté, le TLC USA/Colombie n’entrera cependant en vigueur que fin 2012.

 

Le style du président Santos, qui s’est démarqué autant que possible de son prédécesseur en s’attelant à la tâche de "nettoyer", au moins superficiellement, les scandales accumulés entre 2002 et 2010, a visiblement réussi à modifier la perception, jusque là très négative, de la Colombie au Congrès américain. Paradoxalement, Juan Manuel Santos est aussi le premier bénéficiaire des efforts et du lobbying très actif de son prédécesseur en ce qui concerne le TLC.

 

Dans sa première déclaration sur le TLC, le président Santos a tout à la fois souligné les défis qui restent à relever pour son pays, ainsi que l’importance historique d’un traité qui rapproche encore un peu plus les deux pays, déjà liés depuis 2002 par le Plan Colombia de lutte anti-drogue : « Il s’agit du traité le plus important jamais signé dans l’histoire de notre pays, et nous n’allons pas y jouer un rôle inférieur suite à trop de défis. Une ère nouvelle commence dans nos relations avec les Etats-Unis, qui sonne l’heure de meilleures opportunités pour les Colombiens ».

 

Le vote au Congrès vient clarifier une situation qui, depuis le 12 février 2011, était confuse vis-à-vis de Washington, suite au non-renouvellement des accords sur des tarifs douaniers préférentiels dits "ATPDEA", conçus en 2002 pour encourager les politiques de lutte anti-drogue de 4 pays andins (Bolivie, Colombie, Equateur et Pérou). La rénovation des accords ATPDEA avec la Colombie a été un des points importants du TLC et l’actuel ambassadeur de Colombie à Washington, Gabriel Silva, a confirmé que le paiement se fera de façon rétroactive jusqu'en juillet 2013.

 

A première vue, le secteur agricole est le plus directement concerné par  ce TLC dont l’impact pourrait être contradictoire, pour la Colombie, selon les produits concernés : les productions bénéficiaires seraient l’horticulture (la Colombie étant déjà le 2ème exportateur de fleurs à destination des USA) et les biocarburants. Par contre, les producteurs de riz risquent de se trouver fortement désavantagés et la survie économique de quelques 400 000 petits producteurs de lait pourrait être compromise.  

 

Les investissements étrangers directs (IDE) en provenance des USA sont amenés à augmenter – de 2000 à 2010, ils s’élevaient à plus de US$ 9 mds. Les IDE de la Colombie aux Etats-Unis, pour la même période, sont estimés à US$ 4,7 mds.  Les secteurs qui bénéficieraient le plus des investissements américains sont les hydrocarbures et les mines, ainsi que les services, le tourisme et l’hôtellerie.

 

Le quotidien économique colombien La Republica signale aussi les inquiétudes des syndicalistes locaux.  Un des points essentiels qui a bloqué durant plusieurs années l’adoption du TLC par les Etats-Unis est l’assassinat de leaders syndicalistes. Or l’Ecole nationale syndicale colombienne signale que, pour la seule année 2011, jusqu’au 12 octobre, 16 syndicalistes ont été assassinés en dépit du plan d’action sur le droit du travail conclu, en avril dernier, entre les présidents Santos et Obama. En général, les syndicats considèrent que les normes établies par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) ne sont pas respectées par le TLC.

 

La priorité du président Santos étant l’économie, comme l’indique le nom de sa politique intérieure  "d’accords pour la prospérité", cette dernière est-elle en bonne voie avec l’avènement de ce TLC tant attendu ? Rien n’est moins sûr, selon le sénateur J.E. Robledo du parti de gauche Polo Democratico qui a accordé une entrevue au même quotidien économique.

 

Selon Robledo, l’exemple de l’impact du TLC conclu en 2007 sur l’économie péruvienne révèle les dommages profonds que causent ces accords aux économies des pays latino-américains qui les acceptent. Ce point de vue critique et pessimiste quant à l’avenir de l’économie colombienne sous TLC avec les Etats-Unis est partagé par un des économistes du Parti libéral, Eduardo Sarmiento : « Les TLC avec les Etats-Unis sont une interférence dans l’intégration latino-américaine qui, elle, est orientée vers les marchés intérieurs et cherche à favoriser l’industrialisation ».

 

 Laurence Mazure