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 septembre 2011 

 

 CASPIENNE

  Le rêve européen est-il crédible ?

 

 

 La Commission européenne a approuvé le 12 septembre un mandat pour négocier un traité entre l’Union européenne, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan autorisant la construction du gazoduc de la Caspienne (Trans Caspian Pipeline System). Cette décision fait suite à la visite du président de la Commission européenne José Manuel Barroso et du Commissaire à l’Energie, Günther Oettinger à Bakou et à Ashgabat en janvier 2011.

 

Pour la Commission de Bruxelles, ce projet représente une étape importante dans la construction du corridor Sud, censé contourner la Russie et acheminer, vers l’Europe, le gaz de l’Azerbaïdjan, du Kazakhstan (également riverain de la Caspienne), du Turkménistan, ainsi qu'en provenance de l’Ouzbékistan. L’accord que vise la Commission s’inscrit aussi dans sa stratégie visant à s’associer aux négociations menées par les Etats européens immédiatement concernés avec des pays tiers, afin de lever les obstacles juridiques et techniques et de les insérer dans le contexte plus général de la sécurité de l’approvisionnement de l’UE.

 

Les discussions avec l’Azerbaïdjan et le Turkménistan seront notamment axées sur la conclusion d’un traité tripartite précisant les engagements de ces pays et de l’UE. Les accords bilatéraux entre ces deux pays riverains de la Caspienne permettent la construction et l’exploitation de l’infrastructure ; ils offrent, enfin, un cadre légal au transit du gaz turkmène. Ces deux pays figurent en effet parmi les fournisseurs potentiels des gazoducs Nabucco, ITGI (Interconnecteur Turquie-Grèce-Italie) et le TAP (Trans Adriadic Pipeline).

  

Les "oublis" du Commissaire Oettinger

 

Le problème toutefois est que l’accord tripartite ignore les trois autres Etats riverains de la Caspienne : le Kazakhstan et surtout la Russie et l’Iran. Le cas du Kazakhstan, qui ne serait peut-être pas fâché de trouver une voie d’évacuation contournant son encombrant voisin russe, n’est pas trop problématique…

 

En revanche, tant la Russie que l’Iran, qui disposent déjà de leurs propres canaux d’évacuation, n’ont guère d’intérêts à favoriser un projet qui va promouvoir l’exploitation d’un gaz concurrents de leurs propres gisements et qui a pour objectif de les écarter, au moins partiellement, du marché européen.

 

Le statut juridique de la Caspienne fait également problème. En vertu d’un ancien traité entre l’Iran et l’ex-Union Soviétique, cette mer fermée est techniquement un lac. Mais celui-ci n’est pas reconnu par les Etats nouvellement indépendants. Des tensions relatives à la propriété de certains gisements pétroliers existent, d’une part entre l’Azerbaïdjan et l’Iran et, d’autre part, entre l’Azerbaïdjan et le Turkménistan, ainsi qu’entre ce dernier pays et l’Iran. Autant de questions qui devront être résolues…

 

Il est enfin assez illusoire de la part de l’UE de vouloir ignorer Moscou et Téhéran. En effet, ces deux capitales ont signé, en août, avec les trois autres Etats riverains, un accord pour renforcer la lutte contre le déversement d’hydrocarbures dans la mer Caspienne, sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Un des protocoles prévoit l’introduction de règles communes en matière d’exploitation de ces ressources.

 

D’une façon ou d’une autre, tôt ou tard, Téhéran et Moscou devront être consultés. Dans son bel enthousiasme, le Commissaire Oettinger semble l’avoir oublié…