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 octobre 2011

 

 ALGERIE

 La politique de relance par les investissements publics

sera-t-elle remise en cause en 2012 ?

 

 

Le budget algérien 2012, adopté en Conseil des ministres, est actuellement en cours d'examen par l'Assemblée populaire nationale.

 

Les grandes lignes de ce projet de loi de Finances marquent une inflexion de la politique économique du gouvernement algérien, contraint de répondre à la grogne sociale qui secoue le pays depuis plusieurs mois, mais soucieux, aussi, de mieux maîtriser les dépenses de l'Etat dans un contexte international qui laisse planer un doute sur la demande internationale d'hydrocarbures en 2012 et donc sur le montant des recettes pétrolières attendues.

  

Le recul du budget d'équipement

 

Le projet de budget 2012 prévoit un recul des dépenses d'investissements publics dans le cadre du budget d'équipement de l'Etat. Certes, il s'inscrit encore dans une phase intermédiaire de la réalisation du programme algérien quinquennal 2010-2014, mais l'enveloppe globale consacrée aux équipements est en recul de 30 % environ (en dinars courants) par rapport à celle de la loi de finances 2011.

 

Le ministre algérien des finances avance une explication assez peu convaincante lorsqu'il affirme que "près de 85 % des investissements inscrits au titre du programme quinquennal ont déjà été pris en charge par les dernières lois de finances". Selon lui il ne resterait plus que des fonds additionnels à consacrer aux projets de logement et à l'agriculture…

 

Le fait est que le projet de budget d'équipement 2012 de l'Algérie reste conséquent avec 2800 milliards de DA, soit € 28 mds environ.

 

Mais les grands projets d'infrastructure déjà engagés ont subi des retards et pratiquement tous nécessiteront des rallonges budgétaires. On ne voit comment dénouer autrement les conflits qui persistent entre les autorités algériennes et les compagnies chargées des grands travaux les plus emblématiques, notamment celui de l'autoroute Est-Ouest, confié à un consortium sino-japonais. La plupart des blocages sont liés à des surcoûts inattendus. Donc, même si les lois de finances précédentes ont déjà, en théorie, affecté les fonds nécessaires à ces projets, elles n'ont pas, en pratique, les moyens de les terminer.

 

Et il y a aussi certainement, derrière ces querelles de financement, un problème beaucoup plus grave concernant les retombées de ces projets d'infrastructure sur les créations d'emplois en Algérie même. A la fin du mois d'août, pressé de questions sur ce thème, le ministre du Travail et de l'Emploi s'était vu contraint de reconnaître que la main d'œuvre étrangère embauchée dans le cadre des grands chantiers atteint le nombre de 49 000 travailleurs, surtout sur cette fameuse autoroute Est-Ouest où la coexistence entre les travailleurs chinois et la population algérienne est de plus en plus conflictuelle.

 

Au moment où les chômeurs algériens se mobilisent et créent leurs propres associations de défense, le modèle algérien de relance et de développement par les grands chantiers confiés à des sociétés étrangères (ce sont eux qui permettent le mieux le prélèvement de juteuses commissions et rétro-commissions) crée plus de grogne qu'il n'en calme !

  

Le gonflement du budget de fonctionnement

 

Les tensions sociales sont restées très vives en Algérie depuis décembre 2011, même si elles n'ont pas abouti à des révolutions comparables à celles de la Tunisie et de l'Egypte. Le gouvernement ne cesse donc de parer au plus pressé, courant d'un brasier à l'autre, pour tenter d'étouffer la contestation : hausses de salaires dans la fonction publique, soutien au prix des produits de première nécessité, comme le lait, la farine ou la semoule, effacement de dette, réductions d'impôts pour les ménages, subvention à l'agriculture…

 

Tout ceci explique une hausse de 35 % du budget de fonctionnement de l'Etat entre 2011 et 2012. Le projet de loi de finances en cours d'examen prévoit en effet une enveloppe de l'ordre de € 46 mds pour l'année prochaine. Et encore n'est-il pas certain que ce montant suffise pour respecter l'ensemble des promesses d'augmentation salariales qui viennent d'être décidées dans le cadre des négociation, fin septembre, de la dernière tripartite (patronat – gouvernement – syndicat UGTA).

 

Pourtant le front social ne s'apaise guère et l'appareil de la centrale syndicale liée au pouvoir, UGTA, perd chaque jour un peu plus de son influence face à la méfiance de sa base et la montée des syndicats autonomes (qui ne sont pourtant que juste tolérés par le gouvernement, qui les écarte systématiquement de toutes les négociations).

 

De fait, l'inflation s'est accentuée depuis l'année dernière. Si elle n'est officiellement que de l'ordre de 4 % elle est bien plus élevée dans le secteur de l'agroalimentaire non subventionné. Les hausses de salaires, réelles, ne parviennent plus à compenser les charges des ménages qui doivent souvent subvenir aux besoins des 7 à 10 personnes vivant sous le même toit, en raison du chômage, de la précarité et du manque de logement à des prix abordables.

 

La grogne se nourrit aussi des fortes disparités dans la répartition des augmentations de salaires de la fonction publique. C'est ainsi que les policiers ont bénéficié d'une hausse de l'ordre de 50 % de leur solde, courant 2011 (avec effet rétroactif sur plusieurs années) tandis que les enseignants ne parviennent pas à faire avancer leurs revendications malgré des grèves à répétition.

 

Dans le cadre du projet de budget 2012, les enveloppes des ministères de l'intérieur et de la défense progressent, en dinars courants, tandis que celui de l'éducation nationale recule…

  

Un rééquilibrage opaque des finances publiques

 

Pour qui n'est pas coutumier des habitudes fiscales algériennes, les comptes d'Alger paraissent toujours aussi surréalistes. Ainsi en cette fin 2011 et comme chaque année, le gouvernement annonce-t-il un  budget en fort déficit, de l'ordre de 25 % du PIB cette fois-ci. ! Or, en fin d'exercice, les comptes sont équilibrés sans qu'il soit nécessaire de faire appel à l'endettement.

 

Ce petit mystère se résout aisément lorsque l'on sait que le projet de budget est calculé sur la base d'hypothèses de rentrées fiscales pétrolières très restrictives : en l'occurrence, $ 37 le baril, cette année comme les précédentes. En cas d'un prix réel plus élevé (ce qui est le cas), le surplus des recettes publiques est sensé venir alimenter le "Fonds de Régulation des Recettes", sorte de fonds souverain qui aurait atteint, fin 2010, quelques € 48 mds.

 

En principe, ces revenus pétroliers "supplémentaires" devraient  être affectés uniquement à des dépenses d'investissements. L'idée, en soit, est plutôt louable puisqu'elle vise à faire financer les dépenses courantes par des recettes ordinaires. Mais il n'en a jamais été ainsi, les dites recettes ordinaires ne couvrant en moyenne que 20 à 25 % des dépenses courantes.

 

Or le comblement de la différence se déroule en fin de course, de la façon la plus opaque qui soit. Quelle est au juste la part des recettes "extraordinaires" qui vient combler l'impasse budgétaire. Où est-elle puisée et dans quelle mesure exacte ? Mystère ! Le fonds de régulation des recettes est-il directement ou indirectement mis à contribution ?

 

Sur toutes ces questions les autorités d'Alger entretiennent un flou éloquent.