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avril 2016 

 

 

ALGERIE

 

 

Retour au marché des capitaux ?

 

 

 

Alors que l'opération de lancement du grand emprunt national pour la croissance vient de commencer, le 17 avril, dans une certaine confusion au niveau des agences bancaires chargées de la diffusion de ces bons du trésor algérien, une évidence s'impose : en dépit de cette souscription locale, l'Algérie ne pourra pas se passer de recourir aux emprunts extérieurs.

 

Ce n'est plus un secret. Le ministre algérien a reconnu que l'endettement n'était pas un "tabou", confirmant l'analyse de la mission du FMI qui s'était rendue début mars à Alger et qui le considère "inévitable". Le chef de la délégation du Fonds, Jean-François Dauphin n'avait même pas hésité à ajouter que le recours aux capitaux extérieurs serait "souhaitable".

 

Ceci dit, ce n'est pas une décision facile à prendre. D'abord, c'est un tournant radical par rapport à la position que les autorités algériennes défendent depuis plus de 15 ans. Il faut dire que les deux rééchelonnements de la dette publique algérienne obtenus au milieu des années 90 (en pleine "décennie noire") avaient été accompagnés de mesures contraignantes, imposées par le FMI et les créanciers de l'Algérie.

 

Cet épisode a laissé des traces. Depuis, l'Algérie a tout fait pour se désendetter et elle y est parvenue, y compris de manière anticipée, profitant de plusieurs années fastes de hausse des prix du pétrole et du gaz.

 

Aussi le tabou de la dette n'est-il pas tombé d'un seul coup. Il s'effrite progressivement depuis la fin de l'année 2015, face à la nécessité de financer un certain nombre d'investissements stratégiques à moyen terme et à l'urgence de maintenir les infrastructures du pays en état.

 

Le premier à avoir évoqué la possibilité d'emprunter à l'extérieur est le ministre du commerce, soucieux de trouver un financement pour la construction du nouveau port en eau profonde qui doit désengorger celui d'Alger, un port dit "du centre", qui devrait se situer non loin de Cherchell. L'accord a finalement été conclu en janvier 2016 avec des partenaires chinois.

 

A peu près au même moment, le PDG de Sonelgaz avait défrayé la chronique en affirmant que son groupe serait obligé d'emprunter sur le marché international de capitaux pour maintenir à flot son entreprise publique, dont les pertes s'accumulent d'années en années. Les banques publiques n'en finissent plus d'assurer la trésorerie défaillante de ce groupe qui assure la distribution du gaz et de l'électricité sur le territoire national. Mais les besoins en investissements nécessitent plus, ne serait-ce que pour couvrir une demande croissante en électricité et réduire les temps de délestages.

 

Un endettement "souhaitable"

 

Le déficit des finances publiques a pratiquement doublé en 2015, pour atteindre 16% du PIB, un chiffre difficilement soutenable. Certes, l'épargne publique accumulée au sein du "Fonds de régulation des recettes" (le FRR, sorte de fonds souverain algérien) a été mis à contribution pour combler ce déficit, mais, au rythme où les recettes pétrolières et gazières de l'Etat s'effondrent, ce fonds crée en 2000 risque d'être épuisé avant la fin de cette année.

 

Face à l'urgence, le FMI recommande aux autorités d'Alger toute une série de mesures classiques qui vont de la réforme du système des subventions à l'accroissement de la fiscalité ordinaire et aux privatisations - totales ou partielles - des entreprises publiques. Mais il estime aussi qu'il serait temps, alors que la situation financière de l'Algérie n'est pas encore trop dégradée, de faire entrer des devises en Algérie par le biais des emprunts conclus auprès de créanciers extérieurs.

 

Mais encore faudrait-il donner des gages, à ces investisseurs potentiels qui connaissent très bien la situation financière algérienne et sont donc tenter de faire monter le prix de la prime de risque. Aussi le plus crédible - et probablement le plus avantageux - serait-il de faire monter en première ligne des entreprises publiques exportatrices qui sont quasiment assurées, à terme, d'avoir la capacité de rembourser leurs échéances. La plus à même de remplir toutes ces conditions est évidemment la Sonatrach.

 

Or celle-ci doit financer un programme de l'ordre de 90 milliards de dollars, essentiellement pour son développement en amont dans la filière pétrolière et gazière. Dans l'état actuel des choses elle ne peut en effet pas compter autant qu'autrefois sur les investissements de ses partenaires extérieurs.

 

Et ce n'est pas l'emprunt national qui vient d'être lancé auprès de souscripteurs algériens qui permettra ce niveau de dépenses.

 

Les conditions de la réussite de l'emprunt national

 

Les économistes algériens et les experts du FMI sont tous d'accord pour dire qu'il faut, avant tout, éviter un effet d'éviction ; il ne faudrait pas que cet emprunt national aspire les liquidités déjà insuffisantes des banques algériennes et assèche le crédit qui pourrait être plus utilement affecté au financement des entreprises.

 

Par contre, toutes les études sur ce sujet prouvent que le secteur informel algérien dispose d'importantes liquidités, de l'ordre de 40% de la masse monétaire en circulation. Si l'emprunt parvenait à capter ne serait-ce qu'une fraction de cette manne, sa réussite serait assurée. Mais une telle démarche suppose aussi une amnistie fiscale, car il s'agit le plus souvent d'argent "caché", plus ou moins lié à des pratiques frauduleuses.

 

En principe, aucune carte d'identité n'est demandée a à l'acquéreur; Mais les banques publiques semblent néanmoins en exiger une. Il est vrai qu'elles n'ont pas beaucoup d'intérêt à placer cette souscription qui vient concurrencer les formules de dépôt, moins avantageuses, qu'elles offrent aujourd'hui à leur clientèle.

 

Une telle démarche pose aussi le problème du taux d'intérêt. Il a été fixé à hauteur de 5% pour les bons à trois ans, ce qui peut sembler alléchant … sauf que l'inflation est actuellement de l'ordre de 4,8%. On voit combien la marge de manœuvre est étroite !

 

Il faudrait, enfin, que cet emprunt national ne serve pas uniquement à combler le déficit du budget courant. Or les dépenses courantes ont doublé entre 2008 et 2014. C'est excessif et cela témoigne surtout d'un régime en fin de course qui ne sait plus très bien, faute de légitimité, comment acheter la paix sociale.

 

 

Encadré

Extraits du site "Algérie éco, le portail de l'économie algérienne"

 

Qu’est-ce que l’emprunt national pour la croissance économique ?

Un site du ministère des finances  explique le dispositif ; on peut également y faire la simulation des titres. Pour rappel, l’emprunt obligataire baptisé "emprunt national  pour la croissance économique" vise à récolter de l’épargne fraiche qui dort chez les ménages et celle, surtout, qui circule dans l’informel.

Elle permet à ces fonds de passer du circuit informel au circuit bancaire pour être réinvestis dans l’économie moyennant une rémunération annuelle  défiscalisée.

Ce dispositif intervient après la bancarisation des fonds informels à travers l’opération de fiscalité volontaire entamée depuis un an et qui sera clôturée à la fin de l’année en cours.

L’emprunt obligataire est un prêt émis par une personne morale (État, collectivité publique, entreprises publique ou privée) matérialisant des droits de créances, remboursable à une date et montant fixé à l’avance et qui rapporte une rémunération.

Les bons sont émis en la forme nominative ou au porteur. Ils sont fixés, pour ceux au revenu de 5%, à 3 ans, et les seconds, d’une durée de 5 ans, à 5,75%. Le rendement est payé annuellement à compter de la date anniversaire de la souscription du titre. Le capital sera versé en totalité à la date d’échéance.

Les bons sont librement négociables par transaction directe ou endossement.